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Published on juillet 31st, 2017 | by Jeremie Marchetti

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ADIEU JEANNE MOREAU (1928-2017)

JEANNE MOREAU. Icône du cinéma français, icône du cinéma tout court, Mademoiselle forever. On pourrait vous parler longtemps de ses rôles chez Louis Malle, chez Demy, chez Buñuel, chez Truffaut, chez Besson, chez Orson Welles… mais on n’a pas très envie parce que tout le monde le fait déjà très bien à l’heure qu’il est. Dans la boite à bijoux du chaos, on a préféré ressortir ses cinq rôles les moins abordés, les moins discutés, et peut-être les plus beaux.

LES VALSEUSES (Bertrand Blier, 1974)
Qui de mieux que Jeanne Moreau pour une superbe parenthèse au chef-d’œuvre de Bertrand Blier? Une parenthèse telle qu’on frôle du doigt l’impression d’entrer dans un autre film. Affamés, insatiables, les deux larrons obsédés que sont Depardieu et Dewaere jettent leur dévolu sur une prisonnière quittant enfin sa cellule. Moreau y impose sa délicatesse, sa grandeur, son élégante lassitude, son charme presque en décalage avec le reste du métrage, loin de la fraîcheur des autres sirènes (Miou-Miou, Fosset, Huppert…). Elle se balance ailleurs, réussit à dire tant de choses en si peu de temps, comme avec ce dialogue inopiné sur la ménopause, à la fois superbe, grave et absurde. Soudain, Les valseuses devient taiseux, presque contemplatif, épousant ce nouveau personnage qui retrouve la vie, l’a goûte, s’y jette, avant de la quitter. Jeanne la mystérieuse part mourir de plaisir dans les bras de deux hommes, avant de se tuer, une balle dans le sexe.

MADEMOISELLE (Tony Richardson, 1966)
On se demande quand on reparlera enfin de ce film incroyable, sauvage, moite et fiévreux, pourtant écrit par Jean Genet et Marguerite Duras, alors grands amis de la Moreau. Seule excursion française de Tony Richardson (et quelle excursion!), le film offre le rôle le plus risquée de la grande Jeanne, instit aux fantasmes ravagées, veuve noire de jais, plus encore dans La mariée était en noir de Truffaut. Il faut la voir, bestiale, recouverte de crachas par son amant le temps d’une nuit sauvage, loin du monde et du bruit.

LE JARDIN QUI BASCULE (Guy Gilles, 1975)

On raconte qu’il y a tout le désespoir amoureux de Guy Gilles dans ce film sous-estimé (comme tout le reste de sa carrière, hélas) où un jeune marlou s’éprend de la belle et insondable Delphine Seyrig. Une passion déçue qui renverrait à celle de Gilles pour Jeanne Moreau alors, qui chantait déjà le splendide générique de son film Absences répétées. Toute de rouge, elle apparaît alors dans Le jardin qui bascule le temps d’un aparté musical («Je m’ennuie la nuit sans toi») au fond d’une gargote, entourée des autres personnages. Sublime.

LA VIEILLE DAME QUI MARCHAIT SUR LA MER (Laurent Heynemann, 1991)
«J’voudrais leur couper la queue à tous, et former un Himalaya de bites» dit-elle. Welcome to the Jeanne Moreau show, dans cette adaptation pas très intéressante de San Antonio réalisée sans doute dans le but de filmer l’actrice débiter les plus belles grossièretés du genre. Changeant de costumes à chaque scène telle Madonna, bourgeoise flétrie et vacharde, séductrice et joueuse, Moreau brille, autant que ses milliers de breloques dorés. Film quasi-oublié mais n’empêche, un César en poche.

QUERELLE (Rainer W. Fassbinder, 1982)

C’est presque la seule femme dans ce monde de mâles brûlants, sodomites et assassins, celle qu’on désire et qu’on loupe, qu’on regarde sans toucher. Vu ses liens plus que familiers avec Genet (elle chantera même avec Daho un album hommage cataclysmique), Jeanne Moreau s’offre une place de choix chez Fassbinder. Le combo, sublime, sera alors de la voir chanter quelques paroles arrachées à Oscar Wilde, parmi les marins baiseurs et enfumés, noyés dans leur sueur et leur bières: «Each man kills the thing he love» / «tout homme tue ce qu’il aime».

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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