Carré Rose

Published on novembre 5th, 2017 | by Sina Regnault

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CARRÉ ROSE. ALL LADIES DO IT. Tinto Brass, 1992

Au départ, il y a Così Fan Tutte, un opéra en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart. Par oblitération et selon Tinto Brass, il y a du cul. Du sexe libre. Des mains aux fesses et des adultères. All Ladies do It: une boucle en somme, pas forcément négative, car comme chacun sait: le jeune Mozart était porté sur «la chose». 

Élevée par ses talons en forme de bonheur assuré, Ornella Marcucci essaye de convaincre le mari de Diana que l’adultère n’est qu’une prolongation du terme «donna liberata», en vogue dans les années 1970, visiblement réhabilité début 90. Elle tente son coup et soulève sa jupe pour lui prouver. Le mâle rouspète, occupé par des pensées érotiques concernant Diana. Le cœur du film, c’est à peu près ça: la jalousie d’un mari obsédé par une femme libérée, en plein état de puissance, rayonnante et mutine, magnifique.

Problème: Diana découvre la sodomie avec un français, Alphonse Donatienne, qui lance volontiers des «voilà» et des «c’est pas grave!» à tue-tête dans ses échanges. Alphonse (Don Alphonso donc dans Così Fan Tutte) est occupé à chercher la pénétration parfaite entouré de bustes et de moules de sexes féminins. Ils y arrivent et Diana est heureuse. Le réalisateur de Caligula brille dans ce décor. C’est juste. On ne voit ça que chez lui: la perversité transformé en art.

Deuxième problème: Diana, que voici…

est également intéressée par le sexe d’un prêtre noir qui renie sa promesse d’abstinence pour se consacrer à l’exégèse de l’ovule. Et là, attention! Comme dirait Bonnaud dans Personne ne bouge!: «C’est le scandale!». L’Italie n’est pas contente à la sortie du film. Pourquoi? Le prêtre? La couleur? Nous ne serons jamais. Refrain.

De l’art

Outrepassant ces détails humides, le film de Tinto Brass, bien que visuellement érotique, nous annonce l’entrée de la «pop culture» dans l’ère de la fin des haricots et du règne des asperges. Autrement dit: de la pornographie débridée, des prémisses du plan Zoom, et pourquoi pas celles du Gonzo dans la foulée, à en juger par la rapidité à laquelle sortent les manches. Aucun prétexte n’est délaissé. Venise: Diana a des gants rouges, l’acteur le sort. Le train: Diana fait du manspreading, un acteur secondaire le sort, du moins il l’espère. L’art de Tinto Brass est d’avoir réussi à conjuguer la beauté plastique des meilleurs films érotiques (plans issus du cinéma généraliste ou B) et l’annonce de l’immédiateté du désir d’un public en devenir: les surfeurs du web. Ceux qui veulent tout, tout de suite. Qui souhaitent l’hyper-sexe sans devoir attendre l’effeuillage.

Il fut un temps où Duchamp nous annonçait l’ère de l’Urinoir et l’entrée dans le monde contemporain. Tinto Brass lui, nous a annoncé en 1992 avec ce All Ladies Do It, l’ère du bidet.

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