CANNES2017

Published on avril 12th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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CANNES 2017 : 70 ANS DE SCANDALE CHAOS

SKANDAL! On ne sait pas toujours s’il y aura de la neige à Noël mais on sait qu’il y aura toujours du chaos à Cannes. Sur scène, sur les marches, sur les trottoirs, dans la salle, dans les chambres d’hôtels. Imprévisible, divin chaos. Voici les petits et les grands scandales chaos-cannois.

1954 Généreuse, l’actrice Simone Sylvia s’amuse avec Robert Mitchum. Un soutien-gorge en moins, quelques clichés de trop et un renvoi quasi-immédiat de la croisette. Un scandale qui tuera sa carrière. Elle décédera alors trois ans plus tard. Sad chaos…

1960 À peine L’avventura d’Antonioni commence, que le public se met à se moquer ouvertement du film projeté. Sous les huées, Monica Vitti sortira de la salle en pleurs. Un accueil insensé racheté par une liste de soutiens. De son côté, La Dolce Vita rafle une Palme d’or qui horrifie les conservateurs, la bourgeoisie, et l’Église. Fellini frôle l’excommunication.

1961 Bourgeois nécrophile, lépreux blasphématoires, couteau crucifix, vierge violée: Buñuel, le chaos à fond les manettes, décroche la Palme d’or (ex-æquo avec Une aussi longue absence). L’Espagne franquiste et l’église tirent la tronche, naturellement.

1968 Les événements de mai 68 « débordent » Cannes. François Truffaut et Jean-Luc Godard s’accrochent au rideau de la scène pour empêcher la projection d’un film. « Moi je vous parle solidarité avec les ouvriers qui occupent les usines Renault et vous me répondez travelling et gros plans« , lance Godard. Dans la cohue générale, le Festival doit s’arrêter le 19 mai, cinq jours avant son terme.

1973 Alors que La maman et la putain soulève l’indignation à cause de ses dialogues crus, la fable rabelaisienne de Marco Ferreri reste coincée dans la glotte des trois quarts de la salle. Aujourd’hui, tout le monde adore La Grande Bouffe, mais hier, c’était mamie Jeanine sur le tapis qui s’offusquait «Et ça gagne du pognon sur le dos du pauvre populo ça, un SCANDALE». On adore.

1974 Cannes subit une intervention violente des CRS lors d’une projection hors compétition d’un film pro-avortement, Histoire d’A.

1976 L’Empire des sens de Nagisa Oshima, découvert par la Quinzaine des réalisateurs, fait courir tous les festivaliers…

1979 Françoise Sagan, so chaos. L’auteur de Bonjour tristesse, alors présidente du jury de la 32e édition du Festival, affirme que les jurés auraient subi une forte pression de la part de la direction du Festival pour voter Apocalypse Now. D’où une Palme d’or, ex-æquo avec Le Tambour de Volker Schlöndorff. Pour se venger, le Festival ne rembourse pas à l’écrivaine ses notes de frais d’environ 1 500 euros. Too much chaos.

1982 Yılmaz Güney reçoit la Palme d’or ex-æquo pour son film Yol et sous les yeux très attentifs de la police cannoise. Il faut dire que le réalisateur turc a écrit le scénario de son film en prison et dirigé le tournage pendant sa détention en donnant des indications à son assistant. Yılmaz Güney réussit à gagner clandestinement Cannes après s’être tout simplement évadé de la prison turque où il était détenu…

1983 Refusant de jouer le jeu du photoshoot matinal, Isabelle Adjani devient le Moïse du tapis rouge: tout le monde s’écarte, les photographes éteignent les flash et posent leur appareil. Grève chaos.

1985 Venu pour présenter Detective, Jean Luc Godard se fait entarter, comme ça, pour le fun. Savourant la crème du bout des doigts, il se dit que finalement «ça rappelle le cinéma muet». Smooth creamy Chaos.

1987 Maurice Pialat est accueilli par les sifflets des journalistes lorsqu’il reçoit la Palme d’or pour Sous le soleil de Satan, face au favori Les Ailes du désir de Wim Wenders. Pialat lance alors une réplique devenue culte au public: « Je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m’adressez. Et si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus »

1988 Luc Besson présente Le Grand Bleu avec toute son équipe (et des costumes parfaitement dans le ton pour appuyer le coup marketing). La critique descend le film en flèche, c’est le début d’une longue histoire de désamour entre le réalisateur et la presse. Mais pas avec le public puisque Le Grand Bleu fait plus de 9 millions d’entrées au box-office…

1991 «Mesdames Messieurs, Made Onna!». Entre le peignoir satin et la geisha artisto, Madoche drague la foule sur la montée des marches et déballe la marchandise une fois en haut: un corset jeanpaulgautierisant et (i)conique qui fait crier de plaisir les vautours lubriques. So Mado.

1991 (encore) Roman Polanski, Président bougon, n’aime aucun des films en compétition excepté Barton Fink. Et il le kiffe tellement, qu’il arrosera la dernière réunion du jury d’un bon litre d’alcool pour pouvoir primer ni vu ni connu et à loisir le film des frères Coen. Notre Lars Chaos récolte tout de même le prix du jury (mais ex-aecquo) pour Europa, félicitant alors «le nain et le reste du jury».

