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Published on mai 15th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 8: ET LARS VON TRIER FIT RÉGNER LE CHAOS

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 8: LARS présente THE HOUSE THAT JACK BUILT. Et le chaos règne en force.

IL EST REVENU. Lars Von Trier était ce lundi soir au Festival de Cannes sept ans après la présentation en compétition de son sublime Melancholia, sept ans après la calamiteuse conférence de presse qui lui a causé tous les maux que l’on sait. Il y présentait son nouveau film, The House That Jack Built (hors compétition). Par précaution, Lars s’est contenté de fouler le tapis rouge avec son équipe après avoir balancé deux trois phrases passe-partout aux télés présentes, de lancer des regards neurasthéniques aux photographes venus le mitrailler, de rejoindre la grande salle Lumière et de se faire accueillir comme un prince par une foule de spectateurs où figuraient, entre autres invités, Nuri Bilge Ceylan et Gaspar Noé. Lars était bien là, donc. Mais profil bas, pas droit à une conférence de presse le lendemain de la projection (après avoir vu le film, on comprend pourquoi).

Ce lundi soir, certains spectateurs avaient de toute évidence oublié qu’un film de Lars Von Trier, ça fait très mal (il faut toujours bien regarder ses billets, surtout lorsque la mention explicite « scènes violentes » y est inscrite).

Sur plus de deux heures trente, The House that Jack Built suit Jack (Matt Dillon, ancienne superstar Hollywoodienne, ici vampire aux yeux froids), un tueur en série surnommé « Monsieur Sophistication », qui veut faire de ses assassinats des œuvres d’art. Comme nous sommes chez Lars, il y a cinq parties relatant chacune un « incident » (euphémisme pour parler d’un meurtre abominable). Le spectateur découvre peu à peu ses pensées obscures à travers sa conversation avec un homme (on découvrira à la fin de qui il s’agit). Taraudé par ses troubles obsessionnels compulsifs et son obsession du nettoyage, Jack sillonne les routes dans sa camionnette, le tout sur fond de Fame de David Bowie. Et à chaque incident raconté, le spectateur s’enfonce dans l’effroi et le malaise.

Les cinéphiles ont beau jouer les caïds, The House That Jack Built est terrible pour n’importe qui, douloureux à regarder pour plusieurs raisons: la première, c’est la certitude de voir aux commandes un réalisateur totalement diminué – Lars Von Trier a de nouveau sombré dans la dépression pendant tout le tournage, exactement comme sur AntichristÇa a été terrible la création de ce film. Ce n’est la faute de personne, c’est ma faute. J’avais plein d’angoisses, des problèmes d’alcool…» a-t-il confié dans une interview filmée pour Louisiana Channel); et sa vision du monde, par le prisme de ce tueur en série, où les notions d’altruisme, de bonté, d’humanisme et d’empathie sont totalement absentes, fait réellement peur à voir voire suffoquer sur une telle durée. Un argument qui pourrait jouer contre le film si l’on n’avait pas à ce point besoin de réalisateurs fous pour nous raconter à quel point l’être humain peut s’avérer un monstre.

On pourrait faire une énumération de ce que l’on y voit, des nombreux corps lacérés ou mutilés ou encore des mises en scène glauques et sophistiquées mais à quoi bon? Rien ne saurait rendre compte du climat déstabilisant de ce long métrage, consciencieusement provocateur à la fois dans la forme et dans le fond. L’enchainement des meurtres est fait pour susciter des réactions violentes et il serait mentir de ne pas avouer que The House That Jack Built, avec sa glauquerie exponentielle, impressionne. Mais si l’on aime Lars d’amour tel un renard enragé hurlant au chaos dans une forêt perdue, il n’est pas interdit d’émettre des griefs sur ce long dont on sort, il faut quand même le dire, le crâne cerné d’une couronne de points d’interrogations et qui peut difficilement se résumer en un tweet de 140 signes noyé dans le grand-tout numérique. On pourrait rédiger un article entier pour dire pourquoi on peut – et on doit, c’est fait pour – discuter aussi la pertinence de ses moyens, comme ces mises en scène manipulatoires et ostensiblement choquantes (donner à voir des choses que l’on n’a pas envie de voir, par exemple), ces énièmes allusions aux nazis, aux charniers de la Shoah, à la nécessité du mal pour créer ou encore ce recours au digressionisme, hérité de Baudelaire et déjà à l’œuvre dans Nymphomaniac, donnant lieu à des affirmations fumeuses du genre «un artiste se bâtit sur des pulsions de mort». Bref, ne serions-nous pas un peu en plein radotage et un peu dans la malhonnêteté cher Lars?

Reste toutefois que l’on ne discutera pas sa cohérence. Le réalisateur de Epidemic pourrait bien avoir atteint ici le stade terminal de sa quête de toujours: l’autopsie du mal. Car, quand il raconte le mal, Lars ne triche pas, lui que sa mère a placé dans un asile psychiatrique à l’âge de 12 ans, qui a vu des adultes lui raconter des histoires d’épouvante en s’enfonçant les doigts dans les yeux et qui, depuis toujours, utilise le cinéma pour exorciser ses phobies, développant un univers sophistiqué, plein de putréfaction, de bas-fonds humides, de visions apocalyptiques, d’épidémies. C’est l’aboutissement d’une quête consistant à éteindre le soleil. Mais après la fugue psychogène de Antichrist, la fin du monde de Melancholia, l’amour-mort de Nymphomaniac et le serial-killer de The House That Jack Built, que reste-t-il de bon? Quelle direction prendre? Et après le chaos, post tenebras lux?

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