Carré Rose

Published on janvier 15th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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CARRÉ ROSE. A WOMAN’S TORMENT. Roberta Findlay, 1977

Rares sont les réalisatrices ayant trempé dans le cinéma d’exploitation pur et dur – l’exemple le plus évident étant cette queen chaos de Doris Wishman à qui l’on devait Super Nichons contre mafia, et une pelotée de Z atroces et succulents. Ayant secondé pendant un temps son mari avant de prendre le relais après sa mort, Roberta Findlay joue exactement dans la même cour, même si sa fin de carrière dans le cinéma d’horreur de vidéo-clubs a quelque chose d’un poil moins excitant que le stakhanovisme délirant de Wishman. Elle fut à la barre du bien connu Snuff, une charlesmansonerie pas terrible terrible traficotée par un producteur alléché par l’appât du gain, qui y insérera un faux snuff des familles pour entretenir la légende.

Chose plus intéressante: Findlay fut aussi très active dans le cinéma porno, souvent dissimulée sous le pseudonyme de Robert D.Walters. Exhumé récemment par les dingo de Vinegar Syndrome qui permettent de découvrir d’obscures séries z venues des tréfonds de la terre dans des conditions parfois bien meilleures que certains grands films, A Woman’s Torment est assurément un des titres classés X les plus cinglés de la Findlay, constituant une sorte de Répulsion en Pornorama. Comme beaucoup de titres de l’époque, le résultat est d’une noirceur qui a sans doute déconcerté plus d’un coquinou, rappelant parfois un pendant horrifique à l’excellent 3 A.M, dont une des grandes scènes fut montée selon la légende par Orson Welles. Même atmosphère dépressive, même morne plage, même douche à usage masturbatoire. Mais chez Findlay, on voit sans doute plus de sang que de sperme.

Ramonée par son cher époux, une jeune femme le supplie, au bord des larmes, de la faire jouir. Le moustachu n’entend rien. Elle pleure, elle se bat, mais rien n’y fait, la jouissance masculine passe avant tout. Peu après, le goujat la paternalise comme une enfant. Première scène fracassante et éminemment triste du film, qui dirige déjà l’aiguille de la boussole Findlay: les femmes, quasiment toujours en opposition avec les hommes, l’emportent en présence et en intérêt. Pendant près de vingt minutes, on ne verra pas Karen, dont on parle beaucoup: belle-sœur dérangée et trimballée par sa famille pour éviter le scandale, on la mure dans le silence et on ne dit mot. Elle est alors envoyée en repos dans une maison au bord de la mer. Là-bas, la jeune femme va se retrouver face à sa démence. La bande-son, parasitée de hurlements indéfinis et de bruits éprouvants, nous plonge fissa dans son cerveau. Mais les choses vont évidemment vite déraper: vivant chaque rencontre comme une agression, Karen ne peut s’empêcher de tuer ses visiteurs.

Dans la peau dorée et tremblante de la jeune femme, la métisse Tara Chung semble possédée de la première à la dernière image, se livrant à un abandon proche de celui de Georgina Spelvin dans Devil in Miss Jones. Dans une scène incroyable, un réparateur venu à sa rencontre déballe le grand jeu de séduction comme un bon porno de famille avant de se rétracter: ce sera elle qui lui offrira son corps, qui lui gueulera son désir, alors que lui, le brave macho, semble déconcerté. Et il faut voir le bonhomme donner de son doigté à cette créature possédée pendant plusieurs minutes dans une scène hallucinante, qui tournera hélas au viol pour la jeune femme. Un couteau viendra évidemment s’égarer dans le dos du porc.

Dans cette considération du féminin même au bord de la crise de nerfs, Findlay arrange même un curieux casting, anti-glamour au possible, où même la plus jolie actrice (la hardeuse Marlene Willoughby) est volontairement enlaidie pour incarner un personnage à la John Waters, qui tape l’incruste pour ensuite finir par-dessus la rambarde. À leur tour, les scènes de sexe sont arrangées avec une musicalité différente: des ébats filmés volontairement sans passion, où monsieur répond au devoir conjugal avec Madame, une longue scène de masturbation sous transe, du remplissage avec un jeune couple qui finira dans un bain de sang ou une rencontre épique entre Karen et un amant à sa mesure. Névroses et porno font décidément bon ménage au royaume du chaos.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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