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Published on octobre 10th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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BLADE RUNNER 2049 : AVIS À FROID

BLADE RUNNER 2049 divise. Entre ceux qui adorent et ceux qui rejettent, le block-buster mélancolique fait réagir. Quatre journalistes nous donnent leurs points de vue, reflétant bien la pagaille émotionnelle provoquée par ce bloc de plus de 2 heures trente.

BLADE RUNNER 2049 VU PAR…

GÉRARD DELORME
«Je persiste à penser que le premier Blade Runner était rendu mille fois plus excitant par la question de savoir si Deckard était ou non un réplicant. La réponse n’a aucune importance et, encore aujourd’hui, chacun est libre d’interpréter le film comme il veut. Mais ce qui rend le second intéressant, c’est précisément de prolonger cette ambiguïté, de jouer avec elle en permanence, et de construire autour une mythologie forte. Difficile d’aller plus loin sans révéler des choses, mais le scénario est quand même beaucoup plus subtil que son apparence trop lisse et formatée ne laisse supposer.»

JEREMIE MARCHETTI
«Villeneuve était l’homme de la situation, c’est une certitude. Il a cette maturité, cet attachement à l’image, ce sérieux, ce goût pour ce qu’on considère comme le minimalisme spectaculaire. C’est l’homme qu’il fallait. Mais après coup, on se dit qu’on aurait pu se passer d’un machin pareil, diablement beau c’est certain, mais dont tout ce qu’il a de meilleur appartient au premier film. On évite de justesse la suite déguisée en remake (mais ne serait-ce pas l’inverse au fond?), on respecte l’univers, on fait ce qu’on peut pour le rattacher au précédent opus, quitte à offrir un scénar parfois franchement con. Tout ce qui a attrait à la solitude et à la love story 2.0 vient de Her: c’est charmant, un peu cute surréaliste sur les bords (un androïde amoureux d’un hologramme?), mais ça n’arrive pas à excuser tout ce qu’il y a autour. Roger Deakins fait un boulot formidable (encore heureux), Gosling essaye de s’énerver et ça ne marche pas. On sort Harrison Ford de la maison de retraite et c’est triste. Tout le cast féminin est chouette, en particulier une méchante très méchante et Mackenzie Davis qui évoque évidemment Daryl Hannah. Mais ce ne sont que des jolies choses contrebalancées par des moins bonnes, entre un Jared Leto pédant et des longueurs trèèèèès longues. Mais le pire, l’impardonnable, c’est de refaire la scène des larmes sous la pluie version flocon de neige, comme si Villeneuve tentait désespérément de retrouver en catastrophe la mélancolie dévastatrice du premier film, soit le pire fan service imaginable. Plus jamais ça Denis!»

ALEX MASSON
«Qu’est ce que j’ai vu? Une suite à Blade Runner ou un film de Denis Villeneuve? A vrai dire je n’en sais encore rien. Mais ça reste forcément un peu déceptif quand l’attente était plus du côté de la première option et que le ressenti tire plus vers la seconde. L’impression d’un film qui n’a pas eu d’autre choix que de ménager la chèvre et le chou, devoir rentrer dans un cahier des charges de blockbuster (certains ressorts de scénario ultra-basiques, le quota de scènes d’actions certains personnages -Wallace, la patronne de la police, la leader de la «résistance» – bien plus fonctionnels que nécessaires ou intéressants) tout en voulant en sortir (le rythme, le visuel). Mais quelques jours après la séance, des pistes parallèles au récit central – qui m’intéresse de moins en moins au gré de la progression du film – persistent à me marquer, me passionner. Le personnage de Joi, et sa quête absolue d’incarnation alors qu’ontologiquement c’est l’être le plus désincarné, menant aux seules scènes qui m’ont bouleversé. Ou la part presque kamikaze d’un film qui résout rapidement les énigmes du précédent, en se foutant quasi d’emblée de qui est un robot ou qui ne l’est pas, en. En évacuant le mystère qui aurait pu faire tenir le film en haleine, il dénude presque totalement le grouillement de départ (qu’est ce qu’on voit excepté de la brume et de la poussière ici? Une esthétique du vide qui devient une vitrine empêchant toute immersion) pour tendre vers un débat philosophique sur la valeur, le sens des images et leur croyance. Sauf qu’entre ces belles idées et moi, s’interpose le poids d’une industrie de cinéma et ses impératifs de spectacle comme de rentabilité. A force de brider tout contact ou émotion, il me laisse dans la même position que Deckard dans la toute dernière image: dans l’impossibilité d’aller embrasser un film que je voudrais adorer mais qui a posé des cloisons qui le mettent sous cloche, empêchent de le rejoindre»

