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Published on mai 12th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 5: 2018, L’ODYSSÉE DE GODARD

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 5: GODARD réinvente la conf de presse, JZA séduit (mais déçoit un peu), LETO mania, MANDICO est arrivé, GASPAR aussi.

Godard est toujours aussi God et Art. En mai 68, il débarquait au Festival de Cannes pour interrompre les festivités. Cinquante ans plus tard, que pouvait-il faire de chaos? Sa sélection cette année à Cannes est particulièrement symbolique, 50 ans après le Festival interrompu. Alors que la France était en grève, JLG avait alors été en tête, aux côtés de François Truffaut, de la révolte pour exiger l’arrêt de la compétition par solidarité avec le mouvement étudiant et ouvrier. Comme chacun sait, Mai 68 avait aussi été le point de départ d’une radicalisation de son œuvre, avec des films politiquement politiques puis l’expérimentation de la vidéo. Ainsi, en cette mirifique année-anniversaire, JLG a d’ailleurs aussi l’honneur de l’affiche du 71e Festival de Cannes, avec un baiser entre Jean-Paul Belmondo et Anna Karina dans Pierrot le fou (1965).

Sans réelle surprise, comme en 2010 et 2014, Jean-Luc a décidé de ne pas se rendre au Festival de Cannes alors que son dernier long métrage Le Livre d’image, suscitant d’ores et déjà bien des débats dans notre Palmomètre, se révèle en lice pour la Palme d’or. However, God était bien là pendant la conférence de presse de son film. Téléportation? Hologramme? Magie? Presque. Le cinéaste de 87 ans a choisi de faire ladite conf… en direct de chez lui (soit à Rolle en Suisse) et de répondre aux questions de la presse via Facetime. Attendant sagement en file indienne (ce qui n’est pas toujours le cas avant les projos de presse), les journalistes du monde entier ont pu poser leurs questions devant un smartphone tenu à bout de bras par l’un des organisateurs. Trop bien. Cigare au coin des lèvres, Godard s’est exprimé sur une foultitude de sujets, notamment son avenir au cinéma avec des phrases Godardiennes à foison («Ça ne dépend pas vraiment de moi, ça dépend de mes jambes, beaucoup de mes mains, et un peu de mes yeux.»).

Alors que nos surréalistes tenaient l’histoire du 7ème art comme celle d’un immense rendez-vous manqué avec la modernité artistique, Godard, en éternel grain de sable dans l’industrie cinématographique, avec sa face de Pierrot lunaire et son ahurissante élocution qu’il est si facile d’imiter mal, leur offre, film après film, un cuisant démenti. Avec lui, en effet, ce n’est pas en montrant ce qu’elle montre que la caméra révèle sa sidérante acuité. C’est au contraire en montrant, grâce à ce qu’elle montre, ce que l’on ne voit pas. Comme nous le confiait Marie-Jo à la fête de Diamantino, ce qui se trouve toujours au-delà ou en deçà de la surface des choses, dans ces zones improbables où elles entrent en contact. Chez Godard, le cinéma ne reproduit pas le visible, il rend visible. En effet, par un sens inouï du montage, par des effets de collage, d’images ou de sons, de télescopages inattendus, de cadrages improbables…, Godard traque l’invisible du monde, soit la matière même, mais impalpable, de ce qui se passe sans qu’ils le sachent eux-mêmes entre deux êtres qui se rencontrent, entre les choses et les êtres aussi (les livres, les lieux, une bouteille de Coca-Cola…), entre les savoirs (mathématiques, psychanalyse…), les idéologies (Moscou, Cuba, la Chine…), les disciplines (cinéma, littérature, musique, mode…), les genres (polar, essai, pamphlet…), les esthétiques, que sais-je, le tout pris dans l’improbable maelström des jours qui se bousculent, et où parfois il arrive aussi, c’est vrai, qu’on aille au cinéma.

Impossible de garder les yeux ouverts sur son époque sans s’inquiéter de tout ce qui remue en elle. Certes, Godard s’est déjà intéressé à la guerre d’Algérie, à la misère sociale, la guerre, la Shoah, la déshumanisation urbaine… Avec La Chinoise ou encore Loin du Vietnam, à partir de 1967, la veine politique passe résolument au premier plan et ouvre une décennie de militantisme cinématographique qui tire profit des nouvelles possibilités de la vidéo. Sur la plage, les pavés : le Festival de Cannes, et tous les «professionnels de la profession» se souviennent d’une certaine édition 1968. Rien n’importe davantage à Godard que d’accompagner ses témoignages d’une véritable réflexion sur la possibilité même de rendre compte, par l’image, le son, et tout le jeu cinématographique, de tels événements. Alors pour sur son Livre d’image, citons Notre musique, justement, en guise d’aveu comique de sa propre insuffisance: «Si vous comprenez ce que je dis, c’est que je me suis mal exprimé». L’avons-nous vraiment compris?

Notre collègue Jean-Jacky Goldberg, fan hardcore du génial Leto, de Kirill Serebrennikov, en compétition et en tête de notre Palmomètre, nous demande de passer ses 4 étoiles en Palme dans notre Guerre des étoiles Cannoise. Ok, marché conclu, à condition qu’il nous donne le (sublime) tee-shirt qu’il porte et qui est LE tee-shirt à porter pendant ce 71e Festival. Nous ne sommes certes pas encore à mi-chemin de la compétition mais ce Leto est clairement le-film-de-la-compétition dont tout le monde parle en très bien, unanimement, amoureusement. Il est vrai que l’on était bien content de découvrir ça dans le cadre du plus grand Festival de cinéma au monde. Notre Sylvain (resté à Paris) informe la rédaction à Cannes que le chanteur Victor Tsoi a joué dans un film qui l’a imposé comme une star: L’Aiguille (Igla dans la langue de Vladimir), qui se présente comme vraiment Chaos (à savoir un Godard kazakhe qui finit à 30 millions d’entrées et fait de son acteur une icône).

Sinon, Jia Zhang-Ke est de retour en compétition cette année avec Les Éternels, un film de bandits dont l’héroïne est incarnée par son actrice fétiche (Zhao Tao). Il était attendu comme le loup blanc chez nous. Et si on l’aime beaucoup beaucoup, on ne l’aime pas autant que A touch of sin (son chef-d’oeuvre) et Au-delà des montagnes. Pour faire court, il s’agit d’une histoire d’amour gangster sur deux décennies. Une fille de mineurs est amoureuse d’un chef de gang. Quand une bande rivale attaque son amant, elle n’hésite pas à ouvrir le feu, ce qui va la conduire en prison. À sa sortie, restée fidèle aux valeurs de la pègre, elle part à la recherche de celui qu’elle a aimé et aime toujours. Et se prend une terrible désillusion en pleine gueule.

Jia Zhang-Ke continue de sonder les effets du temps qui passe, qui court et qui nous rend sérieux. Il avoue en interview: «J’ai voulu utiliser mon expérience pour raconter une histoire d’amour dans la Chine contemporaine qui a subi des transformations extraordinaires et dramatiques. Ça me fait penser que c’est ainsi que j’ai vécu, et que je continue à vivre ainsi.» Faux film de gangster (en dépit d’un climax sanguinolent vraiment trippant) et vrai film du couple cafardeux, Les Éternels possède incontestablement de réels éclairs de génie. On retrouve tout ce que l’on aime chez lui (l’action qui se déroule sur des décennies, la tristesse d’un bonheur révolu, les visions d’un autre monde etc.) et, en vantant cette qualité, on pointe du doigt la faille de ce nouveau JZK: c’est presque le problème de céder à cette simple reconnaissance de figures stylistiques et de s’en contenter. On attend de JZK qu’il nous montre de quoi le cinéma de demain sera fait (ce qu’il faisait dans A touch of Sin et Au-delà des montagnes, pas tellement ici). Bizarrement, il n’y a pas l’ampleur ni l’évidence de ses derniers films qui possédaient cette dimension mélancolique et désabusée sur le temps qui passe etc. mais aussi donnaient lieu à la sidération et à de l’émotion. Ici, il y a un côté maxi best-of, tenant presque de l’académisme, qui en prive un peu l’accès. Tout ce que l’on y voit est souvent bien donc, au-dessus du tout-venant Cannois parce que ça reste du pur cinéma mais c’est niveau sans plus, et de la part de ce cher JZK, on attend plus, surtout sur une durée avoisinant 2H30.

Après avoir attendu Godard et digéré la petite déception de Jia, qu’attendre? La suite: Gaspar Noé arrive à Cannes ce samedi (voir photo encadrée, diffusée par le roi du chaos Vincent Maraval) et notre Bertrand Mandico est déjà arrivé. En guise de coucou, il nous a envoyé une première photo de son InstaMandichaos (ci-dessus) et s’apprête à mettre des seringues dans les yeux des spectateurs heureux avec son Ultra Pulpe, présenté à la Semaine de la critique. On en parle demain.

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