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Published on mai 13th, 2018 | by CHAOS REIGNS

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#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 6: GASPAR SANTA SANGRIA

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 6: Gaspar Sangria Gaspar. Mandi Chaos Mandi. Meurs Monstre Meurs.

Soyons clairs: un film dans lequel une cinéaste s’appelle Joy d’Amato ne peut pas être foncièrement mauvais. C’est le cas de Ultra Pulpe, le nouveau Bertrand Mandico présenté ce samedi soir dans un programme de courts à la Semaine de la critique. Un juste retour des choses un an après le boudage incompréhensible, toutes sections confondues, du précédent Bertrand Mandico, soit les admirables Garçons Sauvages, sortis en février dernier. Aussi, à peine remis de la folle aventure sexuelle de ce premier long métrage, le maître es chaos a génialement enchaîné avec un moyen (40 minutes quand même). Un moyen pas moyen qu’on aura d’ailleurs le plaisir de retrouver en salles cet été en compagnie de deux autres magnifiques productions Ecce Films signées par nos autres grands chouchous chaos: Les Îles de Yann Gonzalez et After School Knife Fight du duo Caroline Poggi et Jonathan Vinel.

Alors que raconte l’ultra chaos Ultra Pulpe au juste? Eh bien, de la fin du tournage d’un film fantastique sur la fin d’un monde et, corrélat, de la fin d’une histoire d’amour. Celle entre deux femmes, l’une actrice, l’autre réalisatrice, Apocalypse et Joy. On retrouve une partie du casting des Garçons Sauvages (Elina Lowensohn en alter ego de Mandico, Vimala Pons, Pauline Lorillard, Nathalie Richard). Et le film de muer en rêves ou cauchemars, sensuels, sexuels, violents, cruels. Une se caresse pendant qu’elle filme une scène, une autre se retrouve sur Mars, abandonnée par ses proches et en proie à des astronautes violeurs, tandis qu’un homme reçoit un appel d’outre-tombe d’une muse de Jean Cocteau. Si la réalisatrice semble d’abord avoir le contrôle sur toutes ces images, on a finalement l’impression qu’elle est elle-même manipulée par le singe Gizou, qui n’aurait pas déplu à ce cher Gustav Klimt. Plus qu’un amuse-bouche entre Les Garçons Sauvages et un deuxième long-métrage, Ultra Pulpe est une proposition de cinéma méta qui dépeint cette «grande famille» du cinéma comme une galerie de monstres sublimes. Un choc visuel et sensoriel qui a la peau d’un giallo futuriste et les entrailles des chefs-d’œuvre de David Lynch mettant en scène la violence insupportable des hommes sur les femmes. On en reparlera cet été mais on est addict à cet objet que Bertrand Mandico nous avait présenté il y a quelques mois comme un mélange de mélo, de queer, de pop, de morbide et de baroque à gogo, se revendiquant aussi bien de Rainer W. Fassbinder que de Stephen Sayadian. Vous êtes tous prévenus.

Addict aussi nous sommes du nouveau long métrage de ce cher Gaspar Noé, autre grand nom habitué du chaos, qui avec Climax nous propose une expérience psychotronique (goûtée en ce qui nous concerne à la projection du dimanche matin, dans une salle rapidement blindée). En attendant le début de la projection, nous avons pu succomber à une formidable playlist des années 80 composée par Jim Jarmusch especially for La Quinzaine des Réalisateurs.

Climax commence enfin, aux alentours de 8h50 et dès la première séquence (une jeune femme agonisant dans la neige), on comprend que ce film-là ne ressemblera qu’à du Gaspar Noé.

