CHAOS 2.0

Published on décembre 30th, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA – Black Mirror Edition

La saison 4 de Black Mirror compte six épisodes, EXACTEMENT le nombre de chroniques d’un Chaosrama lambda. Coïncidence ? Oui, totalement. Classons donc ces nouveaux traumatismes du moins bon au meilleur.

Crocodile de John Hillcoat

Ne pas se laisser leurrer par la présence du réalisateur de renom derrière la caméra : quand bien même la beauté des paysages glacés peut impressionner la rétine en manque de sidération, le Hillcoat aux manettes est plus celui du polar falot Triple 9 que le génie traumatique à l’origine de Ghosts of the Civil Dead. A priori conscient de ses limites et de sa redite du concept de The Entire History of You, le somptueux troisième épisode de la saison 1, le script de Brooker sacrifie in fine à la grosse mode du cinéma d’auteur achtung achtung circa Cannes 2017 qui ne sait plus comment choquer.

Metalhead de David Slade

OUH le gros coquin qui a vu Mad Max : Fury Road – Black & Chrome Edition juste avant. Ce gros coquin, c’est David Slade, ancien réalisateur complètement tendance de Hard Candy, tombé dans le déshonneur avec le troisième Twilight, puis viré partenaire en crime de Bryan Fuller sur les séries Hannibal et American Gods. Un survivant, en somme, ce qui tombe plutôt bien vu le sujet. Pour le coup, sa mise en scène rehausse quelque peu l’intérêt de ce segment convenu, attendu, où le nihilisme comme fuite en avant devient un peu trop la marque de fabrique de l’écriture de Charlie Brooker.

Arkangel de Jodie Foster

Un concept brillant, resserré de façon judicieuse sur la sphère intime. Et pourtant le déroulé scénaristique souffre d’une approche programmatique trop évidente, en partie décrédibilisée par une ellipse déroutée. Dommage, le potentiel était énorme. Non, Jodie n’y est pour rien, elle se débrouille même plutôt pas mal.

USS Calister de Toby Haynes

Autre redite, d’un segment de l’épisode de Noël avec Jon Hamm cette fois-ci. Les intelligences artificielles et clones numériques seront les esclaves de demain, et Charlie Brooker coupe net à tout débat : oui, elles ont une âme, et c’est pour ça qu’elles vont nous zigouiller, ordures que nous sommes devenues. Est-ce du nihilisme, une proposition de collaboration à l’ennemi à venir, considéré comme plus humain que l’original ? Dans tous les cas, l’allégorie carbure du tonnerre, au point de prolonger avec une efficacité mordante le discours sur l’aliénation de la nostalgie effleuré dans San Junipero. Ne clignez pas, vous rateriez l’apparition de Kirsten Dunst.

Black Museum de Colm McCarthy

Et c’est un nouvel épisode omnibus dans l’esprit de l’épisode de Noël, farci de références discrètes à la série et même à Strange Days parce que pourquoi pas, emballé avec une gourmandise même pas coupable par le réalisateur de The Girl with all the Gifts. Une construction en mini-récits tous plus sadiques les uns que les autres, contés par un narrateur complaisant dans la saloperie : Charlie Brooker, ou le gardien de la crypte hipster, ironique, suffisamment conscient de ses propres faiblesses pour les transcender dans des tours de passe-passe narratifs tape-à-l’œil. Le type a saisi l’air du temps, sa mesquinerie, sa cruauté, se creuse les méninges pour lui trouver les punitions à la hauteur. Dans un sens, la même démarche que Tom Six, l’escroc à l’origine de la trilogie Human Centipede, à deux nuances près : Charlie Brooker ne se prend pas pour un génie et il a surtout plus de talent dans la réinvention.

Hang the DJ de Tim Van Patten

Et si Charlie Brooker était, au fond, un optimiste romantique refoulé ? Après le crush passion tendresse San Junipero de l’an dernier, le revoilà propulsé troubadour des amours contrariées par la technologie avec, comme dans San Junipero, une petite apparition sonore des Smiths histoire d’appuyer son enthousiasme adolescent pour le récit conté. Autre indice de taille sur son attachement à cet épisode en particulier : la présence à la réalisation de Tim Van Patten, petit génie discret de la maison HBO à qui l’on doit quelques-uns des meilleurs épisodes des Sopranos ou de Boardwalk Empire. Cela suffit-il à élever cette choupinerie (à l’échelle de Black Mirror, hein) au niveau de notre coup de cœur sériel 2016 ? Pas vraiment. Une grande partie de l’attrait final de San Junipero résidait dans l’ambivalence de sa conclusion, tout à la fois happy end et vision glaçante d’un univers ravalé à une échelle purement fonctionnelle. Ici, disons que la fin se révèle un tantinet déceptive eu égard aux promesses déployées.

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Défendra L’Amour Braque sur un champ de bataille.
Mourra donc bêtement.



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