Carré Rose

Published on juin 5th, 2017 | by Geoffroy Christ de Denis

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CARRÉ ROSE. THE SEX GARAGE. Fred Halsted, 1972

Une jeune hippie rejoint son copain garagiste sur son lieu de travail afin de passer du bon temps, mais le couple se trouve vite interrompu par l’arrivée d’un client. Gênée par cette intrusion, la fille prend la fuite au désespoir de son petit-ami. Néanmoins, la déception est de courte durée puisque le nouveau-venu prend la relève. Suite à cela, entre en scène un troisième et dernier arrivant, la véritable star de ce court film: le biker.

Avec un scénario qu’on pourrait croire résumé par son titre, The Sex Garage parvient contre toute attente à dérouter en seulement quelques plans. Halsted amorce la transgression en détraquant les codes du porno homo puisqu’il montre carrément du sexe straight durant une dizaine de minutes – soit un tiers du film –, de quoi frapper d’horreur le gay petit bourgeois. Allez-donc me chercher un cinéaste qui oserait ce genre de trucs – bon, à part Bruce LaBruce OK. À propos, le réalisateur canadien cite Halsted parmi ses influences et on le comprend ! Le pornologiste ne s’y trompe guère puisque Fred Halsted a comme Wakefield Poole (Bijou) et d’autres types authentiquement talentueux des années 70, su tracer une ligne invisible entre cinéma expérimental et porno.

Conçu en un jour comme un court métrage faisant figure d’excroissance de son œuvre culte en deux segments L.A. Plays Itself (1972), The Sex Garage poursuit là où la tyrannie destructrice du film précédent s’était arrêtée. On y assistait d’abord aux ébats de deux Apollons au sein d’une forêt édénique avant une deuxième partie présentant les ravages que l’homme inflige à la nature entrecoupée des sévices sadomasochistes qu’Halsted lui-même faisait subir à un garçon des rues. En découle une analogie psychogéographie/sexualité qui voit l’environnement et les comportements érotiques évoluer à l’unisson. De sorte qu’on saute de la pureté originelle pré-humaine à la mégalopole vampirique.

La dernière partie de ce quasi-triptyque s’avère conséquemment plus noire, la nature y a totalement disparue et Los Angeles se résume à un amalgame de béton cradingue, de billboards filmés en négatif et de fragments d’acier destinés à être assemblés pour générer un peu plus de pollution dans l’atmosphère. L’exploration du désir se couple à celle du genre humain. Ainsi, après avoir filmé la faune et la flore, puis sa destruction méthodique par l’aménagement urbain, c’est en toute logique qu’ici Halsted associe l’avidité du monde contemporain à la maltraitance et la mort.

Le noir et blanc granuleux du super 8 et la musique pop 60’s apposée à l’orgie de pièces détachées hurle très vite «Kenneth Anger» à nos oreilles. Impression qui sera confirmée par un montage drug friendly incluant une fellation hétéro et les images de l’appartement chic d’un jeune homme qui prend une douche en se masturbant. Plus encore que le carambolage visuel angerien qui envoie de grandes baffes à notre compréhension rationnelle, c’est celui des sons qui imprègne le plus notre visionnage. On alterne entre une version piano du Jesu Joy of Man’s Desiring de Bach, un tube du top 50 – When Tomorrow Comes du girlband The Emotions – et les bruits de succion qui viennent percer le silence du garage. Un cut-up sonore blasphématoire qui va comme un gant à cette combinaison sexe-mort-bagnoles. Puis lors de l’arrivée du bike boy chevelu post Scorpio Rising (1965), la musique partira dans l’abstraction avec les notes d’un synthé hypnotique qui rappellera celui d’Invocation of My Demon Brother (1969).

Après le départ de son unique rôle féminin, le film va crescendo dans la brutalité. Les rapports de domination hyper-virils y sont célébrés et le client friqué se fera sciemment utiliser comme un sac à patate, puis enfoncer la tête dans les chiottes par ses deux agresseurs prolétaires. De cette façon, The Sex Garage joue sur une tension symétriquement sexuelle et angoissante. Les interactions des trois participants révèlent la dangerosité latente du scénario de Halsted, qui, d’avantage que par le cul, semble surtout fasciné par la violence.

La caméra portée remue sur de très gros plans qui dissèquent les corps, morcelant les anatomies comme les composants des carrosseries environnantes. Une main vue à travers un pare-brise, un torse dont la tête est occultée par le toit du véhicule, un insigne Mercedes faisant figure de symbole ésotérique: on se dit que c’est J.G. Ballard qui a du être content. C’est effectivement beau comme du Crash et même si on ne verra pas les garçons s’éclater le crâne à 120 km/h contre un tableau de bord ou mélanger leurs viscères aux épaves accidentées, on aura néanmoins droit à un bel Hells Angel insérant son membre dans le pot d’échappement de sa bécane en guise de bouquet final.

All Hail Fred Halsted, grand pourvoyeur d’orgasmes nihilistes.

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