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Published on avril 17th, 2014 | by Romain Le Vern

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Asia Argento est fatiguée de ressembler à elle-même

Asia Argento n’aime pas que les films de son père. Elle avoue ne jamais s’être remise de Out of the blue, de Dennis Hopper, manifeste punk dont le titre ne vient pas d’un album d’Electric Light Orchestra mais d’un morceau de Neil Young intitulé « Hey hey my my » en hommage à Johnny Rotten. La musique et le cinéma sont ses deux centres d’intérêt : lorsqu’elle ne tourne pas, elle mixe. Son itinéraire est connu de tous, mais il est toujours amusant de le reconstruire avec un regard actuel. Fille unique de Dario Argento, réalisateur italien des frissons de l’angoisse, Asia commence dans Demons 2, de Lamberto Bava à seulement 11 ans. Après, son père l’engage dans ses propres films, la façonne comme une muse inspiratrice. On ne la retrouve pas nécessairement dans la meilleure période du père (Trauma, Le fantôme de l’opéra) même si elle est présente dans Le syndrome de Stendhal. C’est ce sens de la famille qui lui a donné envie de participer à Mother of tears, la conclusion d’une trilogie commencée avec Suspiria et Inferno qui ne vaudrait rien sans sa valeur affective (les présences de Udo Kier et de sa mère Daria Nicolodi. Par la suite, elle enchaîne, rebondit, continue d’expérimenter des univers, dans Last days, de Gus Van Sant, errance fantasmagorique où un Kurt Cobain vivait les derniers jours neurasthéniques du grunge dans une maison lugubre cernée par des fantômes mentaux ; ou encore dans Land of the dead, le quatrième volet des aventures zombies de George Romero. BREF SES FILMS PARLENT POUR ELLE MAIS EN INTERVIEW ELLE EST BIEN CANON AUSSI !

Dis donc, Asia, dans Boarding Gate, tu es hyper sexy.
Asia Argento : Ça vient du scénario. Mon personnage était écrit comme ça. Dans la première partie du film, je ne me trouve pas belle. De toute façon, je ne me trouve jamais belle. Dans la seconde partie, j’ai un visage fatigué, laminé. On ressent la fatigue de mon personnage.

Tu connaissais les acteurs avec lesquels tu allais jouer?
Asia Argento : Je connaissais Alex Descas. Je l’avais repéré dans les films de Claire Denis. Notamment J’ai pas sommeil et Trouble Every Day. Je savais qui était Michael Madsen. En revanche, je ne connaissais aucun des acteurs asiatiques.

La bande-son du film est excellente. Tu y as participé?
Asia Argento : Non, pas du tout. Je ne savais pas quelle musique Olivier Assayas souhaitait pour son film. Même Olivier quand il tournait le film ne savait pas quels morceaux il voulait. Lui-même, il disait sur le tournage que c’était la première fois que ça lui arrivait.

En ce moment, tu écoutes quoi?
Asia Argento : Actuellement, je suis fan de Lou Christie, un chanteur des années 50. Un artiste obscur parce qu’il n’est pas connu. Sa musique est joviale mais elle cache quelque chose de très mélancolique. Personne n’imagine que j’adore Bobby Vinton. Rien ne me plaît plus que les crooners qui chantent des histoires d’amour tristes.

Est-ce que tu aimes le folk?
Asia Argento : Je ne déteste pas. Je le place au même niveau que la country. Ce sont des genres que j’apprécie, sans réellement les connaître. Le seul style de musique que je déteste, c’est le r’n’b, notamment celui des années 90, et l’eurodance commerciale comme David Guetta en fait aujourd’hui. Enfin, je dis David Guetta mais je ne connais même pas la musique de David Guetta. En fait, quand j’essaye d’expliquer à une personne le genre de musique que je n’aime pas, elle m’a dit: «comme David Guetta». J’aime bien la musique «boom boom», c’est pas la question. J’en passe moi-même en tant que dj. Mais toute la dance qui rime avec commercial, je ne suis pas fan. La dance d’aujourd’hui car la dance d’avant a des qualités. C’est comme le disco aujourd’hui. Je préfère le disco des années 80.

Pourtant, tu mixes essentiellement du punk, non?
Asia Argento : Quelques fois, oui. Mais je passe aussi beaucoup d’acid que je mélange avec le punk et le rock. Je mets un peu ce que je veux. Vu que ce n’est pas mon boulot à la base, je me permets un peu tout. De toute façon, je pense que même si je mixe mal, les gens seront contents (rires). Si j’étais seulement dj, je pense que ce serait une autre histoire.

