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Published on mars 19th, 2017 | by Jean-François Madamour

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Amazon vs Netlix, soit Leos Carax vs Bong Joon Ho

Le magasin en ligne Amazon, de plus en plus un acteur de poids dans l’industrie du cinéma, va distribuer le premier film en anglais du réalisateur français culte Leos Carax, Annette, avec Adam Driver. La concurrence avec Netflix qui détient les prochains Scorsese et Bong Joon Ho, s’avère rude. On en verra très certainement l’impact au prochain Festival de Cannes

Une source proche du diffuseur internet a confirmé que Amazon avait acheté les droits pour l’Amérique du nord d’Annette, un « opéra rock » qui raconte l’histoire d’amour dramatique entre une chanteuse d’opéra et un acteur de théâtres d’improvisation. Rooney Mara devait initialement jouer dans le film mais d’autres engagement l’ont forcée à se retirer du projet. A noter que Rihanna ne fait désormais plus partie de l’aventure.
Le tournage du sixième long-métrage de Carax doit démarrer prochainement et se dérouler dans plusieurs pays. Ce drame musical, dont la sortie est programmée pour 2018 d’après le site spécialisé Imdb, doit comporter des chansons du groupe de rock Sparks. « Je suis confiant, ce film (qui est peuplé de fantômes) sera envoûtant, noir et cruel, mais aussi drôle et joyeux et saura s’inscrire dans la riche histoire d’amour entre le cinéma, la musique et les voix », avait déclaré en janvier le cinéaste de 56 ans dans un communiqué.
Amazon devient de plus en plus, comme son concurrent Netflix, un studio de cinéma à part entière: le géant du commerce en ligne a vu deux de ses films repartir avec un total de trois statuettes lors des derniers Oscars, Manchester by the Sea (meilleur acteur et meilleur scénario) et Le Client, couronné meilleur film en langue étrangère. Ses séries Transparent et Mozart in the jungle ont également reçu plusieurs Golden Globes et Emmy Awards.
Passés à la production de séries en 2013, Amazon et Netflix se sont résolument tournés vers le cinéma en 2015. Considérés jusque-là exclusivement comme des acteurs de second rang, qui achetaient les films après leur passage en salle, voire ailleurs en télévision, ils ont commencé à investir dans l’exclusivité des droits. A tel point qu’aujourd’hui, les deux plateformes sont devenues les premiers acquéreurs lors du festival américain du cinéma de Sundance.
Après avoir fait un chèque de dix millions de dollars pour Manchester by the sea l’an dernier, Amazon en a ainsi déboursés 12 en janvier pour s’assurer les droits de la comédie romantique The Big Sick. Netflix a lui payé 12,5 millions de dollars, selon la presse américaine, pour ceux de Mississippi, film dramatique situé dans le sud des États-Unis.

Verra-t-on les films Netflix et Amazon en salles?
Avec un budget consacré au contenu de six milliards de dollars pour 2017, en hausse de 20% par rapport à l’an dernier, Netflix déborde progressivement de plus en plus du contenu dédié à la télévision vers le cinéma. L’industrie de la télévision avait déjà largement fêté le passage de Netflix à l’âge adulte, en lui attribuant, depuis 2013, 17 Emmy Awards, les trophées américains du genre, dans des catégories majeures. En 2015, Amazon a suivi, avec ses cinq premiers Emmys. Mais le milieu du cinéma n’avait lui, pas encore consacré leur existence artistique. C’est désormais chose faite et l’on pourrait en voir les effets incessamment (regardez Irishman, le prochain projet Scorsese-De Niro, budgété à 100 millions de dollars et en exclusivité pour Netflix). S’ils s’appuient tous deux sur une base de diffusion en ligne par abonnement, Amazon et Netflix diffèrent sensiblement dans leur modèle économique du cinéma.
Le premier (Amazon donc) a choisi de distribuer d’abord dans les salles, à l’instar de Manchester by the Sea, avant de diffuser, dans un second temps, sur sa plateforme. Netflix, lui, voudrait proposer ses films en même temps en salle et en ligne, mais s’est heurté, à plusieurs reprises, aux distributeurs, qui craignent de voir leur modèle affaibli. Jusqu’ici, lorsqu’il a pu parvenir à ses fins, le groupe aux lettres rouges a dû se contenter d’une poignée de salles, ce qui ne constitue pas un vrai canal de distribution. Il a signé en octobre un partenariat, à ces conditions, avec la chaîne de cinémas haut de gamme iPic, qui ne compte qu’une petite centaine d’écrans aux États-Unis.
Reed Hastings, le directeur de Netflix, n’en démord pas, même si son approche en irrite plus d’un dans le monde du cinéma. « Les propriétaires de salles étranglent le cinéma », a-t-il lancé en octobre. « Il n’y a eu aucune innovation dans l’économie du cinéma ces cinquante dernières années ». De fait, Netflix a déjà diffusé le dernier grand prix de Sundance I don’t feel at home in this world anymore directement sur son portail. Idem pour les nouveaux longs métrages de Duncan Jones (Mute) et David Michod (War Machine). Idem encore pour Okja, le prochain Bong Joon Ho au joli casting (Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Lily Collins…), visible le 28 juin prochain sur Netflix. Sera-t-il pour autant visible dans nos salles hexagonales?
En choisissant cette ligne, le directeur général de Netflix se prive, pour l’instant, du succès qu’a connu Amazon avec Manchester by the Sea, une production de peu de moyens qui a déjà rapporté plus de 46 millions de dollars aux box-office nord-américain. Les effets de cette mutation et de ce nouveau mode de consommation des images cinématographiques seront visibles très prochainement, par exemple au prochain Festival de Cannes où l’on peut se demander si certains films Netflix seront accessibles pendant la plus grande manifestation consacrée au septième art. Sans doute, oui, cette année, pour marquer le coup. Mais pour combien de temps?

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