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Published on août 27th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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ADIEU TOBE HOOPER (1943-2017)

TOBE HOOPER, réalisateur de Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist, est décédé à l’âge de 74 ans. La tronçonneuse de Leatherface est inconsolable, nous aussi.

FEAT. ALEXANDRE PONCET, STEPHANIE BELPECHE & JEREMIE MARCHETTI

Tobe Hooper est mort à l’âge de 74 ans à Sherman Oaks, en Californie. Une nouvelle disparition après la mort de George A. Romero à l’âge de 77 ans à la mi-juillet. Et c’est douloureux pour ceux qui ont vu et aimé ses films («on est Massacre à la tronçonneuse ou rien», nous racontait Quentin Dupieux) comme ceux qui ont eu la chance de le rencontrer (Tobe était profondément gentil, exquis en interview). Au lieu de céder à la sempiternelle bio psalmodiant ses films très connus par ici (Massacre à la tronçonneuse, Poltergeist, Le Crocodile de la mort, Massacres dans le train fantôme…), d’autant que nous sommes revenus sur son parcours lors de notre chronique de Massacre, nous avons voulu laisser la parole à trois journalistes ayant une histoire avec Tobe Hooper – ses films ayant présentement bouleversé leur parcours de cinéphile.



ALEXANDRE PONCET, journaliste Mad Movies

«Difficile de décrire mon état en découvrant Massacre à la tronçonneuse, d’autant que cette découverte fut particulièrement tardive.
Biberonné dès mes 8 ans aux films de Wes Craven, Sam Raimi, Stuart Gordon, Joe Dante et Paul Verhoeven, je passe de longues années sans pouvoir mettre la main sur une copie du chef-d’œuvre mythique de Tobe Hooper. Son cinéma, je le découvre chez mon oncle, dont la compagne cinéphile vient de louer Lifeforce. L’intrigue centrale a beau m’ennuyer au plus haut point, des séquences ressortent, étranges, apocalyptiques, sulfureuses. Les mois passent, et le style de Hooper ne cesse de me hanter. Au gré d’anciens numéros de Mad Movies achetés par correspondance, j’en apprends plus sur son œuvre, rêve de pouvoir contempler les créatures animatroniques réalisées par Stan Winston (et le duo Alec Gillis/Tom Woodruff Jr.) sur L’Invasion vient de Mars, et tombe avec stupéfaction sur des photos gorissimes issues de Massacre à la tronçonneuse 2. Indisponibles au vidéo-club du coin, la plupart des films de Hooper gagnent pour moi une aura inaccessible, à peine atténuée par quelques extraits glanés sur d’autres VHS de la collection Avoriaz, et des photos chocs publiées dans Mad ou Impact (dont une tête qui explose sur la lame d’une tronçonneuse, apparemment coupée du montage final). Mon attente est bientôt récompensée: je déniche enfin une cassette de Texas Chainsaw 2, et je ne peux croire ce que je vois. La photographie colorée, les cris assourdissants, le décor agrémenté de morceaux de cadavres, la romance baroque, les sévices inédits, l’humour abrasif, les seconds rôles puissants (Chop Top!), le duel de tronçonneuses, la musique expérimentale composée par Hooper lui-même et ce zoom arrière final où l’héroïne brandit une lame au sommet d’une montagne, alors que flotte au vent une bannière étoilée déchirée… Je suis stupéfait, et immédiatement accro.
Quelque temps plus tard, au lycée, un ami me prête enfin le Saint Graal: une VHS René Château de Massacre à la tronçonneuse. Je comprends rapidement que je ne suis pas en train de regarder un film d’horreur d’exploitation, mais bien une œuvre d’art radicale, dont la violence s’exprime autrement qu’en effusions de sang. Des images s’impriment instantanément dans mon inconscient. Le générique avec les flashs sur le cadavre en putréfaction. L’approche de la jeune femme en short rouge vers la maison. La découverte des os et des dents, sur fond de musique concrète perturbante, dans une des pièces de la demeure. Leatherface refermant une porte violemment, et le silence qui s’ensuit. Il émane du film une chaleur écrasante, et ses dilatations temporelles (de la nuit au jour pendant le dîner, sans raison logique) le rendent encore plus étrange. J’ai beau être confortablement installé dans mon salon, au fin fond de la campagne franchouillarde, je suis au Texas, suant autant que ce pauvre obèse traîné en chaise roulante par sa petite sœur.
En 2010, à L’Étrange Festival, je vois Massacre à la tronçonneuse pour la troisième fois de ma vie, dans une copie 35mm au format d’origine, permettant d’évaluer la portée esthétique de chaque plan. Couplé à Eggshells, diffusé juste après, le film se montre encore plus pertinent, cauchemardesque et «beau» que dans mon souvenir. Le moment est d’autant plus émouvant qu’une heure avant la projection, j’ai la chance de rencontrer Hooper en personne dans un salon du Forum des Images, pour une longue interview partagée avec un autre journaliste. Je m’attends à un caractère torturé et taciturne, mais découvre une personnalité incroyablement humble et chaleureuse. J’aurai d’autres occasions de croiser Hooper par la suite, mais ce rendez-vous en huis-clos restera gravé à jamais dans un coin de ma mémoire; le jeune cinéphile que j’étais, admirant dans son coin les grands maîtres du fantastique et de l’horreur, n’en espérait pas tant.»



