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Published on mai 22nd, 2018 | by Gautier Roos

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#Cannes2018 : du meilleur au pire

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette édition mi-figue mi-raisin, où le chaos n’était pas forcément là où on l’attendait…

C’ÉTAIT SUPER

Les absents étaient vraiment absents
Il y a encore un mois, on ergotait sur les nombreux noms pressentis qui manquaient à l’appel : Assayas, Hansen-Løve, Guadagnino, Hers, Brac, Audiard, Dolan, Nemes, Dupieux, De Palma, Schoeller, Mazuy, Denis, Orson Welles et le contingent de 5 films Netflix… Des sobriquets vite oubliés pendant le festoche qui a largement réussi à faire diversion en glissant des films zarbi dans la compèt (Under the Silver Lake, Un couteau dans le cœur…) et des artistes tout aussi improbables ici et là (Shaggy, les Troopers sur le tapis rouge, Romain Goupil…). Ted Sarandos et Paulo Branco peuvent aller se rhabiller.

Des salles moins remplies
Pour une raison encore obscure (le supplément de séances, l’interdiction des selfies ?), les salles étaient rarement pleines à craquer cette année : plus la peine de se farder 40 minutes de queue pour être certain de rentrer. Un tapis rouge pouvait même s’envisager avec seulement une bonne grosse vingtaine de minutes d’avance, ce qui aurait été rédhibitoire il y a encore peu. Cette histoire de fermeture des portes sur les billets : de l’intox destinée à faire rentrer en premier les indésirables, avec leur billet balcon beige tout vilain.

Bertrand Mandico
Le type était partout : à la Semaine, en Compétition officielle, au Vertigo, sur le boat d’Arte… Espérons qu’on le verra aussi pro-actif au moment de faire des longs.

Le « populaire »
Gilles Lellouche en officielle avec un film à 19 millions (Le grand bain), Alex Lutz qui paie son tribut à la chanson franchouillarde en clôture de la Semaine (Guy), un bal en costumes traditionnels sur le tapis rouge (Le grand bal), Grease sur la plage, les ombres d’Argento et de Brian de Palma sur moult films projetés, le mec qui chante It wasn’t me pour conclure ces dix jours de folie : Cannes a tenté une ouverture vers le populaire cette année, nous assénant d’ailleurs moins de « films de festivals » bulgares, croates, ou roumains lors de cette édition (il y a en eu, mais incontestablement moins que l’an passé).

Le discours d’Asia Argento à la clôture
On peut trouver son ton agressif, reste qu’Asia a dit tout haut ce qu’il aurait déjà fallu balancer aux derniers Oscars, quand les complices d’Harvey jouaient les larmes et sortaient les rimmels solennels pour témoigner leur soutien factice à la profession. On sait pas si ça changera grand chose, mais c’est toujours moins abject qu’un sourire de connivence qui arrondit les angles, non ?

Pas de film aberrant en compétition
Pas eu le temps de voir Les filles du soleil et En guerre, ce qui aurait peut-être changé des choses à cet intertitre. Reste que les films indignes de ces dernières éditions n’ont pas retrouvé leur rond de serviette cette année (souvenez-vous de The last face, Marguerite et Julien, The Search, Asphalte qui était en séance spéciale mais qu’on est forcé de citer). Une bonne sélection se juge aussi par le bas, et là-dessus, le délégué général a clairement sauvé les meubles.

Benicio Del Toro
Un collier de barbe de plus en plus irréprochable, une assiduité aux séances (on le découvrait parfois muni d’un bob du plus bel effet aux séances UCR), un jury qui a eu du pif, une disponibilité pour les fans : si l’on devait attribuer un 10/10 à quelqu’un lors de ce festival, King Benicio recueillerait tous nos suffrages!

C’EST NI BIEN NI MAL

Les selfies
La politique autoritaire de Frémaux et Cie a plutôt fonctionné : moins de selfies sur les marches, moins de retard agglutiné devant la salle. Donc + de batterie pour faire chier le monde (cf. paragraphe plus loin en-dessous sur les GSM intempestifs). Un mal pour un bien.

Augustin Trapenard toujours fourré avec Joachim Trier
Les deux membres du jury de la Semaine de la critique semblaient copains comme cochons : s’enfiler les séances ensemble ne leur suffisait pas, il fallait aussi qu’ils s’affichent en bloc en soirée, en plus de leurs activités journalières (quotidiennes de cinéma sur une demi-douzaine de médias pour l’un, DJing endiablé pour l’autre). On valide le duo, mais on aurait aimé plus voir Nawel Perez Biscatruc et son mètre 54.

Les guests de haut vol
Loana au Jafar Panahi, Mia Frye aperçue au film de Godard, Sébastien Folin et Samy Naceri réunis devant le nouveau gros morceau de Nuri Bilge Ceylan… Les icônes du PAF et autres never-been avaient bien choisi leur séance chaos, un peu comme si Jeremstar avait fait 6 heures de route pour se farcir le Wang Bing de 8h16 en séance spéciale. Moins soucieuse de défendre une quelconque réputation, Afida Turner a elle opté pour Solo: A Star Wars Story : peut-être même qu’elle est restée jusqu’au bout du film, elle.

