Carré Rose

Published on janvier 6th, 2017 | by Jean-François Madamour

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CARRE ROSE. CONTES IMMORAUX. Walerian Borowczyk, 1974

contes-immorauxPolyvalent, Walerian Borowczyk œuvrait dans la peinture, le graphisme et la littérature, mais c’est surtout le cinéma qui l’a amené à signer quelques films mémorables. Son parcours? D’origine Polonaise, l’homme à la caméra a étudié à l’Académie des Arts de Varsovie dont il sort diplômé en 1951 et a remporté le Grand Prix national du graphisme pour ses affiches de cinéma en 1953. Connu pour ses films érotiques, il est également redevable de quelques courts-métrages d’animation magnifiques (Dom) dans lesquels il déploie son humour noir et surréaliste. Son grand collaborateur de l’époque n’est autre que Jan Lenica. Par la suite, il s’installe en France et travaille avec Chris Marker sur Les astronautes puis réalise un premier long-métrage d’animation baptisé Le théâtre de M. et Mme Kabal en 1963. Ce n’est que onze plus tard qu’il met en scène Contes Immoraux. Et quels contes!

Honteusement sous-estimé, Contes Immoraux, de Walerian Borowczyk, reste probablement son meilleur film et, disons-le carrément, l’un des meilleurs films français jamais réalisé. A la manière des Mille et Nuit Nuits de Pier Paolo Pasolini, Borowczyk construit son récit comme une succession de sketches soyeux qui sont autant de rêves que de cauchemars. Cela permet de varier les genres, les tonalités, les sexualités, les époques avec une liberté totale et une élégance souveraine. Selon Borowczyk, ce film est « un sanctuaire de liberté comme une île sans interdit« . C’est une facilité pour un réalisateur qui sort du monde du court-métrage. Chaque conte, au nombre de quatre, aborde le sujet du libertinage en retranscrivant à l’écran la notion de plaisir sans culpabilité, sans posture faussement scandaleuse, sans morale à la Breillat. Bref, à l’époque, Borowczyk filmait le sexe comme quelque chose d’instinctif et non de théorique. Bonne pub pour le désir.

contes-immmmmLa tentative de Borowczyk pousse l’audace plus loin que la simple représentation sexuelle d’un Just Jaeckin. A la manière de Pasolini qui avait célébré l’hédonisme dans Les mille et une nuits puis réalisé son antithèse la plus radicale avec Salo, les 120 journées de Sodome, Borowczyk effectue la même démarche en filmant en l’espace d’un an un premier film érotique épicurien (Contes Immoraux) puis un pastiche qui tutoie gaiement la gaudriole et le grotesque (La bête) en poussant fort loin ses outrances stylistiques. A chaque fois, on note la même détermination d’aller au-delà des effets figuratifs, d’instiller une ambiance cinématographique, de greffer une dramaturgie… En un sens, démontrer des qualités d’esthète et de narrateur avant d’être assimilé à un simple pornographe.

Le premier sketch se situe dans les années 70. Fabrice Luchini incarne un jeune gars cochon qui réclame une gâterie de la part de sa cousine, jeune, poilue et innocente. Le réal filme la montée du désir en exploitant un parallèle astucieux: Fabrice Luchini et sa faculté oratoire. L’acteur explique le phénomène des marées montantes en même temps que la cousine prodigue la fellation. Le regard de l’actrice ne lâche pas le spectateur.

Le second segment brosse le portrait d’une sainte séquestrée par une mère cintrée qui transpose son amour pour Dieu dans la masturbation frénétique. Le quatrième et dernier sketch se focalise sur une famille qui découvre les joies de la transgression. Mais le meilleur reste le troisième.

Descendante de la Bathory, une comtesse (Paloma Picasso!) séquestre de jeunes paysannes vestales pour en faire son festin personnel et rajeunir son corps en jouissant de leur sang. Visuellement, l’ensemble demeure d’une subjuguante beauté, ne serait-ce que pour cette mémorable scène de débauche, presque picturale, où le sexe n’a jamais frôlé à ce point l’ivresse et la mort. Si vous ne l’avez jamais vu, vous n’imaginez la chance que vous avez de le découvrir.

Si vous êtes en forme, enchaînez donc avec La Bête, réalisé en réaction un an plus tard. Un marquis, pour sauver sa fortune, décide de marier son fils un peu débile à la fille d’un riche Américain. Des la première nuit de son arrivée, elle rêve qu’une aïeule de son fiance est poursuivie par une bête monstrueuse munie d’un sexe gigantesque. L’acte a lieu d’abord dans la frayeur puis dans le plaisir jusqu’au moment où la bête meure. Bien entendu, ce n’est que l’illustration d’un fantasme zoophile dans lequel le réalisateur dynamite les codes du conte de fées et donc la fameuse histoire de La belle et la Bête, de manière (hyper)sexuée et décomplexée. La tentative de perversion (la bête se masturbe, pénètre la demoiselle en gros plan et éjacule de bonheur) suscite encore aujourd’hui le dégoût comme l’hilarité.

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Ours plumitif.



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