CANNES2017

Published on mai 5th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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CANNES CLASSICS 2017 : UNE BRÈVE HISTOIRE DU FESTIVAL

Oshima, Antonioni, Clouzot, Darrieux… Pour les 70 ans du Festival, la section CANNES CLASSICS a sélectionné 24 films qui donnent tous envie d’être vus ou revus. Nous avons voulu en savoir plus auprès de Gérald Duchaussoy, assistant de Thierry Frémaux à Cannes Classics…

Qui dit 70e édition, dit un Cannes Classics un peu particulier, non?
Gérald Duchaussoy:
Oui, la programmation est en partie composée de films qui ont fait l’histoire de Cannes donc il y a moins de chemins de traverse comme l’an passé. Une édition resserrée autour d’oeuvres connus ou à redécouvrir, celles qui ont jalonné un parcours marqué par l’histoire du cinéma et au sens large des histoires culturelles. Une fois de plus, on va beaucoup voyager et retrouver des terres lointaines, des cultures différentes, des façons de vivre aussi. De la poésie et du mélange. Et un sens du cadre aussi. Tu sens que tout le monde avait cela en tête. Que faire entrer dans ton cadre? Pourquoi tu bâtis tel plan et pas un autre?

Quels sont les films du Festival de Cannes qui vous ont marqué au moment de leur présentation (avant que vous ne travailliez dans le plus grand festival de cinéma au monde)?
G.D.:
Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Pulp Fiction. Ma mère m’avait dit : « c’est un film pour toi. » Effectivement, elle avait raison! Sa violence, son humour, son sens du dialogue et de la tchatche à l’américaine, sa construction bizarre, m’avaient plus qu’emballé. Je repense souvent à Bird également, la souffrance de ce jazzman pour sa vie, la musique, j’en ai encore de frisson. J’avais également vu Pale Rider seul dans une salle à Arcueil en banlieue sud, où j’étais revenu voir le film (j’y habitais l’année d’avant) car il ne jouait plus que là: le côté fantastique et une couleur écrasante en plein été je pense. Conversation secrète m’avait particulièrement déstabilisé. Almodovar m’emmenait ailleurs, de par ses couleurs, son rythme, cet équilibriste incroyable. Et ce débit des acteurs! Et je me souviens de Moulin rouge qui avait été un événement à décoiffer les Beatles!

Vous avez sélectionné 16 films ayant marqué le parcours du Festival de Cannes. Pourquoi ces films-ci et comment en choisit-on seulement 16?
G.D.:
Tout d’abord, il y a le travail de Thierry Frémaux d’une part, ses envies, ses défrichages, ses réflexions; d’autre part, il y a les propositions de plus en plus nombreuses que nous recevons. A partir de là, nous établissions des listes, regardons les films, réduisons les listes en fonction de ce que l’on voudrait voir, de ce que l’on trouve intéressant, marquant, tourné vers le monde, essayons d’équilibrer le tout, revenons dessus, réduisons et réduisons encore afin d’arriver à une proposition variée qui soit en nombre correct. Le but n’était pas de TOUT montrer mais bien d’explorer et de surprendre. Matzor, film israélien de 1969, le réalisateur n’a fait qu’un film. C’est une vraie surprise. Entre temps, nous recevons de nouvelles propositions qui nous tentent aussi donc on repart au charbon ! En choisissant un tel nombre, on laisse aussi du temps au festivaliers pour se faire plaisir s’ils le peuvent.

Pensez-vous qu’un film comme L’empire des sens peut encore choquer le spectateur de Cannes? Et de manière générale, quels sont les films présentés cette année à Cannes Classics que les spectateurs vont, selon vous, découvrir sous un nouveau jour?
G.D.:
Appréhender un film comme L’empire des sens, ce n’est pas le mot. Y penser, oui. C’est un film qui fait partie de l’histoire de Cannes donc cela fait plaisir de montrer une superbe restauration et de secouer les attentes. Quand nous avons montré Combat sans code d’honneur qui est film d’une violence et d’une énergie assez dévastatrices, en voyant cela à l’écran au début, je me suis dit que nous avions fait le bon choix. Le cinéma n’est pas un art lisse. Je pense souvent à la tête de ceux qui ont vu pour la première fois Possession dans l’ancien Palais. Le choc que cela a dû représenter! Voyons en 2017 ce que cela va donner avec nos codes actuels, notre accès à des déviances à portée de clic, et ça me semble normal d’être choqué parfois. On se questionne, cela me paraît sain et stimulant. Le Salaire de la peur est, à mon avis, un film à revoir absolument. Clouzot en général, d’ailleurs. Et Blow-Up aussi… Enfin, les autres aussi, on a envie qu’il y ait tout le temps du monde!

