CANNES2017

Published on avril 19th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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CANNES 2017 : LES JOURNALISTES BALANCENT LEUR FESTIVAL CHAOS #08

Une 70e édition, ça se fête! Le CHAOS a demandé à plusieurs journalistes de raconter leur(s) moment(s) le(s) plus chaos au FESTIVAL DE CANNES. Huitième round avec CAROLINE VIÉ, YOANN SARDET et ALEX MASSON III.

CAROLINE VIÉ
«C’était à Cannes en 1998. Je présentais Seul contre tous de Gaspar Noé à la Semaine de la Critique. Ce film bien chaos avait une équipe qui ne l’était pas moins. D’abord, le bon Gaspar flippait comme une brute à l’idée que les spectateurs allaient vouloir lui casser la figure après la projo. Il fallait le rassurer sans cesse alors que personne n’était agressif! Le plus difficile était de gérer l’imposant Philipe Nahon. Venant d’arrêter de fumer, il se rattrapait sur la bouteille et j’avais été chargée de le maintenir au régime sec. «Il devient violent quand il picole: il pourrait s’en prendre au public pendant les débats si une question ne lui plaît pas» m’avait prévenue Gaspar. Je me revois à un dîner essayant d’éloigner la bouteille que Philippe N. tentait de capturer en me lançant des regards assassins. C’est bel et bien sur moi que j’ai cru qu’il allait taper!»

YOANN SARDET
«Un Festival de Cannes, pour qui a eu la chance de le vivre, c’est déjà beaucoup de souvenirs. Donc une décennie cannoise (j’ai depuis laissé mon sésame et ma place à plus jeunes et moins fatigués que moi), ça en fait quelques brouettes. Pourtant, de manière assez surprenante, ce ne sont pas tant les souvenirs «de cinéma» qui restent. Alors oui, on se souvient des Palmes, des projections, des photocalls, des marches et des interviews (30 minutes avec Mark Hamill en bord de pistoche, à une époque pré Star Wars 7 où le monsieur n’intéressait plus personne, grand souvenir). Mais on garde surtout de Cannes des sensations humaines, organiques même.
La fatigue permanente et le plaisir non dissimulé de laisser vos paupières si lourdes tomber sur un Uzak en projo matinale, entouré de ronflements réconfortants.
La malbouffe et le pillage en bonne et due forme du stand de la FNCF en guise de ravitaillement: cette année-là, nous remplissions tous les deux jours un sac de sport entier de popcorns, bonbecs et autres barbabox (il y a prescription mais on a honte, si si).
La camaraderie, qui consiste à partager un appartement de quatre couchages à neuf pendant une quinzaine, ou à des parties de foot nocturnes et endiablées dans les sous-sol du Palais (pardon à l’AFP, les coups contre les cloisons, c’était nous).
Les odeurs, aussi (au-delà de l’hygiène douteuse du festivalier en général). Qu’on se le dise, un Festival de Cannes digne de ce nom doit passer par la phase dite « des toilettes bouchées », qui chaque année ne résistent pas aux milliers de journalistes accrédités au niveau -1 du Palais. Résultat, un (pas si) délicat fumet qui se diffuse durant plusieurs jours des couloirs du bunker jusqu’à la salle Lumière. So glamour.
Il y eut aussi notre quête d’ex-ados de la génération « Premier samedi du mois sur Canal », bien décidés à traquer pour la gloire les dernières traces de X à Cannes. Le temps des Hot d’Or était déjà loin, mais nous avions entendu dire que le bateau d’un célèbre éditeur pour adultes était amarré dans le port de Cannes. Nous avons trouvé le bateau, sans grand espoir, jusqu’à ce que le patron, voyant notre caméra, nous lance « Montez, les filles vous attendent ». Sourire goguenard, et nous voilà sur le ponton principal, face à quatre naïades à peine majeures et un jacuzzi visiblement habitué à ce spectacle, entourés de barbus transpirants demandant des poses de plus en plus lascives à ces modèles d’un jour. Sentiment étrange de victoire et de honte mêlées. Mais nous l’avions fait.
Allez, un dernier moment chaos, bon enfant celui-là: notre tentative (réussie !) de retourner la poursuite de La Cité de la Peur en plein festival, sur un commentaire audio pré-enregistré par Monsieur Chabat-Karamazov en personne. C’est ici, et c’est toujours chouette, même 8 ans après.
Tiens, ça me donnerait presque envie d’y retourner tout ça…»

ALEX MASSON
«2001. Projection presse de Mullholland Drive. La place a été acquise au prix d’une heure et demie de queue, et de justesse. Manque de bol, la fatigue accumulée dans les jours précédents a raison de moi au bout d’un quart d’heure. Après l’apparition de la sorcière au coin du drive-In, je sombre dans un coma réparateur qui ne se conclue qu’aux premières mesures du générique de fin. Pour garder la dignité de tout critique accrédité (à savoir, pouvoir donner un avis aussi tranché que définitif dès la sortie de séance), je demande à mon voisin de quoi il est question. Il me répond l’air un peu gêné «Euh… ben, je sais pas, j’ai pas compris grand chose». Avant d’ajouter en remarquant que d’autres congénères l’observent, d’un très sonore: «Mais c’est un CHEF-D’ŒUVRE!.»
1994. Autre drame du sommeil cannois. A la projection du matin de Rouge de Kieslowski, je me retrouve par hasard sur le même rang que la délégation d’un hebdomadaire culturel français masquetplumien. A peine quelques minutes après le début du film, je ressens comme un déséquilibre auditif: d’un côté la bande-son du film, de l’autre celle des ronflements de la quasi totalité de cette assemblée. La symphonie nasalo-gutturale est tellement fascinante que je passe plus de temps à les observer que garder un œil sur l’amitié naissante entre Jean-Louis Trintignant et Irène Jacob. Fin du film: les assoupis se réveillent en un seul sursaut pour applaudir a la même union qu’ils ronflaient quelques secondes plus tôt, voire être plus bruyants dans leurs hourras.
2002. La projection d’Irréversible a eu lieu depuis quelque jours, mais beaucoup ne s’en sont pas remis. Notamment cette collègue croisée en soirée, mais qui a eu l’idée d’en enchaîner plusieurs (de soirées) et de profiter pleinement de l’open-bar. Vu comme elle titube et comme a du mal à aligner trois mots cohérents, on décide de la ramener chez elle, en l’épaulant puis en la portant à dos d’homme. Le trajet, aussi long qu’un plan-séquence chez Nuri Bilge Ceylan s’interrompt net au niveau du passage souterrain sous la gare. La donzelle est prise de spasmes et beugle « Naaaaaaaan, pas par làààààà! » par crainte de subir le même sort que Monica Bellucci dans le film de Gaspar Noé – il est vrai qu’à cette heure avancée de la nuit, l’endroit tient du parfait remake de la séquence. En dépit du colis, il est décidé au vu de son insistance frôlant la crise de nerfs de se passer de ce pourtant précieux raccourci. En guise de remerciements une fois traversée la périlleuse double voie express, un haut le cœur de la défraichie agrémenté d’un vomissement imbibant de l’épaule au genou son porteur…»

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