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Published on mai 9th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 2: RAFIKI OUI, SELFIE NON

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 2: RAFIKI «le-film-dont-tout-le-monde-parle», LOZNITSA rit noir et fort, La Quinzaine ouvre en force et Gilliam a gagné face à Branco. CHAMPAGNE AFIDA!

Miracle, le premier jour, glam et people, du Festival de Cannes est passé avec ses stars trop stylées, sa cérémonie guindée-mais-pas-trop (le Dandy cool Edouard Baer a fait l’unanimité sur les résosocio, y compris chez jajacobbi) et puis son sempiternel film d’ouverture abhorré (cette année, Everybody Knows accueilli très très poliment, y compris dans notre Palmomètre, façon gentille de dire que tout le monde s’en fout royalement).

Tout le monde est arrivé à bon port, on peut ENFIN commencer cette 71e édition, que l’on aime déjà à baptiser l’édition no-more-selfie (voir ci-contre). Une restriction qui donne évidemment envie d’être transgressée, d’autant que le service de sécurité, manifestement sur les dents, a la ferme intention de s’autoriser à parler aux festivaliers et plus précisément aux journalistes comme des chiens (en d’autres termes, va vraiment falloir se détendre).

Parlons peu, parlons bien, parlons films, parlons tout d’abord de Rafiki, ce film kényan d’ores et déjà présenté comme une bête curieuse dans la section Un Certain Regard ce mercredi. Comme tout le monde sait, c’est la première fois que le Kenya débarque au Festival de Cannes. Un geste qui ne manque pas de panache puisque le film en question, qui traite d’un amour entre deux femmes, est déjà proscrit dans son pays – une décision illustrant le débat provoqué par l’homosexualité dans la majeure partie d’Afrique («interdit en raison de son thème homosexuel et de son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple kényan», dixit la commission de censure, dont le patron, Ezekiel Mutua, se présente comme «un fervent croisé de la morale»). Tout est un peu dit. Ce qui aurait pu donner lieu à la célébration d’un vrai succès de son industrie cinématographique a au contraire placé le Kenya au centre d’une polémique dont personne ne sort grandi. Sauf le film qui, indépendamment de ces éléments, ne pouvait rêver d’une meilleure exposition: adapté d’un roman de l’Ougandaise Monica Arac Nyeko, Rafiki (soit ami en kiswahili), il raconte bel et bien l’histoire d’un coup de foudre entre deux jeunes femmes appartenant à des camps politiques opposés, reflétant avant tout le ciment et l’érosion de n’importe quelle histoire d’amour, et de l’oubli de tous les préjugés quand on tombe in love. Le film ne fait clairement pas l’unanimité (dans le panel, pour l’instant, seul Philippe Azoury trouve grâce à ses yeux). Mais l’essentiel est ailleurs, dépassant complètement la dimension cinématographique. Estampillée porte-étendard de la communauté LGBT africaine, la réalisatrice Wanuri Kahiu peut enfin lancer le débat et c’est une bonne nouvelle pour le cinéma comme pour tout le monde.

Autre film fort: Donbass de Sergei Loznitsa. Celui qui était en compétition avec ses trois précédentes fictions (My Joy en 2010, Dans la brume en 2012 et Une femme douce en 2017) se retrouve en ouverture du Certain Regard avec cette quatrième. Est-il forcément moins bon que les autres sus-mentionnés? La réponse est non. Il s’agit ni plus ni moins que d’un film à sketches satirique anti-militariste, souvent drôle (ce qui peut surprendre, au prime abord, de la part du très sérieux Loznitsa) pour raconter quelque chose d’absolument effroyable. Pour raconter au fond à quel point nous sommes démunis face à l’état des choses et à quel point ce Donbass (à l’est de l’Ukraine) et par extension notre monde (la Russie, of course, mais que) se révèle manipulé et corrompu jusqu’à l’os, se complaisant dans la laideur, le chantage, la propagande, l’humiliation publique et les selfies à la con. Quasi 2 heures pour assister à l’extinction du soleil et pour réaliser à quel point on marche totalement sur la tête. On y voit aussi à quel point nous nous sommes habitués à cette banalisation de l’horreur. C’est Dante, c’est le chaos, le vrai.

Ironiquement présenté par son auteur comme un petit manuel pratique de l’enfer (achtung achtung), Donbass tient du bluff et de l’effroi, une veine absurde confirmant une parenté avec Luis Buñuel pressentie au moment de My Joy qui avait déjà quelque chose de La Voie Lactée. Un film hybride (fiction, doc, tout brûle), implacable, où tout est double, vrai, faux et où la fin ramène inexorablement au début: ce qui était pour de faux (soit, ce qui est dénoncé présentement dans la fiction) se passe pour de vrai. Le geste de cinéma est dément avec une question en suspens (que peut le cinéma, finalement, face au chaos du monde?) et répondant à une phrase extraite de La Douleur de Varlam Chalamov: «une phrase banale dit que l’histoire se répète deux fois, la première comme une tragédie, la deuxième comme une farce. Non. Il y a un troisième reflet des mêmes événements, du même sujet, le reflet d’un miroir déformant du monde souterrain. Ce sujet est incroyable et pourtant bien réel, il existe vraiment et vit près de nous.» C’est exactement ce que nous raconte le plan final, à observer très très attentivement.

Un petit coucou à la Quinzaine des Réalisateurs qui s’ouvre ce mercredi soir sur Les oiseaux de passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego. Le réalisateur colombien de L’étreinte du serpent (2015) nous revient avec un long métrage cosigné avec son épouse et productrice Cristina Gallego. Les échos sont excellents, le Chaos le découvre ce soir.

Quatre choses pour finir:
1. Un conseil d’ami, suivez pendant tout le Festival de Cannes: Radio Festival. L’ambiance y est excellente et les invités, fort passionnants.
2. Quentin Dupieux est bien à Cannes. Son film Au poste passe au Marché du Film (photo prise par notre ami Léo Soesanto), nos indics sont sur le coup.

3. Valérie est à Cannes. Elle a vu Everybody Knows et comme tout le monde sait, elle parle très bien anglais.

4. Last but not least, Terry Gilliam viendra bien à Cannes et son Don Quichotte y sera projeté. Et l’on est heureux pour lui.

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