L’action se déroule au mitan des années 90, dans un pensionnat désaffecté situé au cœur d’une forêt et une vingtaine de danseurs urbains, réunis pour un stage de trois jours, vont confusément passer le temps d’une nuit du paradis à l’enfer après avoir abusé d’une toxique sangria. Présenté comme un film français fier d’être français, Climax, d’ores et déjà baptisé par chez nous Santa Sangria, reprend les motifs connus des précédents Noé (prendre la température d’une certaine France des années 90 comme dans Seul contre tous, commencer par la fin comme dans Irréversible…) et pousse les curseurs de l’outrance à fond. Jouant avec le based on a true story à la manière d’un Deodato, Noé donne à voir en préambule une vidéo des danseurs pendant une audition où ils se disent unanimement open à toutes les expériences – parmi eux, figure une certaine Psyché. Autour de la télé, sont rangées des VHS des films cultes du cinéaste comme Possession de Andrzej Zulawski ou Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini. Au gré d’une bande-son démoniaque (le French Kiss de Lil Louis, le From here to eternity de Giorgio Moroder, le Rollin & Scratching des Daft Punk…), Gaspar passe par la suite en revue ses classiques (visibles via les VHS rangés autour de la télé) et exploite un lieu unique pour raconter tout un pays (le drapeau tricolore affiché au-dessus de la piste de danse), soit la France, et très précisément la jeunesse française, qui jouit de la liesse collective (celle qu’on surnommait la France black-blanc-beur lors de la coupe du monde 98) et qui découvre bras tombants la haine ordinaire de l’autre (la France qui a foutu Le Pen au second tour, l’année justement où sortait Irréversible) et qui succombe. Il y a donc deux films, deux salles-deux ambiances, deux états émotionnels dans Climax. L’un est euphorisant, élévateur, grisant; le second est cauchemardesque, avilissant, effrayant. De l’utopie d’une orgie collective où tous les corps se confondent, bougent de concert, naît un autre film, monstrueux, amorcé par un générique surgissant à mi-parcours du film, s’inscrivant comme le pendant cauchemardesque de tout ce qui a précédé (Vivre est une impossibilité collective; Mourir est une expérience formidable, scandent deux panneaux très Le Temps détruit tout). Assurant que la menace ne vient pas du dehors mais du dedans (la destruction de l’homme par l’homme), Climax reste confiné à une expérience, un bad-trip à vivre absolument dans une salle de cinéma et donnant l’impression de mettre des doigts dans une prise. Un exercice hypnotique d’expérimentations formelles, avant de plonger dans le grand bain de l’inconnu encore plus angoissant de son ambitieux prochain long métrage, Molly in the darkness, son thriller sur le dark-net.

Ajoutons in fine que question playlist, Climax époustoufle.

Sinon, deux petits mots sur deux films vus par la Rédaction qui nous ont laissé un chouia perplexe: tout d’abord, Mandy de Panos Cosmatos, introduit comme le midnight movie hardcore de la Quinzaine des réalisateurs, dans lequel Nicolas Cage joue un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne, brûlée par une secte d’évangélistes dégénérés à la Charles Manson. C’est le pitch et ça ne va clairement pas plus loin. Wanna-be chaos, le réalisateur greco-canadien, à qui l’on doit Beyond The Black Rainbow (2010), veut en foutre plein les mirettes et en fait des kilotonnes dans le ketchup pour décrocher le couronne du film de vengeance culte. Or, en dépit des efforts méritoires de cher Nic dans tous ses états seconds (Nic qui sniffe de la coke, Nic qui se bastonne à la hache, Nic qui boit de la vodka en slip…), tout nous a paru post-moderne, pompier, calculé et assez fake. Ensuite, Meurs monstre meurs de Alejandro Fadel (Los Salvajes en 2012) qui fonctionne exactement comme La Région Sauvage de Amat Escalante sorti l’an passé (et dixième de notre top 2017). Une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes. Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé. Et les hommes se comportent de façon bien louche comme s’ils cachaient un secret. Alors que la Police Rurale cherche à traquer un tueur en série parmi de nombreux suspects et que l’enquête piétine totalement, tout ce petit monde doit se résoudre à cette évidence horrifiante: ledit serial-killer est en réalité un monstre hantant la montagne. Totalement arty, le film génère beaucoup d’excitation et ce dès sa première séquence gore. Mais soucieux de ne pas céder aux conventions du film de monstre et de privilégier les personnages à l’intrigue, il met un peu trop de temps pour révéler ses réels enjeux (soit un peu trop de fumée dans le brouillard). Le rythme s’en ressent un peu et le film de céder à d’autres conventions, celles du film arty de festival. Pour autant, le mystère et la poésie ne manquent pas (ah cette bave des malheureux en amour), les apparitions dudit monstre bien gluant et cul (joué par l’acteur français Stéphane Rideau – si, si, il faut le voir pour le croire) fonctionnent et l’on salue l’audace de Rouge International (la boîte de prod cofondée par Julie Gayet, à l’origine de Grave de Julia Ducournau).

Deux petits mots pour finir:

1. Pour ceux qui veulent voir la masterclass de Christopher Nolan, magistralement menée par notre Philippe Rouyer, c’est par ici.

2. Enfin, notre Gautier est formel: les stars sont bien là à Cannes 2018!

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