Actu

Published on mai 14th, 2018 | by CHAOS REIGNS

0

#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 7: LE MIRACLE RYUSUKE HAMAGUCHI

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 7: L’InstaMandichaos, Hirokazu Kore-eda et Ryusuke Hamaguchi font du bien. En attendant Lars qui va faire mal.

Lauréat ce dimanche d’un Prix France Culture Cinéma des étudiants, le réalisateur Bertrand Mandico continue de nous envoyer des photos et des collages chaque jour de son périple Cannois (qui se déroule de la présentation de Ultra Pulpe à la Semaine de la critique à sa performance comme acteur dans Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, en compétition); ce qui donne lieu à de jolis moments InstaMandichaos.

Comme nous lui avons confié à la soirée de la Semaine de la critique ce dimanche soir, ce lundi sera moins chaos que kawaï. Avant le chaos attendu mardi (un certain Lars), nous avons besoin de tranquillité avec Hirokazu Kore-eda et Ryusuke Hamaguchi dont les films consolent et font tant de bien.

Commençons tout d’abord par Une affaire de famille de Kore-Eda, nouvelle chronique familiale délicate et sensible qui s’impose comme son meilleur film depuis longtemps (allez, Nobody Knows?) et qui a particulièrement séduit le jury de notre Palmomètre. On suit des marginaux qui chapardent dans les magasins et qui recueillent une fillette maltraitée, constituant ainsi une famille recomposée. Une nouvelle exploration des liens familiaux (son thème de toujours) qui, au lieu de traiter cet enlèvement comme un fait divers, donne matière à une chronique à la fois tendre et cruelle dans laquelle des gens paumés veulent reformer une famille fonctionnant mieux que la précédente. Et l’on retrouve toujours cette mise en scène Ozuienne simple, sobre et si efficace. Nous lui avions demandé il y a quelques temps comment il réussissait à capter les choses essentielles avec l’air de ne pas y toucher, il nous avait répondu: «Quand je filme, il n’est pas question de montrer quelque chose mais plutôt de me mettre à l’écoute. Je consacre toute mon attention à tout ce que disent les personnages, à tout ce qui se dit entre eux. En fonction des films, j’adopte une méthode différente. Sans doute que je reproduis des plans que j’ai vu dans d’autres longs métrages ayant nourri ma façon de travailler. Pour Still Walking, il était hors de question que je fasse des plans esthétisants. Je ne voulais être signifiant dans ma mise en scène, je préférais plutôt organiser une succession de plans ordinaires définissant le mieux possible les sentiments inhérents au quotidien. Et qui, malgré tout, mis les uns à la suite des autres, engendrent un équilibre, une harmonie.» Tout un art, c’est certain.

Deuxième bourrasque venu du pays du soleil levant: Asako I et II de Ryusuke Hamaguchi. On avait découvert le talent de ce cinéaste via son film-fleuve Senses mais rien ne laissait envisager cette merveille d’humour poli, de mélancolie dévastatrice, de romantisme à tomber par terre. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le I et le II du titre n’appelle pas de suite, ils annoncent l’histoire d’une femme (Asako donc) qui voit double: ayant perdu son premier amour il y a deux ans, qui lui a promis de la retrouver s’ils se perdaient de vue, elle tombe, éberluée, sur lui dans une salle de réunion. Avant de réaliser que ce n’est pas lui mais… son sosie qui possède une personnalité opposée. D’un côté, l’artiste-rêveur avec ses fringues trop cools (qui reste dans les limbes du souvenir); de l’autre, l’homme de bureau avec son imperméable déprimant. Le film fonctionne précisément sur la répétition, provoquant une gamme variée d’émotions allant de l’hallucination à l’onirisme en passant par l’humour, pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une blague. Lors d’une scène, Asako retourne au musée où elle a rencontré son premier amour avec le sosie… qui ne réagit pas de la même façon au tableau exposé et ne voit pas la même chose que l’autre. Pas sensible aux arts du tout, il tente malgré tout de se rapprocher d’elle, en se rendant au théâtre où la meilleure amie de cette dernière se produit, en la cherchant dans la salle. Un séisme interrompra la représentation; au moment d’évacuer la salle, le sosie tombe sur Asako dans le sens inverse de la foule; un échange de regards comme ça dans le tumulte urbain et l’on sent notre cœur de spectateur battre la chamade. Une deuxième fois après le coup de foudre de dynamite servant d’introduction. Mais pourquoi donc sommes-nous à ce point sensibles aux courbes de cet amour? Parce que tout y est juste dans la manière dont chacun ne s’est finalement jamais remis de son premier amour, comment on peut en rester hanté, prisonnier d’une illusion, d’un fantôme. C’est aussi et surtout un film profond sous le vernis kawaï racontant comment les gens communiquent, partagent, s’aiment. Se voient et regardent. Comme le souligne le plan final. Vous avez conservé votre âme romantique? Croyez-nous, Asako I & II va vous transpercer le coeur. C’est un amour de film qu’on a instantanément envie de revoir en sortant de la salle et qui pourrait facilement devenir votre film culte. Tout y est drôle, triste, intelligent, sensible, merveilleux. Aussi, un message du Chaos pour Cate et son jury s’impose: on veut cette merveille haut, très haut au palmarès samedi. On compte sur vous.

Ce soir, la presse découvre le revival de Spike Lee avant le retour de Lars Von Trier à Cannes avec son The House That Jack Built, précédé d’une réputation terrible (dans le sens scandaleux); ce qui a incité le Festival de Cannes à mettre un avertissement – une première, semble-t-il.

Mardi, soyez sûrs, le chaos va tout dévaster.

Spread the chaos
  • 23
    Shares

Tags: ,


About the Author



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !