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Published on mai 11th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 4: BEAUX FILMS SAUVAGES

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 4: En attendant Godard, SAUVAGE & SHÉHÉRAZADE à la Semaine, Terence Hill au Marché du film, Madame Doubtfire dans la rue.

Mercredi, un court-métrage, diffusé par le site lundi.am et intitulé Vents d’Ouest, d’une durée exacte de 4 minutes 50, embrasait l’intelligentsia Cannoise. Une vidéo présentée comme l’œuvre du cinéaste Jean-Luc Godard, avec voix-off soutenant le mouvement de la Zad («Et dans ces structures de béton, fleurit toujours dans les interstices, là où l’humidité subsiste encore, cette herbe que l’on dit invasive lorsqu’elle ne fait que nous protéger de l’érosion, et c’est le Gourbi, le Far West, les 100 Noms.»). Eh bien en fait, ce court-métrage, toujours en ligne, se révèle un canular pastichant le style de notre God très Art en compétition cette année avec Le livre d’image. C’est du moins ce que l’on a appris jeudi soir via un tweet du journaliste du Monde qui a eu, lui, la chance de joindre l’injoignable superstar des attachées de presse Matilde Incerti, assurant mordicus que tout ceci était une plaisanterie. Une information confirmée à Europe 1 par son producteur Fabrice Aragno, assurant qu’il s’agit là d’un «faux». Une tarte à la crème donc.

En attendant (le vrai) Godard ce vendredi après-midi, on a eu la chance de faire de belles rencontres nocturnes avec nos formidables créatures de Cannes, transformant parfois une journée de Festival en épisode de Twin Peaks, à l’instar du sosie de Madame Doubtfire qui multiplie les voilàààààà avec son engin crachant des remix dzimboumbants de REM.

Saluons deux très belles découvertes à la Semaine de la Critique: tout d’abord, le puissant Sauvage de Camille Vidal-Naquet, apprécié par notre panel de critiques chaos, qui donne à suivre l’itinéraire d’un jeune prostitué, la vingtaine, sans toit ni loi, toxico, libre (Félix Maritaud, vu dans 120 battements par minute, de Robin Campillo) et qui donne à voir des choses que l’on ne voit clairement pas ailleurs. De quoi nous rappeler l’audace dont le cinéma français est parfois capable et c’est tant mieux. Car, en France, des films sur ce sujet-là, on n’en ose pas: «Je me suis intéressé à un personnage, plus qu’au milieu de la prostitution masculine. J’ai imaginé un jeune homme qui avance de rencontre en rencontre, sans jamais s’arrêter», explique son réalisateur qui suit le plus souvent son héros caméra à l’épaule et qui a certainement dû lutter comme un malade pour aborder un sujet aussi tabou et imposer un projet aussi gonflé. Fumant du crack, multipliant les partenaires, le protagoniste fait des rencontres qui vont du client voulant assouvir un fantasme, comme celui consistant à littéralement jouer au docteur lors de la séquence inaugurale, au client pervers. Dans cette deuxième catégorie, il y a ce personnage quasi fantasmagorique et flippant du Pianiste qui se balade au volant de sa voiture impeccablement lustrée et que l’on dit SM (un fan illuminé de Zaza/Haneke, sans doute) faisant planer l’ombre de la belle de jour et du Marquis de Sade. Une ellipse terrible et l’on comprendra de quoi il en retourne. Nul besoin de s’y attarder, restons dans un réel quasi documentaire. Le cinéma français s’adapte enfin à la crudité d’un réel, soit celui de 2018 (point commun avec À genoux les gars): au départ, le héros se résume à une bite sur pattes, un corps qu’on palpe, qu’on paye, qu’on désire, qui bouge sur la piste de danse (les stroboscopiques scènes de boite comme autant de battements de cœur) et qui sent (le fantasme a une chair et il a une odeur). Mais c’est aussi, et le héros l’apprendra progressivement, un corps que l’on peut caresser et que l’on peut réparer. Les garçons de joie ont eux aussi le cœur qui bat et le cœur doit se faire une raison. Après une première partie tapageuse, on pourrait craindre que le film rejoignent des rails de «rédemption» dans sa dernière partie et sombre dans le discours moralisateur. En réalité, avec une infinie cohérence et une incroyable douceur, le plan final donne tout son sens au titre du film: «Sauvage» qui nous semblait un peu obscur jusqu’ici. Nous sommes tous des enfants perdus donc des enfants sauvages quand nous devenons des adultes. Le soleil traverse les arbres, l’avenir sera sans doute lumière et non ténèbre, et peut-être amour. Le parcours du jeune mec est très émouvant pour cette raison-là. Belle et forte manière d’accompagner ce personnage-là jusqu’au bout de sa quête d’amour et de ses expériences extrêmes. Beau de voir l’éclosion d’un vrai cinéaste: si Camille Vidal-Naquet continue sur cette voie sans trembler, sans faiblir, sans céder à l’eau tiède tout en donnant par son simple regard de l’amour à un personnage qui en réclame et qui menace de crever de manque – donc tout ce qu’il accomplit magnifiquement dans ce coup d’essai -, alors pas de doute, l’avenir lui appartient.

