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Published on mai 10th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 3: MOOD UN CERTAIN REGARD

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 3: On a trouvé le nouveau MORSE (BORDER, GRANS) et un film français culotté (A GENOUX LES GARS) au Certain Regard, Kirill Serebrennikov monte les marches par procuration.

Je n’ai pas Jared mais j’aimerais bien Leto. C’est la phrase-chaos-choc qu’un chasseur d’invitation affichait ce mercredi sur la Croisette et elle ne manquait pas de panache (on espère qu’il l’a trouvée, son invitation). Autre phrase que l’on aime bien, celle de notre ami du jury Chaos Thomas Baurez (qui nous avait déjà gratifié d’un admirable Hexomeddine pour Yomeddine): la grande aventure Leto. Si vous avez d’autres suggestions, n’hésitez pas à nous les faire parvenir.

Plutôt apprécié par notre Palmomètre, Leto est LE film dont tout le monde parle, ne serait-ce que pour la situation calamiteuse dans laquelle se trouve son réalisateur. Car oui, c’est par procuration que le téméraire Kirill Serebrennikov a monté les marches du 71e Festival de Cannes mercredi soir. Le cinéaste Russe remarqué avec Le disciple, assigné à résidence depuis août et ce jusqu’au 19 juillet, également réputé comme directeur artistique du Centre Gogol a suivi à distance la projection de son film Leto (L’été, en français). Assigné, peut-être, mais son film, lui, a la chance d’être libre, en lice pour la Palme d’or. Super électrique, nourri d’un mood merveilleux à la fois grisant et mélancolique et pourvu d’une énergie et d’une poésie rock qui débordent littéralement du cadre, il retrace le parcours d’une légende du rock soviétique, Viktor Tsoï mais pas seulement: il s’agit de raconter par des chansons connues de tous, de Lou Reed à Iggy Pop, tout ce que circulait alors et de sonder cette effervescence créatrice au rythme des pulsations. Pour rappel, Serebrennikov avait été arrêté par la police en plein tournage et l’auteur a pu finir son montage au domicile. Sans s’opposer ouvertement au président Vladimir Poutine, il avait plusieurs fois critiqué les pressions croissantes exercées sur la création artistique motivées par la défense de valeurs conservatrices. Lui dont les œuvres avant-gardistes ont révolutionné la scène théâtrale moscovite en abordant des thèmes comme la politique, la religion ou la sexualité, régulièrement critiquées par les militants orthodoxes ou les autorités, cloué au pilori par un certain Nikita Mikhalkov qui, en porte-voix des milieux conservateurs, avait appelé à interdire un de ses spectacles (soupir). Reste donc le film qui ne souffre d’aucune contestation.

Présenté dans la section Un Certain Regard, Border (Grans) de Ali Abbasi s’avère l’excellente surprise chaos de ce jeudi. C’est tellement pour nous que le film serait parfait à L’étrange Festival ou à Sitges mais qu’il soit au Festival de Cannes dans une section aussi prestigieuse constituait déjà une sorte de gage à sa qualité. Il s’agit d’une adaptation d’un roman de John Ajvide Lindqvist, l’écrivain cultissime à l’origine du formidable Morse de Tomas Alfredson (Let The Right One In) et Abbasi raconte illico la genèse du projet en interview: «J’ai vu le film Let the Right One In, et après ça, j’ai lu le livre de John Ajvide Lindqvist. Let the Right One In a été une vraie découverte, le film a inventé quelque chose de nouveau, le genre du réalisme nordique. Je me suis plongé plus en profondeur dans les écrits de John et cela m’a mené à Border. Après l’avoir lu, j’ai su qu’il y avait quelque chose d’intéressant à faire.» L’histoire? Une garde-frontière, entourée par un halo de solitude, sensible à tout ce qui l’entoure, a le don pour identifier les contrebandiers. C’est simple, elle ne se trompe jamais, son flair se révèle infaillible. Un jour, elle se retrouve face à un homme qu’elle est bien en mal de désigner s’il est coupable ou non. Pourquoi son intuition lui joue soudain des tours? Pourquoi cet homme la déstabilise autant? Que cache-t-il qui lui échappe? On ne dira évidemment rien du film qui repose sur bon nombre de surprises et de découvertes inattendues. Mais le film respecte totalement l’ambition artistique de John Ajvide Lindqvist: inscrire le fantastique, le surnaturel, l’étrangeté dans un contexte quotidien, banal, familier. C’est à la fois un thriller (la garde-frontière repérant par son simple flair les salauds), une romance (une histoire d’amour faite d’une attirance inexplicable) et un drame intime émouvant (découvrir le pourquoi de son étrangeté). Pas de doute, le chaos règne bien cette année à Cannes et l’on salue l’audace des sélectionneurs d’avoir privilégié un film comme celui-ci qui a tous les atours de la bête de festival et qui se révèle en réalité bien plus et mieux que ça.

Saluons également l’autre choix audacieux de la Semaine de la critique: À genoux les gars, marquant le retour gagnant d’Antoine Desrosières au cinéma. Deux sœurs, âgées de 17 et 18 ans, sont toutes les deux de confession musulmane. La plus jeune fait la connaissance du meilleur ami du petit-ami de la grande. Avec lui, elle s’ouvre à la sensualité, allant jusqu’à envisager la possibilité d’une sexualité en dehors du mariage. Malgré les sentiments de la jeune femme, la relation vire rapidement au chantage à la sextape. Un film franchement culotté sur le parcours d’une femme, de la soumission vers l’émancipation. Présenté comme ça, ça fait un peu dossier et ça sonne moyen chaos. Mais À genoux les gars dépote dans le paysage cinématographique français, totalement dans l’air du temps, avec son langage contemporain et son point de vue féministe (et on le comprend d’emblée par le titre) sur fond de consentement sexuel et de découverte d’une reconnaissance tardive de ses sentiments. Deux écueils que le film évite assez génialement: 1. on ne regarde pas les jeunes comme des martiens; 2. le sujet pourrait parfaitement être glauque ne l’est jamais: il est même souvent drôle. Bref, on valide tout. Sauf son interdiction aux moins de 16 ans totalement idiote (il sort en salles le 20 juin) tant il s’adresse avant tout aux ados.

Sinon, le Festival de Cannes a tenu à donner des nouvelles de Terry Gilliam qui a envoyé une petite photo en guise de toujours debout, encore vivant. La justice française ne pourra pas être accusée d’avoir tué Don Quichotte. Le Tribunal de grande instance de Paris a en effet donné son feu vert à la projection du film de Terry Gilliam en clôture le 19 mai. Appelée à trancher ce litige, la justice, saisie en urgence (référé) par le producteur portugais, a finalement donné raison au Festival de Cannes qui avait décidé, contre l’avis de Paulo Branco, de projeter le film de Gilliam en clôture de sa 71e édition. La bataille juridique est toutefois loin d’être terminée. Saisie sur le fond, la justice française rendra un jugement en appel le 15 juin. Terry Gilliam a alors lancé une procédure pour faire résilier le contrat de cession de ses droits à Paulo Branco. Mais en mai 2017 la justice française, saisie sur le fond de l’affaire, s’est prononcée en première instance en faveur du producteur. La réelle victoire, pour l’heure, reste celle du Festival de Cannes.

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