Actu

Published on avril 12th, 2017 | by CHAOS REIGNS

0

CANNES 2017 : LES JOURNALISTES BALANCENT LEUR FESTIVAL CHAOS #06

Une 70e édition, ça se fête! Le CHAOS a demandé à plusieurs journalistes de raconter leur(s) moment(s) le(s) plus chaos au FESTIVAL DE CANNES. Sixième round avec JON ROY, THÉO RIBETON, MICHAEL GHENNAM et FRANÇOIS AUBEL.

JON ROY
«11 mai 2001. C’était mon premier Festival de Cannes. Ma première mission consistant à rédiger un article sur Apocalypse Now Redux. Juste après la première projection, je me suis précipité dans la salle de conférence de presse. Une femme m’a demandé de me déplacer, j’ai refusé. Son petit ami est venu ensuite et a essayé de la calmer. Quand est venu le moment de poser ma question, au grand Francis, le caméraman chargé de filmer la conférence s’est mis à genoux juste devant moi. J’étais filmé donc et je me sentais filmé. J’ai demandé à Coppola, en bégayant, quel regard il avait sur ce film aujourd’hui, lui qui avait qualifié Apocalypse Now de «cathartique». Il m’a regardé, inexpressif, et m’a demandé: «Tiens donc, quand est-ce que j’ai dit ça?» J’ai répondu: «dans le documentaire de Hearts of Darkness de votre femme». Il m’a relancé, ironique: «Oui mais qui a dit cela? J’ai dit cela, moi?». J’ai répondu: «Oui, monsieur.» Il se moquait de moi, tout le monde dans la salle a ri, j’étais mortifié. D’autant que je ne me suis pas souvenu que la citation était en exergue dans le dossier de presse. Après la conférence de presse, j’ai parlé de cette petite humiliation avec Henri Béhar qui était en charge de la modération, il m’a simplement répondu: «Oubliez donc ça, bébé… C’est Cannes!» Le soir même, je me suis endormi en descendant une bouteille de whisky et me suis réveillé avec ce dessin délirant de Coppola à mes côtés. Je l’ai conservé d’ailleurs. Apparemment, cette effroyable expérience de la conférence de presse de Cannes figure sur les suppléments Blu-ray de Apocalypse Now, mais je n’ai jamais voulu la regarder. Pour finir cette anecdote, la femme qui voulait ma place est aujourd’hui mon amie.»

THÉO RIBETON
«Je crois que ma voix était plutôt chaos durant l’édition 2016, entamée sur les chapeaux de roues par une soirée à hurler des conneries dans l’oreille de Melvil Poupaud, et donc placée pour moi sous le signe du Gaviscon (j’en profite pour faire un coucou à la pharmacienne de la rue d’Antibes, si elle me lit). Sinon, ce n’est pas tant chaos que bêtement shlag: la soirée de la Semaine de la critique 2014 m’a permis de réaliser que 1) je n’étais pas James Bond et que 2) les vigiles des fêtes de plage n’étaient pas exactement des agents du Spectre non plus: désespérant de m’y faire inviter, j’ai vu dans la plage voisine inoccupée un moyen discret de m’incruster en passant par l’accès de derrière (donc la mer) (OK, j’en rajoute, j’ai marché par le sable). Sauf qu’en sautant par-dessus la rambarde, j’ai renversé une pile d’une vingtaine de chaises fort bruyantes, activé un déclencheur de mouvements, et la grosse lumière qui allait avec. Grosse panique en me relevant, or fort heureusement le vigile n’a même pas remarqué: j’ai pu accéder tout simplement à la fête sans entrave sécuritaire.»