La soirée Yann Gonzalez
Une bonne majorité des festivaliers déjà repartie (dans leur appartement du XIe arrondissement pour la plupart), la soirée du Studio 4 devenait l’unique point de chute du Grand Théâtre Lumière après la projo de 22h30. On pense donc pouvoir faire rentrer 2 500 personnes dans un endroit conçu pour 5 fois moins. Ça se bouscule au portillon, les videurs ne reconnaissent pas Bertrand Bonello (transformé en vulgaire monsieur, comme dans Reculez, monsieur), les mecs qui ont la gueule de l’emploi tentent de se faire passer pour des acteurs du film. Les plus sages vont s’enquiller un verre de rosé à la Quinzaine avant de retenter leur chance plus tard, une fois la densité de population redevenue respirable : c’est une belle soirée qui s’annonce mais bordel, il est déjà 2h57 du mat…

Les queues devant Le monde est à toi et Climax
La hype entourant ces deux films n’étant pas vraiment compatible avec la capacité du Théâtre Marriott, impossible de se garantir une place sans bazarder trois heures dans la file d’attente (un suicide à l’échelle très tendue du temps cannois). Mais grosse joie patriotique de voir deux films français aussi attendus et bien reçus par les festivaliers les plus courageux, et grosse joie aussi pour ceux qui ont réussi à rentrer à ces deux soirées (probablement les plus mémorables du festival, et on en sait quelque chose : on n’y était pas).

Le Vertigo
Sur le papier, ça sonne comme l’un des nombreux palaces jouxtant la Croisette : une fois dedans, on se rend compte que c’est un bar bas de plafond hyper-crowdé de moins de 50 mètres carré, où un passage aux waters nécessite 22 bonnes minutes d’attente. On valide néanmoins pour trois raisons : ça ferme à pas d’heure, les tarifs ne sont pas prohibitifs (enfin moins qu’ailleurs disons), et on sait que c’est le fief des Inrocks une fois les trois heures du matin passées. On se demande d’ailleurs quand ces gens trouvent le temps de dormir (et de voir des films aussi un peu).

C’EST LAMENTABLE

Les hôtesses qui ne confisquent pas les téléphones portables
C’est une scène qu’on a vu se répéter tout au long du festival : à peine deux minutes après le début de la projo, un quidam sort son iPhone au milieu de la salle pour scroller son fil Facebook, retoucher ses photos du red carpet, rédiger des textos à peu près aussi long qu’une préface de Michel Onfray… Le tout avec une luminosité d’écran quasi maximale, et sans prendre la précaution de masquer (au moins partiellement) l’appareil. Quelle mouche a piqué nos festivaliers encravatés, d’habitude si prompts à jouer des coudes dès qu’un voisin a le malheur de se moucher un peu trop fort ? J’ai moi-même manqué de me faire casser la figure en tentant d’expliquer ma gêne à un type incapable de décoller de son 2048, je suis aussi tombé sur des yeux de merlan frit écarquillés quand j’ai manifesté mon mécontentement aux deux créatures botoxées sur ma droite (une variante du dommage occasionné ici : le smartphone qui ne reçoit aucun message, mais qu’on active toutes les 12 secondes dans l’espoir que quelque chose se passe). Capacité d’attention en chute libre, digital dépendance, culte du moi décuplé, ensauvagisation des moeurs ? M’a bien pourri mon Kore-Eda en tous les cas.

La pluie
Ces dernières années, elle s’était faite assez discrète. La voilà revenue en trombe en 2018, au milieu du Festival, au moment même où on commence à ne plus trop entendre ce premier réveil de 07:25, et que les films s’accompagnent désormais d’un petit somme salvateur. La pluie nous a mis un bon coup de mou, et encore plus quand elle s’est transformée en ouragan Katrina alors qu’on venait d’échafauder tout un plan pour tenter la soirée de la Semaine de la critique (sur la plage, vous pensez bien). Comme si on avait le temps de faire sécher son costard pour le lendemain…

Le couac lors de la cérémonie de clôture pour Border (Gräns)
Ce pauvre Ali Abbasi s’est retrouvé debout 20 secondes sans savoir s’il devait venir sur scène ou rester à sa place, la faute à une régie indécise et un Edouard Baer mal renseigné. Une minute de gêne sponsorisée par Chiara Mastroianni.

L’accréditation 3 jours à Cannes
Cela devait être une super initiative destinée à faire découvrir le plus grand festoche du monde aux moins de 28 ans. Constatant des files d’attente bien plus longues que la veille, les jeunes accrédités ont très vite compris qu’ils allaient devoir composer avec 1 000 nouveaux challengers qui n’avaient pas dix jours de festival dans les pattes, des cinéphiles frais comme un gardon qui pouvaient en plus miser sur cette jeunesse si caractéristique… des jeunes. Les historiques s’étaient décidés : ce dernier jour de festival d’habitude consacré au rattrapage des films de la compèt, ils sacrifieraient leurs séances pour laisser la place aux jeunes (et pour décuver). Et puis franchement, quoi de plus beau qu’une fille de 21 ans qui, à quelques mètres du « DoMac », a presque les larmes aux yeux en apprenant que sa demande pour découvrir Solo (un film qui sort mercredi prochain), a été retenue ?

Longue vie à Cannes, aux téléphones silencieux, et aux djeuns.

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