1994 Alors que la Deneuve rêve d’une palme confortable et bienséante (Moretti était dans le viseur), Eastwood sort l’artillerie lourde et opte pour un choix décisif (et il avait bien raison): c’est Pulp Fiction qui repartira avec le big price. Bienheureux, Tarantino est accueilli par une douce voix féminine beuglant «QUELLE DAUBE, PUTAIN FAIS CHIER». Action réaction: un petit fuck rigolard. Finalement, on dirait quand même un film de QT (sans le gore).

1995 Theo Angelopoulos attend patiemment la Palme d’or, vissé dans son fauteuil, serein et convaincu. WRONG. Le regard d’Ulysse ne récolte «que» le prix du jury. Tirant une gueule de 3 mètres de large, traînant la patte, le vilain décoche «j’avais préparé un discours pour la palme d’or, je l’ai oublié, merci au revoir». Grumpy chaos.

1996 Adaptant une fois de plus l’inadaptable avec Crash, Cronenberg subit évidemment une incompréhension généralisée. En sortant de la salle, Jacqueline se dit «quelle horreeeeur» en relevant son petit sac Dior et Marie Chantal s’exclame de son côté: «c’est une honte, c’est plus violent que des revolvers». Prix spécial du jury quand même. Et toc Marie Chantal.

1997 Assassin(s) déplaît. Beaucoup. Vraiment. Un journaliste le sacrera même de «film le plus nul de l’histoire du cinéma».

1998 Lars Von Trier secoue l’audience sans peine avec Les idiots. Il faudra cependant dégager le critique Mark Kermode de la projection, bloqué sur son cri de guerre «il est merde!». Bad french chaos.

1999 Hilarious Sophie Marceau qui arrive pour remettre la Palme d’or. Débordée, confuse, au-dessus du sol, comme en plein film de Zulawski. Le discours s’allonge, fait un petit détour du côté du social, s’égare. La salle écoute, s’impatiente, siffle. Vite vite, on passe à autre chose. Chaos Soso un peu quand même.

La même année, une bronca accueille les choix du jury présidé par David Cronenberg: la Palme à Rosetta des frères Dardenne, trois prix à L’Humanité de Bruno Dumont, et un accessit seulement pour Tout sur ma mère d’Almodovar, alors chouchou de Cannes. Cronenberg ne présentera pas de film en compétition en 2017.

2001 Mulholland Drive aurait pu, aurait dû, repartir avec la palme mais rafle juste le prix de la mise en scène face au ronflant La chambre du fils. La pianiste repart au moins avec trois prix, dont celui de la meilleur actrice pour Queen Zaza en prof de piano sm qui sniffe des mouchoirs de sperme. Trop chaos, trop zaza.

2002 Irréversible déboule à Cannes, boumbadaboom. Les backrooms du Rectum, l’extincteur, le viol dans le tunnel: effet chaos garanti. «C’EST SCAN-DA-LEUX»: le cri est lâché. «On comprend rien, ça tourne». Ah oui mais encore? «C’est pire que d’être sur un bateau». Vraiment? «Viens me voir, t’es une merde Noé!» ah bon ok.

2003 The Brown Bunny choque aussi bien en raison de sa pipe non simulée que de ses errances contemplatives. Bien lancé, le critique Roger Ebert le considérait comme «le pire film de l’histoire cannoise», avouant avoir même chanté durant le métrage pour combler son ennui. S’ensuivra un fabuleux duel de crasse en lui et Gallo qui se conclura sur cette phrase: «Une fois j’ai vu la vidéo de ma coloscopie, et c’était sans doute plus palpitant que The Brown Bunny». Mean Chaos.

2005 Tout va bien Sophie?

2009 Antichrist, chef-d’œuvre chaos thérapeutique et extrême, transforme le public en bêtes de cirque. L’effet Lars, l’effet Chaos Reigns. Zaza, présidente du jury, voudrait lui coller la Palme (et comme on la comprend!). Le film repartira avec un prix d’interprétation féminine. Bon.

2011 Pour présenter Melancholia, Chaos Lars ne fait pas les choses à moitié: un fuck aligné sur les phalanges, il distille son humour larsien dans une projection de presse houleuse. Alors que Kirsten Dunst ne sait plus où se mettre, Lars évoque ses «origines nazies» le sourire aux lèvres. Résultat: persona non grata sur la Croisette.

2013 Année de La vie d’adèle bien sûr, mais année Afida Turner aussi.
«THE SHOW MUST GO ON BANDE DE BÂTARDS»

2014 Vous ne retiendrez jamais son nom et finalement, ce n’est pas si grave: Vitalii Sediuk est un «journaliste» ukrainien qui s’est fait une spécialité: toucher, pardon, agresser les stars dès qu’il en a l’occasion. Sur les marches de la croisette, il se glisse sous la robe d’America Ferrera et se fait dégager fissa. Emmerdeur chaos.

2015 De la 3D, du sexe non simulé, de l’amour, du Gaspar Noé: Love est attendu au tournant. Mais finalement le scandale, c’est le non-scandale: plus personne ne s’offusque du cinéma abrasif du bonhomme. Les temps ont visiblement changé. Quant à Soso, elle reste cool.

2016 Les viols de Zaza chez Paulo (Elle) et la sodomie gérontophile (Rester Vertical) ne choquent plus vraiment. Par contre, Xoxovier Dolan vit mal la réception clivante de Juste après la fin du monde après l’accueil hystérique de Mommy. Il repartira (miraculeusement) avec le Grand prix du jury et séchera un peu ses larmes.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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