Existe-il d’autres formes d’expressions artistiques que la musique et le cinéma que tu aimerais explorer?
Asia Argento : Il y a tant de choses que j’aimerais étudier. Je joue un peu de la batterie mais je rêverais de savoir jouer d’un instrument. Quand j’étais plus jeune, je faisais un peu de journalisme et j’aimerais beaucoup être de l’autre côté, à interviewer les stars. A l’époque, je faisais des interviews des artistes que je voulais. Ce serait intéressant d’interviewer des gens qui ne m’intéressent pas. Histoire de voir s’ils valent mieux que ce que tu pensais. Ça doit sans doute arriver avec moi aussi…

Tu as été journaliste à quel âge?
Asia Argento : J’ai fait ça alors que j’avais seulement 19 ans. J’avais déjà une carrière de cinéma derrière moi. Les gens s’imaginent que j’ai commencé le cinéma avec mon père alors que j’étais dans le milieu depuis plus longtemps. J’écrivais à l’époque pour quelques magazines. Je proposais des interviews de Metallica et Harmony Korine. Je les ai toutes faites.

Faut-il voir une évolution quand tu passes de Scarlet Diva à The heart is deceitful above all things?
Asia Argento : Oui. D’ailleurs, je ne sais pas si j’ai envie d’en réaliser un troisième long métrage. Si je trouve une histoire qui vaille la peine de faire une transition et de donner deux trois ans de sa vie, alors oui, je ferai un troisième film. Sinon, non. Je suis toujours confrontée à des choix cornéliens. J’aimerais faire plein de choses en même temps et à chaque fois, j’en néglige certaines. Je me réfère souvent au mythe de Sisyphe qui veut que l’on pousse une pierre et qu’une fois arrivé au sommet d’une montagne, elle te retombe dessus.

Pour revenir à Boarding Gate, comment as-tu travaillé la grande scène avec Michael Madsen d’embrasement sensuel où tout repose sur la manière dont vous vous regardez, vous bougez et finalement vous dévorez?
Asia Argento : C’est lui qui me dévore. Non, en fait, c’était cinquante cinquante (elle rit). Nos rapports étaient très violents. Quand je tournais chez moi, après le tournage, je pleurais souvent parce que je sentais encore la violence sur moi. Michael et moi sommes au bout de ce qui était écrit dans le scénario. La manière dont Olivier travaille les mouvements de caméra montre que tout était écrit et millimétré. On tournait dehors, très tard. On devait faire attention aux voisins. Nous étions sur une terrasse et on ne voulait pas qu’ils découvrent ce que nous faisions. Heureusement, personne ne nous a vu et nous n’avons pas eu de plaintes. Mais j’imagine que si les voisins avaient vu ça, peut-être qu’ils se seraient mis à la fenêtre pour nous applaudir (rires). Physiquement, Michael était très dur. Il ne faisait pas semblant. Je ne sais pas si tu te souviens de la scène où je cogne ma tête contre la vitre de la voiture. Toutes les fois où je me fais mal sur un plateau, je ne dis rien. En rentrant, je me souviens avoir pleuré. Quand tu joues des émotions comme ça, ce sont des émotions réelles, physiques. Quand on rentre chez soi, on ne peut pas s’en débarrasser.

Tu souffres beaucoup quand tu fais des films?
Asia Argento : Si je dois souffrir, je souffre. C’est pour cette raison que je devrais faire plus de comédies.

Dans Go-Go Tales, d’Abel Ferrara, tu es plutôt désopilante quand tu roules une pelle à un chien.
Asia Argento : Cette scène s’est retournée contre moi. Si je savais que ça provoquerait un tel choc général, je me serai abstenue. Le film ne se résume pas à cette scène. Il est beaucoup plus complexe. Or, les médias n’ont parlé que de cette séquence. Avec le recul, je regrette car je ne pense pas qu’elle soit nécessaire au film. A l’origine, ce n’était pas écrit dans le scénario. C’était naturel et rigolo. Je n’ai pas mesuré les conséquences. Si je n’étais pas tout le temps en transe quand je tourne, peut-être que j’y aurais pensé à deux fois avant de la faire. En Italie, la presse a trouvé ça répugnant. Je ne suis pas adepte de zoophilie.

Comment s’est passé le tournage avec Abel Ferrara?
Asia Argento : Je n’étais présente que deux jours. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est très difficile de travailler avec lui. Mais si tu donnes tout et que tu comprends sa façon de procéder, il te libère. Pour Une vieille maîtresse, Catherine Breillat a dit qu’elle me voulait pour posséder ma personnalité. Elle a fait un peu ça voire même plus. Elle a pris mon cœur, mon corps et un petit bout de mon âme.

Est-ce que des univers de cinéastes t’intéressent?
Asia Argento : Oui. Mais je ne suis pas du genre à aller réclamer pour être à tout prix dans un film. Lorsque je suis passée à la réalisation, j’ai vu tellement d’acteurs qui sont venus me solliciter pour être dans mon film que ça m’a renvoyé un miroir désagréable sur ce que je ne voulais pas faire. Cette expérience m’a fait comprendre qu’il fallait mieux que j’abandonne ces ambitions. Je ne me projette pas dans les films des autres.

Dans ta filmographie, y a-t-il des films que tu regrettes d’avoir fait?
Asia Argento : Je ne suis pas nécessairement fière de tous mes films. En même temps, je ne regrette rien. En tant qu’actrice, j’essaye toujours de comprendre ce qu’un réalisateur désire. En revanche, je regrette beaucoup d’avoir fait Le livre de Jérémie. L’histoire était trop forte et tout ce qui s’est passé par la suite avec JT Leroy m’a un peu dégoûtée. Durant le tournage, les enfants n’ont pas souffert mais voir cette histoire avec des enfants qui souffrent à ce point m’a fait très mal. Je pensais pouvoir faire quelque chose qui pourrait aider quelques uns. Je voulais parler de la violence contre les enfants. C’est quelque chose que je ne supporte pas. En même temps, je n’avais pas réfléchi à ce que l’impact de cette histoire pourrait créer dans ma vie personnelle. Les gens ont confondu la vie de mon personnage avec la mienne. Cette rumeur a considérablement pourri ma vie.

Est-ce pour cette raison que tu ne veux pas faire de nouveau long métrage?
Asia Argento : Oui. Faire ce film et devenir ce personnage de mère ignoble m’ont considérablement traumatisés. J’ai travaillé tellement longtemps avec les enfants dans ce film. Pas sur le scénario mais à se connaître. Ça me fait mal quand je repense à eux. A la longue, je me dis que ça ne sert plus à rien d’avoir des sentiments pour ceux avec qui on tourne (au bord des larmes).

Tu veux qu’on fasse une pause?
Asia Argento : Oui. Tu as une cigarette?

(…)

On reprend. Tu as un problème avec l’image que tu renvoies aux autres?
Asia Argento : Je pense à Béla Lugosi. Tout le monde disait qu’il était creepy et qu’il dormait dans un cercueil. On devient l’image que les autres projettent sur soi. Toujours, dans ce milieu, j’ai essayé de garder ma fragilité. Surtout, en ce moment, en Italie, avec ce qu’il vient de se passer. En France, je suis appréciée pour les bonnes choses. Mais ça m’emmerde que l’on me résume à une icône trash. En français, «trash» signifie «poubelle». Et je ne me sens pas «poubelle». Je suis quelqu’un de très libre dans mon travail. Je suis dans les films tout ce que je ne peux pas être dans la vie. Quelque fois, je m’imagine que les gens peuvent être déçus en me rencontrant si je ne suis pas dans la vie ce que je suis dans mes films.

Tu souffres donc de cette image.
Asia Argento : Oui, d’autant que j’ai crée cette image. Avant ça, les gens ne m’appréciaient pas pour ce que j’étais. Je me suis crée une image à la fin de mon adolescence, alors que je n’avais que 17-18 ans. Les gens ont beaucoup aimé ce caractère. Donc je suis devenue cette image dans la vie. C’est très difficile de se mettre un masque. Bret Easton Ellis a dit: «c’est douloureux de devoir payer nous-mêmes le billet d’entrée pour notre spectacle». Par moments, je me sens spectatrice de mon propre spectacle.

Dans Boarding Gate, tu bouscules cette image. Tu es une héroïne blessée avant d’être une héroïne trash.
Asia Argento : En Italie, quand ils voient Boarding Gate, ils disent que je suis call-girl et que j’aime me masturber à l’écran. Les gens ne s’attachent qu’aux apparences. Si quelqu’un n’a pas envie de gratter la surface et de voir ce qui se trame au-delà, c’est son problème et ça l’amènera à penser que je ne suis qu’une image trash. Rien de plus.

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C’est en découvrant la scène où le renard prononce un sublime « le chaos règne » dans « Antichrist » de Lars Von Trier qu’il a eu l’idée de créer ce blog.



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