Carré Rose

Published on décembre 9th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. THE DEVIL INSIDE HER. Zebedy Colt, 1977

Dans le superbe Story of Joanna, une scène, filmée comme une autre, attirait particulièrement l’attention: au milieu des scènes d’initiations de la belle Terri Hall, le majordome du manoir donnait un massage à son maître avant de lui prodiguer une fellation. De la même manière que l’utilisation du gode-ceinture dans le réjouissant The opening of Misty Beethoven, il y avait de quoi surprendre ceux qui attendaient une série de coït hétérosexuels codifiés. Le majordome usant de ses lèvres pour satisfaire l’insatisfait Jamie Gillis, c’était Zebedy Colt, une sacrée personnalité dont l’arrivée par l’entrée des artistes se fit bien avant le porno.

En effet à la fin des années 60, Zebedy Colt sort un album intitulé I’ll sing for you, entièrement composé de chansons a priori réservées à des chanteuses comme The man I’ll love. Une donnée qu’il détourne en donnant justement ces déclarations d’amours en pâture des à des voix masculines, faisant de l’album une pièce majeure de la scène queer. Puis vint évidemment le porno, Colt étant aussi bien à l’aise devant que derrière la caméra. Bisexuel, il tournera par exemple dans Manhole, un porno gay 3D (!) qui sera le dernier film de David E.Duston, à qui l’on devait le beau morceau de gigot grindhouse I drink your blood. En tant que réalisateur, Colt tapera dans le straight-porn, tout en l’assaisonnant à sa sauce, autant le dire bien relevée.

Sous ses airs de sous-The devil in miss Jones, The Devil Inside Her n’entretient que des rapports lointains avec son cousin débauché, même si on y retrouve un goût marqué pour les plaisirs infernaux. Dans un coin de la cambrousse de la Nouvelle-Angleterre du 19ème siècle, deux sœurs ont du mal à résister au charme viril du jardinier Joseph, qui adore visiblement porter des jeans (c’est pas grave, il le gardera pas bien longtemps). Lorsque Faith, qui lui est destiné, l’embrasse dans la clairière, Papa voit tout rouge et punit la jeune fille de plusieurs coups de bâtons. La frangine, Hope, tombe des nues, car elle est aussi amoureuse du brave Joseph: dans la forêt, elle crie son désarroi à Dieu, avant de s’en remettre au Diable. Planqué dans le coin, la queue à la main et paré comme s’il sortait d’un cruising bar, Lucifer compte apporter son grain de sel à cette tragédie du dimanche: prenant l’apparence de qui bon lui il semble, il entend corrompre l’innocente (?) Faith et assouvir les fantasmes de Hope.

Tel Satan lui-même, Colt va aussi loin que possible, incarnant d’ailleurs le papa fermier irascible et intolérant qui trombinera sa fille dans un moment d’égarement. D’ailleurs, même Maman s’y mettra. Ce qui pourrait s’apparenter en premier lieu à une sacrée pantalonnade, surprend par l’abandon total qui règne durant les scènes de sexe, en particulier cette masturbation frénétique sur l’herbe où mademoiselle s’enfonce quantité de maïs et de légumes (cinq fruits et légumes par jour qu’ils disaient). Le summum est atteint lors d’une orgie finale sur les terres du malin, où les corps s’entassent dans un rouge profond: rim-job prodigué au partenaire masculin (la touche Z Colt sans doute), pisse à volonté et double pénétration. C’est frénétique, brutal et généreux. Pas de doute, on est pas là pour boire le thé. Ou en tout cas, pas que du thé.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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