Carré Rose

Published on novembre 21st, 2016 | by Jeremie Marchetti

0

CARRÉ ROSE. LA PUNITION. Pierre-Alain Jolivet, 1973

imageLibération sexuelle ou pas, le SM n’a sans doute jamais été aussi à la mode au cinéma que dans les 70’s, avec l’explosion de la sexploitation, du porno ou du Pinku-Eiga. Entre la strangulation érotique de L’empire des sens, l’exploration quasi-documentaire du milieu dans Maîtresse, les nombreuses adaptations de Sade, les jolies plantes ligotées de Robbe-Grillet, les amours bizarres de Portier de Nuit ou de Liza, Marlon Brando se mettant au bondage dans Le corrupteur… Le choix est vaste, ridiculisant sans forcer toute une génération de Fifty Shades Of Grey.
Durant cette génération panpanculcul, on a pu voir en France un beau film écorché, La Punition, que l’on doit à Pierre Alain Jolivet, réalisateur mystérieux et chaos ayant également laissé dans son sillage une adaptation d’Arrabal (Le grand cérémonial) et de Jean Genet (Haute Surveillance). Des disparus dans la grande mer du chaos qu’on aimerait d’ailleurs revoir fissa…
À l’inverse de la plupart des titres cités plus haut, La punition cherche moins à se consacrer en objet excitant et masturbatoire: le roman initial pouvait se voir à ce titre comme une variation sordide de Histoire d’O. Empressé et quasiment psychédélique, ce calvaire irréel se balance entre plusieurs temporalités: la fuite d’un couple d’un côté, et ce qui les a amené à prendre la poudre d’escampette de l’autre. Plantureuse, un peu maussade, Britt est prostituée de force par un trio infernal, dont son amant est l’investigateur. Mais décevant un client récalcitrant qui demande qu’elle soit «dressée», la jeune femme est emprisonnée dans une maison isolée envahie de feuilles mortes et hantée par des hurlements incessants. Là, elle devra recevoir ses nombreux clients et satisfaire leurs demandes… La punition n’est donc pas ce qu’on pourrait qualifier de «film de charme», tant le ton est désespéré et violent, avec ses soirées mondaines filmées comme un cauchemar, son héroïne martyr et son climat à la limite du fantastique. Jolivet fignole un objet bizarre, d’où surgissent des plans superbes, des moments d’hystérie secouants (un viol brutal au milieu d’une fête triste et décadente) mais surtout une mélancolie qui suinte de partout, de la musique (hallucinante) de Bookie Binkley au regard perdu de Karin Schubert. La manière dont cette ex-starlette des seventies s’offre à l’écran est sans doute ce qu’il y a de plus bouleversant: dans ses sanglots, qu’on jurerait authentiques, on ne peut s’empêcher d’entrevoir la descente aux enfers que l’actrice vivra quelques années plus tard pour sauver son fils toxicomane, avec une escalade dans le porno qui la froissera définitivement corps et âme. C’est dire si cette «punition» va au delà de la simple curiosité déviante.

Spread the chaos

Tags: ,


About the Author

Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !