Carré Rose

Published on août 18th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. STORY OF JOANNA. Gerard Damiano, 1975

Chef-d’œuvre soyeux, maniaque et vertigineux de la littérature bdsm (ou de la littérature tout court), Histoire d’O a toujours été un rêve d’adaptation, concrétisé assez lamentablement par Just Jaeckin en 1975. Auréolé du succès d’Emmanuelle, l’ancien photographe en tirait un catalogue d’images sans saveur ni venin, laissant même les grâces de sa suite à Shuji Terayama, le temps des Fruits de la passion plus bizarres, plus chaos, mais finalement tout aussi loupés (et ne parlons même de Histoire d’O 2). Maudite la Pauline Reage? Peut-être. Durant sa période française, Kenneth Anger fut à deux doigts de signer son Histoire d’O à lui: film perdu ou jamais tourné, la légende demeure et c’est presque plus beau comme ça.

Le vrai Histoire d’O filmique, ou celui qui s’en rapproche le plus, ce sera The Story of Joanna, un des bijoux de l’âge d’or du X américain, que le réalisateur de Deep Throat signa par dépit, après avoir échappé aux droits du livre de Reage. Il en gardera le noyau juteux: un châtelain mourant séduit une jeune femme et l’entraîne dans son château pour lui faire découvrir mille sévices et plaisirs. Pas du genre à traiter son sujet à la légère, Damiano retrouve la verve dark qui faisait le prix de son atomique Devil in Miss Jones, mais en jouant cette fois à fond la carte du maniérisme baroque. Les yeux immenses de Teri Hall parcourt des salons tapissés et obscurs, où attendent phallus dressés et fouets ardents. Un visage d’une élégance et d’une classe tout en contraste avec les bimbos à venir du X, comme Georgina Spelvin dans Devil in Miss Jones, vieille girl next door réanimée face caméra. En prince romantico-sadique, Jamie Gillis, plus posé qu’à son habitude, s’offre tout de même une scène de fellation homosexuelle qui brise toutes les cases qu’on aimerait poser aujourd’hui sur un film de ce genre.

Plus précieux que hargneux, Story of Joanna flirte plutôt avec un sado-masochisme bourgeois, loin de la cruauté de L’esclave. On s’arrête ici à une flagellation de cuisses dans une salle aux miroirs du meilleur effet. La beauté de l’imagerie luxurieuse fascine sans doute plus Damiano que sa sauvagerie: on se laisse chatouiller par une scène d’amour où les très gros plans, d’habitude grossiers, sont magnifiés. On finit envoûté par une scène de danse virevoltante ou par une image arrachée à Derrière la porte verte où la belle Terri se fait happer et parcourir par une armada de mains. Du bel ouvrage, du satin noir sur pellicule qu’on aimerait bien revoir enfin dans une copie toute à fait décente et lisible. À bon entendeur…

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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