MATTHIEU ROSTAC
«Nous sommes mardi, j’ai vu Blade Runner 2049 samedi. J’ai retourné la question dans tous les sens, ma copine me l’a demandé à maintes reprises… Je ne sais toujours pas ce que je pense de Blade Runner 2049. Tout du moins, pas complètement. Les attentes étaient hautes, peut-être trop si l’on part du fait que je considère Blade Runner comme le meilleur film de science-fiction de tous les temps – à condition qu’Alien soit le meilleur film d’horreur, sinon ça change tout. Je m’attendais forcément à ne pas retrouver la qualité du matériau originel, quasi-inatteignable.
Le film est beau, c’est vrai. Denis Villeneuve et Roger Deakins, c’est un peu la dream team de la grandiloquence visuelle. Mais ce qui faisait également la beauté du film de 1982, c’était la beauté de sa géographie. Le Los Angeles de 2019 est identifiable, son espace diégétique aisément lisible, tandis que celui de 2049 s’articule sur des lieux indépendants les uns des autres et pas toujours déchiffrables (la scène de fin en est l’exemple parfait). Ceci posé, Blade Runner 2049 n’est pas un film d’une beauté creuse, seulement sous-employée. Cela a sans doute à voir avec le fait que le film de 1982 était une histoire “d’intérieur”, se déroulant majoritairement entre les murs ou sur les toits de Los Angeles, tandis que celui de 2017 joue beaucoup plus sur la prise avec l’environnement extérieur (alors que les meilleures séquences sont paradoxalement celles qui se déroulent entre quatre murs). Blade Runner est urbain, Blade Runner 2049 désertique, d’une certaine manière.
Vient ensuite la réflexion sur ce que cela signifie d’être humain (le libre-arbitre? Les souvenirs? La paternité? Traverser des murs sans une égratignure?), qui elle est un peu plus dérangeante car cristallisée par Jared Leto, sans doute le personnage le plus pauvre – et inutile – du film. Pendant que des réplicants plus humains que jamais errent dans une Californie post-apo, lui est présenté comme un démiurge obsessionnel rongé par le transhumanisme dans sa tour d’ivoire. Or, son seul dessein dans le film est de lâcher quelques éléments d’intrigue pour avancer jusqu’au dénouement. Quant à Ryan Gosling, sa quête n’est qu’un whodunit de polar alors qu’elle aurait pu être bien plus honorable. Heureusement, il y a Sylvia Hoeks pour rehausser le niveau, même si elle n’a pas la profondeur de son compatriote Rutger Hauer et même si animée par un trick déjà vue dans Prometheus: la véritable humanité, celle qui se bat contre les éléments, se trouve dans l’actrice la moins expressive du film.
Certains diront que comparer Blade Runner et Blade Runner 2049 est une erreur. Je leur rétorquerais que considérer Denis Villeneuve comme l’unique responsable de que certains appellent une beauté creuse – le procès d’intention envers le réalisateur canadien n’a jamais été aussi exacerbé – l’est aussi. Villeneuve n’est pas un élève d’auto-école à qui on aurait donné une Porsche et Blade Runner 2049 est ponctué d’un vrai savoir-faire de réalisation, d’un vrai filmmaking. On lui reprochera seulement d’être tombé dans la facilité quand il a fallu faire revenir une Sean Young sortie tout droit du film de Ridley Scott, scène superflue s’il en est. Bref, nous sommes mardi et je ne sais toujours pas quoi penser de ces 2h45 de péloche. Elles seront sans doute réévaluées d’ici quelques années, dans ma vidéothèque personnelle comme en général.»

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