Carré Rose

Published on décembre 9th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. THE FIREWORKS WOMAN. Wes Craven, 1975

Alors que tout le monde s’accordera à dire que l’enchaînement entre La dernière maison sur la gauche et La colline a des yeux est d’une logique implacable, voilà qu’on vous dit que le véritable second film de Wes Craven est pris en sandwich, bien au chaud, entre les deux. Et c’est un porno, oui, un vrai. Pas un gonzo réalisé dans un appart surchauffé ou une villa de campagne, avec un missionnaire et deux sodo pour faire illusion, non non. Un bon porno, et un vrai beau film, aussi barré et cruel que les deux classiques horrifiques cités plus haut. À vrai dire, cette petite récréation, sans doute aussi bien stimulée par une envie personnelle que le besoin de surfer sur une vague mirobolante, est peut-être même meilleure que le surestimé La colline a des yeux.

Signé sous le pseudo de Abe Snake, The Fireworks Woman – sacré titre chaos que voilà – est en effet loin d’être une production cochonne dite «consensuelle», tant le ton grave et parfois baroque se rapproche davantage des films de Gerard Damiano (L’enfer pour Miss Jones et Story of Joanna en particulier). Craven y semble irrésistiblement tiraillé entre son attrait pour le genre (de nombreux éléments fantastiques et oniriques), la noirceur humaine et cet hédonisme pornographique dans l’air du temps, à l’aune de cette introduction où une fête champêtre tourne au baisodrome. Parmi ces corps sans barrières, Angela sera évidemment la figure à suivre; la femme feu d’artifices, c’est elle, véritable aimant à désir provoquant surnaturellement une véritable lubricité chez les gens qui l’entourent. Un pouvoir si puissant, qu’elle ne pourra résister à se livrer sans retenue à son propre frère, avec qui elle vit une passion dévorante. Autant ébranlé que branlé, le garçon rentre dans les ordres pour s’éloigner de la jeune fille, qui ne peut oublier les délicieuses étreintes décorées d’incest de citron.

On suit alors les mésaventures de la jeune femme, comme parachutée chez Sade, véritable Justine de Craven d’abord à la merci d’un couple sado-masochiste, avant d’être violée brutalement sur une montagne de glace par un pêcheur sordide. Le mélange de maniérisme, avec l’utilisation du Canon de Pachelbel (utilisé sur une scène de fellation, ou une masturbation post-viol pour rallumer la flamme soufflée) et d’une sexualité écorchée-vive au centre d’une histoire contée à la première personne évoque parfois étrangement le Nymphomaniac de Lars Von Trier; c’est dire à quel point on est loin d’une bande porno rigolarde!

Craven y appelle déjà sa fascination pour les rêves et les cauchemars, avec son héroïne plongée dans ses fantasmes étranges, et fait quelques apparitions himself dans la défroque d’un barbu qui pourrait bien être le Malin! Mais ce qui surprend le plus dans ce cocktail aux saveurs très étranges, c’est sa poésie crépusculaire qui évoque une facette qu’on ne connaît pas de son auteur, filmant habilement son héroïne paumée dans ses névroses, ses désirs, son abandon, sa solitude. Le tout se concluant dans une douce immoralité, Angela finissant par vivre pleinement son amour interdit après une partouze digne de celle de Derrière la porte verte, où sperme et feux d’artifices font bon ménage.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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