Carré Rose

Published on novembre 12th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. LE MIEL DU DIABLE. Lucio Fulci, 1986

Alerte, nous voilà dans la zone grise fulcienne! Après avoir gravi les échelons du hardgore avec sa tétralogie zombiesque à la fin des années 70, Lucio Fulci a pris le pli du cinéma de genre italien: en bref, la dégringolade générale. Une chute qualitative due également à la santé fragile de l’auteur, ce qui nous vaudra des films atroces tels que Conquest, le premier film d’Heroic Fantasy flou, ou Aenigma, le Carrie du pauvre arrivé 15 ans en retard. Tout à jeter alors? Pas forcément: des titres comme Soupçons de mort, Demonia, Zombi 3, Murderock ou La Casa nel tempo offrent un ratio ratage/satisfaction bisseuse assez gourmand, en plus d’une générosité toujours maladive dans le gore.

Au milieu de ces bandes improbables recouvrant les murs de chairs pestilentielles, on dégote le très curieux Le miel du diable, une des rares tentatives d’érotisme du maestro. À n’en pas douter, le métrage ressemble à s’y méprendre à un softcore de dimanche soir sur M6 contaminé par les obsessions mortifères du bonhomme, qui ne pouvait décidément pas s’empêcher de lier Éros et Thanatos. Chassez le naturel, il revient au chaos. En tête d’affiche de cette bizarrerie bicéphale, la très jolie et très mauvaise Corinne Cléry, qui swinguait à l’époque entre le franchement nul Histoire d’O et le très fun Moonraker où elle paradait en James Bond Girl, quand elle ne barbotait pas dans le rape and vengeance méchant avec La proie de l’auto stop, ou du sous Star Wars en carton avec L’humanoïde. Vertige d’une carrière, on adore.

Corinne incarne donc Cecilia (ou Jessica dans la version u.s), une jeune fille accrochée au blouson de son mec saxophoniste, une espèce de Bertrand Cantat de caniveau qui ne peut s’empêcher de se jeter sur elle dès que ça frétille dans le bas-ventre. On frôle la Joedamaterie lorsque, en guise d’entrée en matière, le musicien renonce à sa braguette et décide de faire sa jouir sa compagne en lui collant son saxe en dessous de la ceinture, chaque air de sexy saxo faisant monter madame au plafond.

Tout le monde joue évidemment comme des patates frites, et voilà qu’un autre couple arrive dans l’arène: un quinqua abandonnant sa bourgeoise en fourrure pour des prostituées recouvertes de vernis rouge, voit alors son divorce chambouler son travail de médecin. Durant une opération, il laisse la vie d’un patient lui glisser entre les doigts. Hélas, il s’agissait du compagnon de Cecilia, qui traque alors le toubib dans l’espoir de se venger.

Si l’idée de voir Corinne Clery essayer de pleurer avec un pull sur les seins ne vous fait pas peur, il faut se laisser guider par une seconde partie bien plus excitante. Renversant le traditionnel huis-clos sm où la femme se laisse saucissonner pour finir avec un bon syndrome de Stockholm sur la tronche, ici c’est l’homme qui devient l’esclave. Elle, objet sexuel de son amant défunt, devient domina, alors que lui, pas réticent à montrer sa supériorité aux demoiselles, devient le chien de Madame. Fulci insuffle ses parfums âcres de mort, de pisse, de cyprine et de pâté pour chien dans une villa à l’abandon, laissant deux âmes en peine se détruire pour se reconstruire. Un climat déviant, titillatoire et putride, où même Clery gagne en sensualité animale. Troublant à souhait, le cocktail en vaut la chandelle. «Tu seras ivre de bonheur car elle est le miel du diable, et elle te tuera avec l’infinie douceur du feu»

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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