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Published on octobre 12th, 2017 | by Matthieu Rostac

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« BLADE RUNNER 2049 »: SYLVIA HOEKS, I NEED MORE LUV

On attendait (bon, j’attendais) Mackenzie Davis dans Blade Runner 2049, on a eu Ana de Armas et Sylvia Hoeks. La seconde incarne Luv, qui restera le grand personnage du film de Villeneuve, celui qui cristallise tous les questionnements tout en révélant une actrice plus douée qu’il n’y paraît. ATTENTION SPOILERS.

La première fois que j’ai rencontré Sylvia Hoeks, c’était lors du visionnage de la comédie hollando-goofy Bro’s Before Ho’s (2013). Dans ce troisième film du duo Steffen & Flip – au passage, l’auteur de cet article vous recommande chaudement Ron Goossens Low Budget Stuntman (2017), leur dernier film et un peu moins leurs multiples New Kids – Sylvia incarne Anna la principale “ho” du film pour laquelle deux frères se disputent. Dans cette comédie où le potache, les zizis, l’alcool et les références nerds ont droit de cité, Hoeks est une sorte de corps étranger, présentée comme une sorte de fantasme ultime pour mecs en rut. Et, paradoxalement, elle illumine l’écran, dégrossit ce long-métrage finalement un peu trop rempli de couilles.

Et puis… Plus rien au cinéma, ou presque, pour Sylvia. Ses rôles les plus importants aux Pays-Bas commençaient à dater – De Storm (Ben Sombogaart, 2009), Tirza (Rudolf van den Berg, 2010) – et cette dernière s’était tournée vers la télévision avec les séries Bloedverwanten et Overspel. Quelle ne fut donc pas ma surprise de retrouver l’actrice néerlandaise au générique de Blade Runner 2049! En donnant la réplique à des pointures comme Ryan Gosling, Harrison Ford, Robin Wright (mais pas Jared Leto, faut pas déconner non plus), de surcroit face à la grosse machinerie vrombissante de Denis Villeneuve, on aurait pu imaginer le pire ou que sa seule présence au générique devienne un pied de nez à Rutger Hauer, son compatriote, à jamais vaisseau du personnage de Roy Batty. Et, paradoxalement, elle est l’une des plus grandes réussites de ce sequel, comme le fut Hauer dans le premier volet de 1982.

Avec celui de Joi, son personnage faussement grossier de Luv est probablement l’un des mieux écrits de Blade Runner 2049, l’un des mieux incarnés aussi. Alors que nombre d’entre eux ne sont que de tristes adjuvants à la plus-value contestable – Robin “joue-là comme Claire Underwood” Wright, la tristement sous-employée Mackenzie Davis ou encore “Kikoo c’est moi, Hiam Abbass” – Sylvia Hoeks soulève beaucoup de questions par sa simple interprétation. On la sent contraint d’exécuter des ordres de Jared Leto, parfois à contrecœur, tout du moins avec une forme de doute, tout en jouant à son tour les démiurges destructeurs de ce monde en décrépitude, depuis son palace pharaonique. La scène de contrôle du drone, où elle guide à distance Ryan Gosling, matant au passage la rébellion nonchalamment assise dans un fauteuil, est vertigineuse et rappellerait presque les scènes de rêve de La Jetée (Chris Marker, 1962).

Aux États-Unis, beaucoup ont évoqué une prestation monstre de Hoeks avec, toujours, cet argument itératif de la transformation physique – han, elle a pris 8 kilos de muscles, c’est ouf! Or, Luv est bien plus que ça. Certes, ses clés de bras et sa frange parfaite lorgnent plus du côté de Tura Satana dans Faster, Pussycat! Kill! Kill! (Russ Meyer, 1965) que de celui de Rachel, le replicant féminin originel de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) campé par la fragile Sean Young. Alors que Rachel veut croire en l’humain – théorie malheureusement détricotée dans le sequel – Luv exprime, elle, tout son dégoût envers ce genre qui, tel Icare, court à sa perte pour avoir trop voulu se rapprocher des astres. Et, paradoxalement, le personnage de Sylvia Hoeks est celui qui renvoie le plus d’humanité, à l’image de cette scène finale où elle pousse son dernier souffle, tuée par sa propre espèce, après s’être battu contre sa propre condition, ses propres doutes. Et puis, n’y a-t-il pas plus tragique et terrestre qu’une mort par noyade?

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Parce qu'il n'a aucunement le bras long dans le cinéma, il a décidé d'être une petite main du chaos.



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