MICHAEL GHENNAM
«2005. Mon premier festival. Il n’est pas 9:30 a.m., la soirée est douce et la rédaction a la bonne idée de se diriger vers la Semaine de la critique. Objectif: voir The Great Ecstasy of Robert Carmichael, premier film de Thomas Clay dont le titre inspire confiance. En 2005, il n’y avait pas Twitter pour faire monter le buzz (ou ruiner la réputation d’un film) en quelques heures. On s’est donc pointé sans rien savoir, pour se retrouver face à un drame social sursignifiant, à l’atmosphère lourde… et qui se finit dans un bain de sang écœurant par son réalisme. Un peu comme si Ken Loach et Darren Lynn Bousman s’étaient mis d’accord sans prévenir, et que Daniel Blake finissait par dézinguer – avec les moyens du bord – tout le personnel de son affreux Pôle Emploi… Le film s’est bien évidemment coltiné un -16 ans pour sa sortie en salles un an plus tard, et n’a rien fait en salles. Thomas Clay, lui, a disparu des radars après son deuxième film, Soi Cowboy. Mais l’homme est enfin en post-prod de son prochain long métrage…
2007. Séance officielle de L’Homme de Londres de Béla Tarr. Après le premier plan-séquence, des festivaliers quittent la salle. Elle se videra lentement, toutes les 20 minutes, me permettant de passer du sommet du balcon aux premières places de la corbeille… Et d’applaudir le grand Béla, qui méritait mieux que cet accueil glacial.
2009. Séance officielle en Lumière d’Enter the Void, d’un cinéaste tellement chaos qu’on ne le présente plus. Mes voisines, deux femmes âgées et visiblement très bourgeoises, ponctuent le film de leurs glapissements, ou chuchotent leur désapprobation à longueur de plan-séquence. Leur réaction – un looooong silence bienvenu -, lors de la scène finale m’a encore plus fait aimer le film.
2011. Après une nuit blanche (sans soirée au préalable, je suis donc excusé), tentative de découvrir un film – dont je tairais le titre – qui aurait dû remporter la Palme. La fatigue fait son œuvre et je loupe une bonne moitié de ce chef-d’œuvre. Pendant ce temps, un collègue se réveillait uniquement lorsque l’actrice principale apparaissait nue… C’est ça qu’on appelle l’instinct?
2013. Projection de Suzanne en ouverture de la Semaine: mon voisin de fauteuil, un illustre attaché de presse, est placé juste sous la clim’ et passe toute la séance à grelotter. Beau joueur, il ne s’est pas plaint, est resté toute la séance et a longuement applaudi.
Et puis, il y a toutes ces projections qui laissent groggy, coupent l’envie d’aller voir autre chose – et vont donc à l’encontre de la logique cannoise, qui veut qu’on bouffe du film en réfléchissant plus tard: Keane, Vol 93, Aurora, Amour, Le Fils de Saul…»

FRANÇOIS AUBEL
«J’ai réfléchi à ce que je pouvais raconter sans me fâcher, avec mon épouse notamment… Non, pas cette soirée improbable avec Eva Longoria. Pas cette nuit de folie chez Albane à danser avec Radu Miheaileanu et ses actrices du Concert. Et non, je ne raconterai pas ces moments peu glorieux où l’on quitte notre débauche pour, sans passer sous les draps, se rendre à la première projection. Oui, c’est arrivé. Mais j’ai gardé un souvenir de l’influence que Cannes peut avoir sur un primo-festivalier. Je me suis souvenu d’une séance lors du festival 2011 dans la salle du Soixantième, le hangar de la Croisette dont les parois vibrent bruyamment au moindre coup de vent. Pantacourt, piercing et mine chiffonnée, un jeune «homo festivus» a atterri à la projection de Tous au Larzac un peu par hasard, semble-t-il. Peut-être n’avait-il pas pu se joindre au troupeau qui se pressait à Pirates des Caraïbes? Toujours est-il qu’il semblait un peu perdu. «C’est quoi ce film, Tous au Larzac, demande-t-il à ses voisins. D’ailleurs, c’est où le Larzac?»
Personne n’ose trop lui expliquer: octobre 1971, le ministre Michel Debré, la volonté de ce dernier d’étendre le terrain militaire de La Cavalerie en Aveyron, la résistance des paysans jusqu’à l’élection de François Mitterrand, le slogan «Faites labour par la guerre»… Pas une bonne âme pour lui donner un cours d’histoire et de géographie. La leçon allait venir, donnée deux heures durant par le film de Christian Rouaud qui a recueilli les témoignages de ces gens du plateau comme on les appelle encore. Des hommes et des femmes transformés par le combat d’une vie. C’est là, aux côtés de Guy Tarlier et des 103 paysans qui avaient fait le serment de ne jamais céder leur terre à l’État. Fin de projection. Standing ovation. Quinze minutes d’applaudissements et d’embrassades. Notre jeune homme a compris, il peine à dissimuler son émotion. Il pleure, même. De joie. Celle d’avoir découvert d’autres pirates, des vrais. Il sait maintenant où se trouve Millau et ce que «résister» veut dire. Et que la vie de ces hommes n’est pas du cinéma.»

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone

Tags:


About the Author



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