Dans un genre a priori différent mais non moins français, non moins audacieux et non moins à la Semaine, se trouve Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin, autre bonne nouvelle pour notre jeune cinéma assoiffé de chaos, qui raconte comment un caïd des cités de 17 ans, mac d’un réseau de jeunes prostiputes dans les quartiers populaires de Marseille, tombe amoureux d’une jeune prostituée, la sublime Shéhérazade. On résume évidemment très et trop vite-fait ce qu’il se passe dans ce long métrage car tomber amoureux n’est pas simple du tout, ça ne s’improvise pas, ça ne se décrète pas, ça ne se dit pas ouvertement et le film se révèle passionnant lorsqu’il donne à voir ce que sont les personnages au-delà des mots et des actes, derrière leurs images de durs-refoulant-leurs-sentiments. C’est valable pour le caïd mais aussi pour la belle Shéhérazade, femme-enfant pétrie de contradictions. Avec ses courts métrages (La peau en 2017), Jean-Bernard Marlin a imposé son style très personnel, reposant notamment sur la justesse d’un casting composé en grande majorité de non-professionnels, et sur un sujet de prédilection, la délinquance juvénile. On retrouve cette justesse à l’épreuve qui tient aussi dans la description de la cité phocéenne violente-mais-pas-que. Film étonnant donc qui a parfaitement sa place à la Semaine et donc au Festival de Cannes.

Bref, si l’on devait d’ores et déjà faire un petit bilan, on ne compte plus les bonnes découvertes au Festival, que ce soit en compétition (Leto), au Certain Regard (A genoux les gars, Grans), à la Quinzaine (Les oiseaux de passage), à la Semaine (Sauvage et Shéhérazade). Autant de très belles preuves d’un cinéma vivant et riche lorsqu’il met en lumière les marges les plus sombres, alors qu’à quelques mètres là, un cinéma-fantôme continue de hanter la Rue d’Antibes, attendant de nouvelles images à projeter…

Deux petits messages pour finir: 1. Nous avons fait un petit tour sur les stands du Marché du Film pour piocher les posters les plus chaos chez nos chers vendeurs.

On a entre autres découvert le revival de Terence Hill dans le film italien My name is Thomas, dans lequel il joue et qu’il a réalisé. L’histoire? Celle d’un homme qui, en plein désert d’Almeria sur sa Harley Davidson, vient au secours d’une jeune femme. Bande-annonce!

2. Bertrand Mandico, cinéaste plus chaos tu meurs, débarque pour notre plus grand bonheur au Festival de Cannes ce vendredi pour deux événements, la présentation de son excellent Ultra Pulpe à la Semaine de la Critique et Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez dans lequel il joue (et pas un petit rôle). Au Chaos, nous avons fêté ça dignement et nous lui avons demandé de tenir une petite page InstaMandichaos pendant sa durée Cannoise, défi qu’il a accepté de relever tel le cheval fou d’Arrabal. On ouvre cette page ce vendredi et Bertrand la complétera à sa guise. Rien que pour vos yeux.

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