Carré Rose

Published on juin 4th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRE ROSE. ZOOM IN – RAPE APARTMENTS. Naosuke Kurosawa, 1980

Au début ça pique, ça surprend, puis on a mal, très mal. Si l’odeur arrive aux narines, c’est déjà trop tard: on a cramé. Puis viendra l’incendie, qui emportera tout. Si on vous parle de flammes et de brasier, qu’on se le dise, le désir ne sera jamais loin: à la manière du Cœur fou de Jean-Gabriel Albicocco, Zoom In: Rape Apartments érige le feu en symbole omniprésent, gourmand et ravageur. Mais dans des zones plus… érogènes.

Titre racoleur pour film racoleur, ce petit pinku fait en réalité partie d’une série de films n’ayant que peu de choses en commun: une habitude à la grande époque du roman-porno chez Nikkatsu, entre les Female Teacher et autres Appartement Wife. En ce qui concerne les Zoom In, on pourrait les rapprocher de la trilogie extrême des Rape de Hasebe, où le viol, sans la vengeance qui va normalement avec, devenait le cœur d’histoires improbables et vénéneuses. On vous ne le cache pas: la culture du viol dans le pinku – et dans l’histoire de la sexualité japonaise en général – a toujours été problématique, tortueuse, et même un peu trop décomplexée. D’un côté, des héroïnes désirées et désireuses, des hommes souvent laids, insignifiants et bêtes. De l’autre, des agressions sexuelles qui dynamitent, requestionnent et ré-apprivoisent la libido de ces dames. Une ambiguïté qu’on n’a pas fini de questionner…

Ce sera donc tout le programme de ce Rape Apartments, où une jeune épouse profite de l’absence de son mari pour rejoindre son amant. Sur le chemin, elle se fait violer par une silhouette vêtue de noir… comme son amant. Bref, inutile de vous faire un dessin. Gros hic: cette même silhouette commet une série de meurtres sexuelles dans le quartier, l’assassin ayant la fâcheuse habitude de brûler le vagin de ses victimes (!!). Un modus operandi renvoyant alors à celui du couple d’assassin de l’incroyable Assault! Jack the Ripper (Yasuharu Hasebe, 1976), qui trouvait leur plaisir en glissant des lames phalliques dans des sexes féminins. Terriblement chatoyant.

Ce qui surprend beaucoup dès la première scène d’agression sexuelle, c’est la mise en scène quasi fétichiste, où les gestes et les objets répondent à un découpage précis, quasi-ritualisé. C’est peu dire qu’on nage en plein exercice de giallo. La lame de rasoir est remplacée par un accordeur de piano, et les gants en cuir, bien présents, ne se contentent plus de tenir un cou ou d’arracher un soutien gorge. Ils caressent la chair, tirent un téton, s’engouffrent dans une bouche, triturent la langue. Cattet et Forzani, réalisateurs de Amer et L’étrange couleur des larmes de ton corps, en seraient tout chamboulés!

Alors que le giallo se mourrait et que le pinku entrait dans le début de sa fin, Naosuke Kurosawa ne s’inquiète pas et ingère les codes de l’un comme de l’autre. Durant une scène argentoesque à souhait, une lycéenne fuit son agresseur au ralenti alors que les buildings témoins éteignent leur lumière, avant de s’arracher un œil sur une grille de barbelé! Côté pinku, l’héroïne, initiée au saphisme par une amie, voit son mari se glisser entre leur deux corps le temps d’un threesome vraiment chaud. C’est aussi le goût de l’image dingue, comme ce coït au bord d’un toit, cette femme jetée nue dans un four, cette scène de masturbation en plein terrain vague où les gouttes de cyprine prennent feu… Jusqu’au dernier instant, s’engouffrant dans un enfer de délices, peut-être fantasmé. Ou peut-être pas…

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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