Carré Rose

Published on septembre 10th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. BLACK EMANUELLE EN AMÉRIQUE. Joe d’Amato, 1977

La couleur en plus, un M en moins, et c’est ainsi que Black Emanuelle vola la vedette à Sylvia Kristel dans le monde impitoyable de la sexploitation. Rien de renversant pourtant à l’arrivée: émoustillé par le succès de notre Emmanuelle nationale, les italiens se frottent les mains. C’est une belle masseuse dans Emmanuelle 2: l’Anti-vierge, du nom de Laura Gemser, qui leur tape dans l’œil. L’année précédente, elle tournait dans le coquin et oubliable Amour Libre; et enchaînera donc avec Black Emanuelle, le versant hyper exotique de la saga d’Arsan. Mais Laura a beau être très belle, il faudra ajouter quelque chose d’autre pour la distinguer de son modèle franchouillard: Emanuelle est reporter, voyage beaucoup, prend des photos, et vit une sexualité épanouie avec hommes & femmes. Jusque là, ce Tintin du Q se cherche un peu. Après un Black Emanuelle en Orient bien gentil, on passe à la vitesse supérieure: Laura tombe entre les mains de Joe d’Amato, valsant à l’époque entre film d’horreur et film hard, quand il ne mélangeait pas les deux. Il offrira donc des aventures plus que mouvementées à sa muse, entre un Emanuelle chez les cannibales aussi épicé qu’un Cannibal Ferox, et un Black Emanuelle autour du monde fort crapoteux. Mais on peut aussi lui préférer le premier opus de ce virage très «amatoketchup», Black Emanuelle en Amérique, où les arguments chocs paraissent aussi malhabilement plaqués que fascinants. En route Simone.


Vive le sexe, vive l’amour, vive le plaisir: Emanuelle a tout compris. Durant la scène d’introduction, un prude fêlé entend l’évincer pour ses «sales activités» mais finira par céder à une fellation persuasive. Elle est comme ça, Manue. Les voyages, très maladroitement tissés, sont autant de scénettes qui auraient constitués un film indépendant. Chez un marchand d’armes, Emanuelle fricote avec trois nymphes dans une piscine. À Venise, une soirée de l’ambassadeur finit en partouze crémeuse, où une blondinette couverte de chantilly ouvre le bal en sortant d’un gâteau. Plus loin, des bourgeoises arrogantes font leur sélection sur une armada de mâles prêt à l’emploi (on adore). Quand elle ne matte pas ou qu’elle ne fait pas clic-clac avec son appareil top secret, Laura fait l’amour tant qu’elle peut, entre son amant qui l’étreint au rythme d’un concert de violons ou cette secrétaire qu’elle viole littéralement parce que la vilaine refuse de coopérer. Un spectacle somme tout classique si on écumait les dimanches soirs de M6. SAUF QUE… D’Amato dérègle tout ça de manière assez réjouissante, entre une scène de zoophilie «à la mode» avec un cheval et des séquences de faux snuff movie réellement terrifiantes, dont la crudité infernale rappelle le final de Salo.

Un parasitage de bon aloi se concluant sur une scène surréaliste, où la caméra révèle un faux décor de pacotille, se moquant ouvertement de cette même imagerie de carte postale qui inonde la saga des Black Emanuelle.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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