STÉPHANIE BELPECHE, journaliste au JDD

«Des quatre maîtres de l’horreur qui ont marqué à jamais mon adolescence et ma cinéphilie, il ne reste que John Carpenter. Après Wes Craven et George Romero, au tour de Tobe Hooper de tirer sa révérence. Il avait 74 ans. Ce cliché évoque le souvenir de notre première rencontre à Paris pour la sortie de son film Mortuary en 2005. Je n’étais alors qu’une jeune journaliste très excitée à l’idée d’interviewer son idole. Mon rédacteur en chef de l’époque voulait absolument une photo de lui brandissant une tronçonneuse au beau milieu de la cour intérieure d’un palace cosy du 6ème arrondissement. Il ne s’est pas fait prier, et je n’ai pas résisté au plaisir de poser à ses côtés à la fin de la séance, me désignant naturellement comme sa prochaine victime consentante. Il était intarissable quand il s’agissait de raconter des anecdotes à propos de son chef-d’œuvre, Massacre à la tronçonneuse, sorti en 1974, l’année de ma naissance. Ma préférée reste celle concernant les ossements qui jonchaient le sol de la maison du tournage: d’authentiques squelettes humains exportés d’Asie car cela coûtait moins cher à la production que de s’en faire fabriquer des factices! Sans oublier ce moment-clé: le réalisateur faisait ses courses de Noël dans un centre commercial quand il a eu soudain une attaque de panique, coincé dans la foule. Il a alors rêvé de brandir une tronçonneuse pour se frayer un passage et sortir rapidement de cet enfer. Tobe Hooper était un homme d’une gentillesse, d’une générosité, d’une modestie et d’une bienveillance rares. Il avait aussi beaucoup d’humour! J’ai eu la chance de le revoir plusieurs fois, dont à Cannes le soir du 40ème anniversaire de Massacre à la tronçonneuse à la Quinzaine des Réalisateurs. Les larmes aux yeux et les poings levés au ciel comme Rocky Balboa, Tobe Hooper savourait la standing ovation et la ferveur intacte du public. C’est cette image que je garde de lui.»

JEREMIE MARCHETTI, journaliste Chaos Reigns
«Il a fallu que je redécouvre Texas Chainsaw Massacre en salles pour le comprendre, le ressentir. Jusque là, je le voyais assez souvent, et ça me laissait de marbre, sans trop savoir pourquoi. C’est sans doute aussi bien les conditions que la comparaison assez violente avec d’autres films de son époque qui m’ont sans doute permis d’y voir le travail extraordinaire d’Hooper à tous les niveaux. J’adore la suite aussi, qui a la bonne idée d’aller dans une autre direction: y’a une telle folie qu’on se demande si Hooper ne s’est pas épuisé dessus, quitte à rester exsangue pour tout le reste de sa filmo (qui n’est franchement pas intéressante). Et puis il faut vraiment revoir aussi Le crocodile de la mort et The Funhouse, qui sont de grands films malades et sous-estimés. C’est d’ailleurs en revoyant le second qu’on se rend compte que tout n’est peut-être pas dû à Spielberg dans Poltergeist: rien que ce plan final avec cette caméra laissant l’héroïne, sorti des enfers, aussi lessivée que Marilyn Burns à la fin de Texas Chainsaw, c’est vraiment beau et désespéré. Poltergeist restera mon favori : c’est tout ce que je peux attendre d’un film d’horreur disons «grand public». Une vraie ambiance, une vraie mise en scène, des personnages attachants, de l’humour juste comme il faut, des scènes redoutables: on a jamais fait aussi hystérique et spectaculaire que le dernier tiers. À ce niveau, c’est une vraie bénédiction.»

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