Il y a une séance de Madame De, en hommage à Danielle Darrieux qui vient de fêter ses 100 ans. Dans quels films cette comédienne vous a marqué et qu’est-ce qu’elle incarne pour vous dans le cinéma français en général?
G.D.:
Elle incarne pour moi une vivacité d’esprit, une voix, un regard amusé et parfois dérangeant, une simplicité et une présence légère. C’est une star! Marie-Octobre de Duvivier me plaît beaucoup, elle est y géniale et mène la danse. Mon rôle préféré, c’est celui d’une pharmacienne dans Le Désordre et la nuit, un polar atypique avec Gabin où l’on voit des drogués en 1958. Elle y excelle et joue de doubles sens avec un esprit empli de perversité qui te glace et t’amuse à la fois. Un régal! J’adore également L’Affaire Cicéron, un sacré film d’espionnage qui a posé des jalons incontournables ou Les Demoiselles de Rochefort. Et sa retenue dans Quelques jours avec moi m’a marqué. Je suis heureux que nous permettions de revoir des films du patrimoine français. Notre mythologie est incroyable et Danielle Darrieux en fait incontestablement partie, donc nous sommes ravis de la célébrer.

Au niveau des documentaires présentés, il y a un qui titille notre attention: celui sur Leon Vitali.
G.D.:
Nous regardons tous les documentaires qui nous sont envoyés, des plus étranges ou amateurs, aux très professionnels et mieux achalandés en terme de budget. Filmworker nous a tapé dans l’œil rapidement. On y découvre un homme, Leon Vitali, bras droit officiel qui a laissé sa vie filer pour que Kubrick accomplisse son art. Au travers de son humanité et de ses témoignages, on voit Kubrick au travail, on en apprend sur sa (et ses) méthode(s) tout en étant abasourdi par la vitalité cinématographique de cet homme, Leon, donc, qui a tout fait et même plus. J’encourage les festivaliers à aller se rendre compte par eux-mêmes.

Les trois films les plus chaos, selon vous, parmi les 24 films présentés à Cannes Classics?
G.D.:
Skupljači Perja de Aleksandar Petrović, une vraie découverte d’horizon. Soleil O de Med Hondo, on touche parfois à l’expérimental dans le social. Et All that Jazz (Que le spectacle commence) de Bob Fosse où on nage dans le chaos artistique et mental, visuel et sexuel. « It’s showtime! »

La sélection de Cannes Classics 2017 proposera une « brève histoire du Festival de Cannes ». De 1946 à 1992, de René Clément à Victor Erice, seize films ayant marqué l’histoire du Festival:
1946 : La Bataille du Rail de René Clément (France) : Grand Prix International de la mise en scène et Prix du Jury International
1953 : Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot (1952, France, Italie) : Grand Prix
1956 : Un petit carrousel de fête de Zoltán Fábri (1955, Hongrie) : en Compétition
1957 : Vers l’inconnu ? de Georges Nasser (Liban) : en Compétition
1967 : J’ai même rencontré des Tziganes heureux d’Aleksandar Petrović (Serbie) : en Compétition, Grand Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique Internationale – FIPRESCI ex-aequo
1967 : Blow-up de Michelangelo Antonioni (1966, Royaume-Uni, Italie, ÉtatsUnis) : Grand Prix International du Festival
1969 : Matzor (Siège) de Gilberto Tofano (Israël) : en Compétition
1970 : Soleil O de Med Hondo (Mauritanie, France) : Semaine de la Critique
1976 : Babatu, les trois conseils de Jean Rouch (Niger, France) : en Compétition
1976 : L’Empire des sens de Nagisa Oshima (France, Japon) : Quinzaine des Réalisateurs
1980 : All that Jazz (Que le spectacle commence) de Bob Fosse (1979, ÉtatsUnis) : Palme d’or
1981 : L’Homme de fer d’Andrzej Wajda (Pologne) : Palme d’or
1982 : La Permission de Yilmaz Güney, réalisé par Serif Gören (Suisse) : Palme d’or ex-aequo, Prix de la Critique Internationale – FIPRESCI
1983 : La Ballade de Narayama de Shôhei Imamura (Japon) : Palme d’or
1992 : El sol del membrillo (Le Songe de la lumière) de Victor Erice (Espagne) : Compétition, Prix du Jury ex-aequo, Prix de la Critique Internationale – FIPRESCI
1951-1999 : Une brève histoire des courts métrages présentés par le Festival de Cannes

D’autres événements, d’autres films restaurés, d’autres invités :
Madame de… de Max Ophüls (1953, France) : Séance proposée en hommage à Danielle Darrieux à l’occasion de son anniversaire, et présentée par Dominique Besnehard, Pierre Murat et Henri-Jean Servat qui présentera la dernière interview filmée de Danielle Darrieux.
L’Atalante de Jean Vigo (1934, France) en copie restaurée 35mm
Native Son (Sang noir) de Pierre Chenal (1951, Argentine)
Paparazzi de Jacques Rozier (1963, France)
Belle de jour de Luis Buñuel (1967, Espagne, France)
Et au milieu coule une rivière de Robert Redford (1992, États-Unis)
Lucía de Humberto Solas (1968, Cuba)

Documentaires sur le Cinéma :
La belge histoire du festival de Cannes de Henri de Gerlache (2017, Belgique)
Filmworker de Tony Zierra (2017, États-Unis)
Becoming Cary Grant (Cary Grant – de l’autre côté du miroir) de Mark Kidel (2017,France)
Jean Douchet, l’enfant agité de Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Haasser (2017, France)

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