Carré Rose

Published on janvier 11th, 2018 | by Jeremie Marchetti

0

CARRÉ ROSE. LE SEXE QUI PARLE. Claude Mulot, 1975

La France Porno tape le poing sur le table: il nous fallait notre Gorge Profonde à nous, ce chef de file du cinéma pour adultes où Linda Lovelace se découvrait un clitoris dans la gorge et allait savourer quelques kilomètres de phallus pour son bon plaisir. Il fallait quelque chose d’aussi émoustillant, d’aussi con et d’aussi vendeur. Claude Mulot, à qui l’on devait le très chouette La rose écorchée, un sous-Yeux sans visage bisseux et gothique, arrive à la rescousse. Comme un certain Jean François Davy, il ne trempera pas longtemps dans le cinéma traditionnel, plongeant dans le circuit porno en quelques titres. Si Le sexe qui parle ne provoqua pas un torrent digne de la gorge à Linda, il n’en restera pas moins un des classiques de l’âge d’or du X, comme on aime bien le souligner, fier vainqueur du seul et unique festival du film pornographique de Paris dont l’élan sera coupé sec par l’arrivée du classement X.

Joëlle, rousse piquante (superbe Pénélope Lamour, dont ce sera le seul film), déchire son PV sur les Champs-Élysées. Une blonde boudeuse à la robe psychédélique la félicite et file droit. Intriguée, Joëlle l’a suit, puis tente de l’a séduire, lui glisse un billet sur les lèvres – pas celle du haut bien sûr – avant de s’enfuir paniquée, prise la main dans le sac. Elle est comme ça Jojo, pleine d’envie, mais trop frustrée. Au boulot, elle taille soudainement une plume à un stagiaire mais se retrouve interrompue par le téléphone: «Désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris!». Lors d’une soirée barbante, Joëlle se branle d’ennui devant les invités, tous le souffle coupé. Car le voilà le problème: Joëlle est frustrée, à peine touchée par un compagnon trop occupé par son boulot d’architecte. Après un coït fort décevant, le couple entend une voix geignarde et vulgaire déchirer la nuit: le vagin de Joëlle a pris la parole et le fait savoir!: «ALORS SALAUD, TU VAS BANDER OUI!». Il faut donc satisfaire ce mont de Venus devenu bavard et agressif, transformant la vie du couple en une sacré aventure, mais pour la bonne cause: la jouissance féminine. Si on veut un échantillon du hard à la française, Le sexe qui parle coche toutes les cases: quelque part entre le charme 70’s et la ringardise, le glauque et le truculent, la comédie de mœurs et le drame chelou, ce qui fait encore sourire et ce qu’on ne tolérerait plus vraiment, le tout animé par une troupe de circonstance (Béatrice Harnois, Sylvia Bourdon, Jack Gatteau, Ellen Earl ou encore Gerard Kikoïne au montage).

Lorsque le sexe à la langue bien pendue raconte à l’homme de sa propriétaire toute son adolescence, le film bifurque vers un récit omnibus étrange, qui flirte allégrement avec la tragédie, la psychanalyse de bazar et une frontalité toute particulière. Comme avec ces adolescents découvrant leurs premiers émois, ce prêtre défroqué en plein confessionnal (au sens propre comme au figuré) ou ce Pinocchio de bois qui permettra à une lolita insatisfaite de trouver son plaisir. On trouve là les traces d’un Claude Mulot iconoclaste, qui n’hésite pas à filtrer avec le bizarre: dans une superbe scène de fantasme, l’héroïne, le pommeau de douche entre les cuisses, s’imagine dans une voiture de luxe, jouant avec le levier de vitesse, alors que des individus masqués recouvre le véhicule de semence façon car-wash crémeux. Jubilatoire. Plus loin, la très gourmande Sylvia Bourdon, maquillée façon glam rock, peint et couche avec ses modèles, éphèbes convaincus ou brunettes à satisfaire à coup de gode ceinture. On peut regretter les nombreuses doublures cassant parfois la spontanéité des scènes de sexe, réduites à des gros plans moins ingénieux. Un petit point noir rattrapé par la variété des situations, le clou étant sans doute cette scène presque méta où Joëlle se laisse séduire dans un cinéma porno, avant de se donner à ses prétendants dans une scène bien plus chaude que le carrelage froid et les pissotières qui servent d’appui. Emporté par un mélange de perversité et de paillardise, on a toujours envie de tailler la bavette avec ce Sexe qui parle.

Spread the chaos

Tags: ,


About the Author

Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !