HELLO

Published on septembre 15th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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ALLÔ, C’EST LUCIANO TOVOLI

[HELLO] LUCIANO TOVOLI, adorable chef-opérateur pour Antonioni (Profession: reporter), Argento (Suspiria & Ténèbres) ou encore Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble & Police), a laissé un long message à la rédaction ce vendredi 15 septembre à 19h04.

«Bonjour à tous. Alors… Vous pensez que ma filmographie est formidable? Détrompez-vous, elle est surtout désespérante! Une fois, je voulais faire un film avec un jeune metteur en scène anglais formidable, très enthousiaste mais il ne connaissait pas tout ce que j’avais fait. Alors, pour bien faire, je lui ai amené toute ma filmographie, plusieurs pages, alors à la première il disait «Ah, vous avez fait ça, c’est intéressant!», puis à la deuxième «Ah ça aussi, c’est très intéressant!», mais je voyais que au lieu de s’enthousiasmer, il devenait livide. A la troisième page, il a eu peur. Du coup, je n’ai pas fait le film. Parmi les films pour lesquels j’ai assuré la lumière et que je trouve sous-estimés, je pense à Titus de Julie Taymor, une réalisatrice américaine formidable. Le film n’est pas complètement abouti, je crois qu’elle a voulu être trop expérimentale, elle vient du monde du théâtre. Certaines parties du film sont vraiment magnifiques, Anthony Hopkins y est très impressionnant. Je me souviens qu’au niveau du tournage, j’ai mis un peu de couleurs à la Suspiria dedans. De manière générale, j’aime chercher des expériences différentes, faire des choses extrêmes, je ne m’impose pas un style de photographie qui serait le mien. J’aime bien ne pas être reconnu en quelque sorte à travers un style. Je peux passer d’un reportage à un film plus abstrait, ce n’est pas un problème. Je ne suis pas un partisan de telle ou telle façon de filmer, je suis un partisan du cinéma, avec toute la complexité et la diversité que cela signifie.

Adolescent j’habitais la Toscane et au lycée, j’avais un professeur de dessin qui a commencé à nous montrer des films, ce professeur était très passionné de cinéma. Quand il a compris que nous n’étions pas doués pour le dessin, il a décidé de nous montrer de plus en plus de films, des grands films de l’histoire du cinéma. J’avais découvert le cinéma en allant dans les salles de la ville mais là j’ai appris à avoir un regard différent sur le cinéma. Et en même temps j’ai découvert, avec quelques copains qui faisaient de la photographie, les grands photographes tels que Henri Cartier-Bresson, qui est certainement l’artiste qui m’a influencé le plus dans mon choix d’emprunter cette voix là. Puis après je suis allé à Rome, on pouvait y étudier tous les métiers du monde là-bas, alors je me suis renseigné afin d’intégrer la fameuse école Centro Sperimentale di Cinematografia. J’y ai rencontré un ami chef opérateur cubain, le futur chef-op de Truffaut, Néstor Almandros, mais aussi deux écrivains qui allaient devenir très connus, Garcia Marquez, colombien qui a écrit Cent ans de solitude et Manuel Puig, qui a écrit Le baiser de la femme araignée. Il y a avait une très belle atmosphère dans l’école, très stimulante, grâce notamment à toutes ces personnes latino-américaines.

Puis j’ai eu mon diplôme où il y avait marqué «chef-opérateur». On nous a dit «oubliez le diplôme, allez travailler» et moi comme il y avait marqué chef-opérateur sur mon bout de papier, j’y croyais. Mais cela ne marche pas comme ça, pas plus hier qu’aujourd’hui. Pour être chef-opérateur, il faut faire des films, il faut se confronter à la réalité du travail. A l’époque l’on devenait chef-opérateur vers quarante-cinq ans, après une dizaine d’années comme cadreur puis assistant. A vingt-trois ans c’était inimaginable. Mais moi, tout naïf que j’étais, j’ai insisté pour faire mes premiers films en tant que chef-opérateur. Un ami m’a alors présenté un documentariste de grande valeur qui s’appelait Vittorio de Seta, qui avait gagné la Palme d’Or en 1955 pour son documentaire Isole di fuoco. Il partait en tournage pour soi-disant faire un documentaire, mais il avait besoin surtout de quelqu’un qui pouvait un peu tout faire, le son, la photographie, le machiniste, etc. Dans l’équipe nous n’étions que quatre ou cinq seulement et à la fin du tournage nous n’étions plus que deux, lui et moi! Personne n’a résisté à la tension de la montagne en Sardaigne. C’était un endroit très dangereux. Donc nous avons fait ce film, Les bandits d’Orgosolo qui est sorti au Festival de Venise en même temps que les films Il posto d’Emanno Olmi et Accatone de Pier Paolo Pasolini. Notre film était nommé pour le Lion d’Or et nous avons eu la récompense de la meilleure première œuvre. Le film a eu une certaine notoriété, moi j’y étais signalé comme cadreur, même si nous faisions un peu de tout. Mais les autres ne voulaient pas croire que j’avais fait la photographie du film, car j’étais trop jeune. J’ai travaillé ensuite sur quelques petits documentaires, je m’occupais de la photographie et de la caméra. Puis j’ai rencontré un réalisateur qui s’appelle Franco Brusati avec qui j’ai tourné en 1970 Les tulipes de Harlem, un petit film, mais surtout Pain et chocolat l’année suivante. A partir de là, les choses ont changé pour moi.

Antonioni et moi, c’est une longue histoire. C’est lui qui m’a téléphoné, je le connaissais comme cinéaste mais je ne l’avais jamais rencontré. En 1970 j’avais fait avec Vittorio de Seta, qui reste mon mentor dans ma première partie de carrière, Un journal de maître (Diario di un maestro) pour la télévision. Un film magnifique en quatre parties, un reportage sur la place d’une école de la banlieue romaine, assez violente déjà à l’époque. C’était une école très particulière qui s’occupait des enfants déscolarisés, qui avaient quitté le cursus normal. Des enfants que l’on avait jugés pas apte à poursuivre l’école normale. Et donc tous ces gamins turbulents ont été mis ensemble sous la coupe d’un maître qui avait d’autres méthodes d’enseignement. On a transformé la classe complètement et moi j’ai filmé, caméra à la main, l’évolution de cette méthode qui devait s’adapter aux difficultés rencontrées par les enfants. Ce film a eu un succès foudroyant, il y a avait quatorze ou quinze millions de spectateurs chaque dimanche tout de même! Tout ça pour vous dire qu’Antonioni avait vu ce programme avant de m’appeler pour me demander de le suivre… Votre messagerie est pleine, me dit-on. Je vous rappelle bientôt…»

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