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Published on août 20th, 2017 | by CHAOS REIGNS

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ADIEU JERRY LEWIS (1926-2017)

Artiste complet sur les planches, devant et derrière la caméra, Jerry Lewis a poussé le burlesque américain à l’extrême. Pour Jean-Luc Godard, il était «bien supérieur à Chaplin et Keaton». Le King Of Comedy a tiré sa révérence ce samedi à l’âge de 91 ans.

Avec son strabisme, son corps désarticulé, son jeu parfois proche de la schizophrénie, Jerry Lewis jouait l’idiot à merveille. Mais l’acteur et réalisateur américain était aussi un acteur dramatique, comme Martin Scorsese l’a révélé en 1983 dans La Valse des pantins. Artiste complet, déjà bête de scène à 15 ans dans des rôles d’imitateur, il pousse à l’extrême le burlesque américain et s’illustre en chantant (même faux), dansant, mimant et excellant dans ses one-man-show. Sa rencontre avec le chanteur Dean Martin, en 1946, est déterminante. Ils deviennent inséparables et montent une série de numéros qui font leur succès. Dean est le séducteur, lui le gaffeur.
Dès leur premier film, My friend Irma, ils séduisent le public. A la fin des années cinquante, ils décident de faire carrière en solo. Jerry devient le principal interprète de films souvent dirigés par Frank Tashlin. Puis il réalise plusieurs autres films dont Le Tombeur de ces dames en 1961, où sa maladresse et son manque de tact avec certains visiteurs font de lui une véritable catastrophe ambulante.

Deux ans plus tard, il réalise le fameux Docteur Jerry et Mister Love. C’est l’histoire d’un professeur de chimie peu avantagé physiquement. Mais il invente un élixir qui le transformera en homme séduisant. En 1959, la Jerry Lewis Poductions signe avec la Paramount un contrat record de dix millions de dollars, plus 60% des bénéfices, pour 14 films en sept ans. En 1965, il quitte la Paramount pour Columbia. Devenu professeur de cinéma à l’université de Californie du Sud, il réalise Which Way To The Front (Ya, Ya, mon général), hommage à Chaplin et nouvelle variation sur le thème favori du double.

En 1971, le producteur Nate Waschberger demande à Jerry Lewis d’écrire et de réaliser The Day the Clown cried d’après le roman de Joan O’Brien. Soit l’histoire d’un clown allemand, Helmut le Magnifique. Qui a connu son heure de gloire, a vieilli, s’est mis à boire, ne fait plus rire personne. Dans un bistrot où il tente de noyer son désespoir, il se moque d’Hitler. Arrêté par la Gestapo, il est interné. Un grillage sépare le camp des prisonniers politiques d’un enclos où sont parqués des enfants à l’étoile jaune. Pour eux, et malgré les ordres des SS, il fait le pitre. Les mômes rient. Un officier SS l’oblige à conduire les enfants dans la chambre à gaz, puisqu’ils ont confiance en lui. Sujet casse-gueule, film casse-gueule, des décennies avant La vie est belle d’un autre clown (Roberto Benigni). Mais, alors que le tournage commence à Stockholm, Waschberger manque d’argent pour finir le film et ne paye pas les droits du roman à Joan O’Brien. Lewis décide alors de terminer le film avec ses propres moyens mais n’y parvient pas. Depuis, personne n’a été capable de refinancer ce film, qui n’a jamais été terminé et qui, par conséquent, n’est jamais sorti. Après cet échec, Jerry Lewis, anéanti, a complètement disparu du paysage cinématographique américain pendant près de 10 ans. Pour beaucoup, ce film reste une énigme. Pour Jerry, c’est une souffrance.

Le critique de cinéma Jean-Michel Frodon est l’un des rares à avoir vu un montage de ce film. Selon lui, «Jerry Lewis s’inscrit dans la lignée de Chaplin et Lubitsch avec un film qui affronte les aspects les plus sombres de la barbarie moderne avec les moyens de la comédie. Et s’il dérange tant, c’est notamment parce qu’il n’est ni sérieux et sentimental comme sont supposés être les films sur l’Holocauste, ni drôle comme se doivent de l’être les films de Jerry Lewis.» Lors d’un hommage au Festival de Cannes en 2013, Jerry Lewis déclarait: «tout est mauvais dans ce film. Vous ne le verrez jamais, personne ne le verra jamais, car je suis très embarrassé par la pauvreté de l’ouvrage». L’acteur avait finalement attribué les négatifs du film à la Library of Congress de Washington, assuré qu’ils seraient scellés jusqu’en 2024.

«L’idiot burlesque» retrouve son public dans Hardly working (Au boulot Jerry) avant que Martin Scorsese, en 1983, lui offre un rôle dramatique dans La valse des pantins aux côtés de Robert De Niro.

Il a ensuite joué en 1993 dans Arizona Dream d’Emir Kusturica. L’un de ses derniers rôles.

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