Carré Rose

Published on août 29th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. DAYDREAM. Tetsuji Takechi, 1964

De la même manière que Jigoku, film si impressionnant pour son époque qu’il en fut oublié, DayDream est pourtant une œuvre charnière du cinéma japonais, une date marginale et essentielle, peut-être terrassée par l’arrivée des filmo subversives de Koji Wakamatsu et Masuo Masumura. Tetsuki Takechi y signait son premier film, mais aussi ce qui fut considéré comme le premier pinku-eiga du cinéma nippon. Là où l’amateur en attendait une sorte de modèle poli et usé, il y découvre un film radical et obsédant, qui pourrait se rapprocher d’un équivalent japonais (et plutôt cul) du fabuleux Dementia, déambulation nocturne et onirique qui avait marqué le cinéma underground américain.

Une crème blanche et suspecte inonde le générique de début: autant dire que ça commence bien. Un gentil étudiant se rend chez le dentiste, où il tombe amoureux d’une patiente à la beauté de porcelaine. Takechi triture un enfer sonore bien connu, celui du monde impitoyable et presque SM (on y va pour se soigner mais on sait pertinemment que la souffrance sera au rendez-vous) du cabinet d’un dentiste. Comme son titre l’indique, DayDream est une journée qui n’existe pas, ou si peu, puisqu’elle provient du songe des amants endoloris. La situation dérape, le dentiste déshabille sa patiente et la mord. Juste avant cela, la séquence transformait un simple passage sous la roulette comme un préliminaire pornographique: lèvres effleurées, manipulées, jet d’eau qu’on recrache et qui dégorge. Liaison fluide et intime entre un homme et une femme, qu’on n’aurait jamais imaginé dans un tel lieu.

Bien sûr, on cause de dents, de dentiste malveillant, et voilà que notre demoiselle devient la proie d’un vampire avide, sous les yeux impuissants d’un amoureux trop témoin. DayDream ne montre jamais de coït mais ne se prive pas de dénuder son actrice, d’effleurer son aisselle velue, de la couvrir de sang et de morsures. Bondage et torture électrique également au programme: DayDream est exquis, cruel et franchement hallucinant pour son époque. Les scènes de poursuites sont traversées de pauses suspendues, lynchiennes (avant l’heure), où l’on chante dans des cabarets vides. Un collier de perle gigantesque devient une laisse, un corps devient mannequin: tout est possible, plastique, modelable, biscornu. Cauchemar érotique sans fin et absolu. En attendant notre renard mascotte de Antichrist, un singe malfaisant y faisait surgir ici une voix rauque pour se moquer des protagonistes. C’est dire si DayDream est aussi fascinant qu’en avance sur son temps.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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