Carré Rose

Published on janvier 20th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. EXHIBITION 2. Jean-François Davy, 1978

Exhibition premier du nom avait enflammé les salles. Pourquoi ne pas remettre le couvert? Pas plus emballé que ça, Jean François Davy s’arme à nouveau de sa caméra à la rencontre d’une nouvelle porn-star, une certaine Sylvia Bourdon dont le caractère explosif semble dès les premières minutes à milles lieues de sa camarade de cinéma Claudine Beccarie.

Sylvia, elle et elle seule, dévore l’écran, chevauchant un bateau à la conquête de la Grèce, île de tous les plaisirs. Si le premier opus captait déjà les ondes vertigineuses de la libération sexuelle sous l’ère de Giscard, cette suite poussera le bouchon bien plus loin en y exposant ses excès: actrice de films porno par gourmandise et par envie, Sylvia Bourdon n’a assurément pas marqué le mot «limite» dans son dictionnaire. Exit donc le porno (qui est à peine évoqué) et bonjour la frénésie sexuelle d’une femme sans contraintes, lumineuse et luxurieuse, qui a décidé de tout vivre de A à Z. Entre la France et Mykonos, Davy se retrouve piégé par un personnage monstre, irrésistible et extrême, bonne vivante qui ne cache rien, vraiment rien (son avis sur l’euthanasie, entre autres).

Uniquement visible en version tronquée (réduit à une heure et des poussières, le film a perdu des éléments aussi essentiels que sulfureux), Exhibition 2 n’en reste pas moins un spectacle hallucinant, en particulier lorsque Sylvia nous dévoile son esclave sexuel, curieux Jan Wilton qu’on pouvait voir dans le Sensations de Lasse Braun, pauvre hère décharné mais totalement consentant qu’elle exhibe à des repas ou des orgies. Ce qui mène à une poignée de scènes particulièrement violentes et dures, instaurant un malaise très loin de l’image glamour du BDSM (peut-être plus encore que le Maîtresse de Schroeder). Il faut voir par exemple une des amis proches de Bourdon en larmes, bouleversée par la découverte de cette facette qu’elle ne connaissait pas, ou si peu. À l’heure de l’apéro, Sylvia fait claquer le fouet sur le corps écorché de son esclave. Gloups. Le débat sur l’amalgame entre le sadomasochisme et le fascisme est lancé, et même le maso aura son mot à dire. Plus tard, la belle nous invite à une partouze vaguement masquée au cœur de son appartement coquet-coquin.

Truculent et piquant, Exhibition 2 aura droit à un complément de choix: une auto-biographie de Bourdon du nom de L’amour est une fête, moins avare en détails que le film de Davy. Cultivée et insatiable, elle y raconte ses fulgurantes galipettes, son rapport au monde, son ras-le-bol des tabous, son goût pour la zoophilie (!) et son opinion très net sur le porno. Actrice insatisfaite de tournages trop sages, consciencieuse et passionnée, terrifiant au passage un innocent Max Pecas («je crois que je l’ai fait débander à vie»): quarante ans plus tard, on jubile encore.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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