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Published on avril 8th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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CANNES 2017 : LES JOURNALISTES BALANCENT LEUR FESTIVAL CHAOS #01

Une 70e édition, ça se fête! Le CHAOS a demandé à plusieurs journalistes de raconter leur(s) moment(s) le(s) plus chaos au FESTIVAL DE CANNES. Premier round avec EMMANUELLE SPADACENTA, LÉONARD HADDAD, QUENTIN GROSSET et ALEX MASSON.

EMMANUELLE SPADACENTA
«Mon moment le plus chaos à Cannes, c’est forcément la projection d’Antichrist. J’ai le souvenir de rires nerveux, de journalistes qui s’agitent sur leur siège, de soupirs exaspérés mais je me souviens surtout de la joie que j’ai ressentie d’avoir vu le film là, avec d’autres gens, dans le plus beau festival du monde.
J’ai vécu un deuxième grand moment chaos à Cannes récemment. C’était il y a deux ans. J’étais sur le rang de gauche de la salle Bazin, je pense que je devais fatiguer parce que je n’ai pas vraiment le souvenir du film que j’ai vu. Mais au bout d’un quart d’heure, je sais que quelque chose commençait à gêner ma vue. C’était sur ma droite. En fait, un type tenait son portable en l’air. Je me disais que c’était pour choper du réseau, essayer d’avoir quatre barres pour envoyer un mail ou je ne sais quoi… – j’étais vraiment crevée. Il m’a fallu cinq ou dix minutes pour comprendre que le mec était en train de filmer l’écran. Et encore, j’ai eu du mal à y croire, parce que je me disais que ses voisins ou les spectateurs derrière ne pouvaient pas faire preuve d’une telle patience. Mais si, c’était bien ce qu’il était en train de faire: il piratait le film. Quand j’ai commencé à réfléchir au fait qu’il faudrait peut-être réagir, une dame du rang juste derrière lui s’est levée et lui a mis un gigantesque taquet derrière la tête. Fin de l’histoire.»

LÉONARD HADDAD
«Quand mon ami Fernando nous a fait passer par des coulisses inconnues pour accéder depuis le palais à la projo presse de The End of Violence de Wim Wenders Salle Debussy alors qu’on n’était pas accrédités. Tout le monde s’est fait choper (et bannir) sauf moi, mais j’ai dû rester caché derrière l’écran pendant tout le film en crevant de peur qu’on voie mon ombre depuis la salle.»

QUENTIN GROSSET
«Je dirais la fois où Afida Turner a fait son entrée sur le bateau ARTE. L’ambiance était hyper guindée et elle, elle est arrivée toute seule en talons compensés et short à paillettes en se cassant à moitié la figure. Tout le monde s’est arrêté de parler pour la dévisager et ça ne l’a pas arrêtée. Elle est allée se servir une coupe de champagne et l’a bue sans rien dire à personne. J’ai trouvé ça assez beau cette apparition surgie du chaos.»

ALEX MASSON
«17 mai 2000. 8h00. Fin prêt pour la matinale projection presse de Dancer in the dark. L’association Lars Von Trier/Björk laissait prévoir une émeute, ne serait-ce que par curiosité de voir ce que donnait la collision entre l’autiste et la foldingue. Pour un film sur fond de cécité, on allait voir ce qu’on allait voir. Ou presque. Énorme surprise en arrivant devant les marches du Bunker. Le surnom du Palais des festivals s’est emparé des lieux. Barrières de sécurité, brigade de CRS doublée d’une section canine. L’accès à la salle Lumière s’avère barricadé comme jamais vu. Et forcément de quoi transformer la presse accréditée en foule mai-soixante-huitarde, prête à transformer les besaces officielles du festival en pavé à projeter si jamais elle n’entrait pas. La (déjà détestable) hiérarchie des badges presse confirme rapidement ce que tout le monde – sauf l’administration cannoise qui persiste à suivre ce système – sait: plus la couleur est haute, plus le badgé est prêt à trucider père (Serge Daney?) et mère (France Roche?) pour revendiquer leur privilège. A droite, une harpie couvrant le festival pour une grosse radio nationale, hurle au crime de lèse-majesté médiatique et trépigne devant un Robocop impassible. A gauche, l’envoyé spécial d’une chaîne d’info, connu pour être le plus gros consommateur d’auto-bronzant de l’audiovisuel français, menace d’appeler sur le champ le maître des lieux. La rumeur ne dira jamais pourquoi un tel déferlement de maréchaussée pour cette projection – menace d’attentat pâtissier de Noël «Le gloupier» Godin sur la personne de Bjork? Fan-club en folie de Luc Besson, président du jury cette année-là, voulant lui faire dédicacer des dauphins volés au Marineland voisin? Mais ladite rumeur jurera que toute la population journaliste danoise a pris d’assaut l’entrée. On ne sait pas si Von Trier était déjà là – peut-être encore coincé au péage de Mandelieu, vu qu’il avait déjà sa réputation d’agoraphobe venant par ses propres moyens, en camping – mais on est à peu près certain, que cette cohue exacerbant toute l’impatience habituelle des plumitifs badgés lui aurait plu.
1998. Allez savoir comment, je me retrouve avec un carton pour la fête Armaggeddon. Pas que j’aie grand-chose à cirer de la relecture viriliste de 2001, l’odyssée de l’espace par Michael Bay, mais comment refuser d’aller assister au barnum des soirées organisées par les studios américains à Cannes. Surtout à leurs open-bars de l’époque, sorte d’All-you-can-drink aux airs d’antéchrist pour le ministère de la santé. Ce fut d’ailleurs la véritable attraction dans l’arrière cour du Palm Beach, plus encore qu’un simulateur de pilotage de navette spatiale. Mauvaise idée d’y monter après avoir ingurgité de quoi faire rendre l’âme au foie de Gégé Depardieu. A sa descente, j’ai 2 grammes de sang dans l’alcool et le courage des avinés. A quelques mètres, j’aperçois Alan Parker. Ni une, ni deux, l’occasion de se venger est à portée de main. Je me rue sur lui et lâche un «Mizter Parcoeur! Midnaillt Expresss iz ze biggeust shit eye aiver so!!!», alliance d’un accent anglais pourri et de la boisson ingurgitée. Parker reste digne, rigole et s’en va. Deux secondes plus tard, deux mastards de la sécurité m’encadrent et m’indiquent d’un sobre et ferme «Monsieur, la soirée est terminée pour vous» qu’il est temps de regagner la sortie. J’ai dessoûlé depuis. Mais pas changé d’avis sur Midnight express. Ni sur la qualité des alcools servis dans les fêtes cannoises d’alors.»

[La suite demain]

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