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Published on octobre 10th, 2017 | by Gilles Botineau

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ADIEU JEAN ROCHEFORT (1930-2017)

Hommage à JEAN ROCHEFORT, acteur de génie, peu importent les choix artistiques. En cent vingt films – et des poussières – l’homme a su les diversifier, pour le meilleur comme pour le pire. Retour sur dix d’entre eux, parmi les plus chaos.

Les Pieds Nickelés de Jean-Claude Chambon (1964)
Cette (vieille) adaptation retranscrit assez fidèlement l’esprit originel conçu par Louis Forton, le créateur des Pieds Nickelés. Mais, plus important encore, le casting colle impeccablement aux dessins, Charles Denner en Filochard, Michel Galabru en Ribouldingue et Jean Rochefort en Croquignol. Dommage que la production manque à ce point de moyens… Le contraste entre l’ambition de départ et son rendu s’avère trop violent. Ceci étant, le plaisir n’en est pas moins coupable.

Ne jouez pas avec les Martiens de Henri Lanoë (1967)
Tiré d’un roman de Michel Labry (Les Sextuplés de Locmaria), Ne jouez pas avec les Martiens est un sommet «chaos» dans la filmographie de Jean Rochefort. Ce n’est guère très élaboré – les costumes et maquillages feraient passer Le Gendarme et les Extra-Terrestres pour un classique de la science-fiction – , le scénario (coécrit par Philippe de Broca) joue clairement la carte de la facilité – les envahisseurs se contentent de manger les balles lorsqu’on leur tire dessus… Quant aux comédiens, ils n’ont jamais été aussi à côté de la plaque. Finalement, seul(e) Amanda Lear s’en sort, en alien de service (ça ne s’invente pas…). En définitive, ce témoignage d’une époque aujourd’hui obsolète mériterait sa place dans un musée.

Les vécés étaient fermés de l’intérieur de Patrice Leconte (1975)
Développé avec la complicité de Marcel Gotlib, ce premier long-métrage, accouché dans la douleur par Patrice Leconte, a été, selon les propres termes de Jean Rochefort, un des plus mauvais moments de sa carrière. Devant l’incompétence de Leconte, l’acteur aurait même contacté la Gaumont en plein tournage pour reprendre la mise en scène à son compte. Bonjour l’ambiance! Rochefort et Coluche y forment pourtant un duo intéressant, soutenu par une galerie de personnages haut en couleurs: Roland Dubillard, Danièle Evenou, Robert Dalban, Jean Luisi, etc. In fine, une comédie à part dans l’histoire du cinéma hexagonal, avec, au menu, de l’absurde, du grotesque, des calembours… et des femmes à poil!

Calmos de Bertrand Blier (1976)
«Calmos est la grosse connerie de ma vie. Le scénario était bon, mais je n’avais, pour le tourner, ni le fric, ni les acteurs.» Tel est le point de vue de Bertrand Blier himself. Sauf qu’un «Blier raté» sera toujours meilleur que les trois quarts des productions françaises, passées et actuelles. Celui-ci ne fait pas figure d’exception. Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bernard Blier et Claude Piéplu – pour ne citer qu’eux – brillent par leur excellence, comme à chaque fois d’ailleurs, au service d’une aliénation cinématographique des plus singulières. Et ne serait-ce que pour la scène du vagin géant (!), Calmos mérite largement le coup d’œil.

La Galette du Roi de Jean-Michel Ribes (1985)
Un souverain, une princesse, un mariage en vue, plusieurs prétendants, des magouilles… Roland Topor et Jean-Michel Ribes déraillent complètement – pour notre plus grand plaisir – et engendrent une satire fantasmagorique, servie par un casting quatre étoiles : Rochefort, Jacques Villeret, Roger Hanin, Jean-Pierre Bacri, Eddy Mitchell, Pauline Lafont, Philippe Khorsand, Claude Piéplu, Christophe Bourseiller… On en reprendrait bien un part!

Le Moustachu de Dominique Chaussois (1987)
Étrange film que ce Moustachu, se voulant – vraisemblablement – drôle, mais tourné dans une ambiance somme toute lugubre, sur une aire d’autoroute, la nuit, aux abords des toilettes. Jean-Louis Trintignant et Maxime Leroux surjouent, Grace de Capitani manque d’épaisseur… tandis que Jean Rochefort, ici barbouze quelque peu dépassé par les événements, semble se demander – à l’image de son personnage – ce qu’il fout là! Le résultat est un OFNI abracadabrantesque, pour lequel même Vladimir Cosma n’a pas cherché à composer une musique originale. Le pire, néanmoins, c’est qu’on y prend goût (sans excès non plus)!

Les grands Ducs de Patrice Leconte (1996)
Sur le papier, Les grands Ducs s’annonçait comme l’un des triomphes français de l’année 1996, avec la réunion face caméra de trois monstres sacrés, Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle, auxquels se sont adjoints Catherine Jacob – alors en plein boom, un César déjà, plus trois nominations – ainsi que Michel Blanc, le tout sous la direction d’un Patrice Leconte surexcité comme jamais. À l’arrivée, on frôle la catastrophe industrielle, avec cinq cent mille spectateurs à peine. Il faut dire que l’intrigue est mince… mais le délire, lui, est total ! Chacun s’en donne à cœur joie, des dialoguistes (Patrice Leconte et Serge Frydman) au cadreur (encore Leconte, filmant caméra à l’épaule afin de maintenir un rythme effréné), en passant bien évidemment par les comédiens, mélange de justesse suprême et de cabotinage magnifiquement excessif. Une œuvre culte, désormais.

Palace de Joan Gràcia, Paco Mir et Carles Sans (1996)
Écrit, réalisé et interprété par Tricicle, célèbre groupe de comiques catalans, Palace se situe quelque part entre Jerry Lewis, Mel Brooks, Jacques Tati et Tex Avery. Il faut le faire! Et il en résulte un film au burlesque détonnant, épuré de tout dialogue. Parfois brouillon, mais terriblement efficace! Jean Rochefort, quasi méconnaissable sous les traits d’un saboteur machiavélique, s’y amuse comme un petit fou. Et nous aussi. Un délire comme on aimerait en voir plus souvent.

Barracuda de Philippe Haïm (1997)
Au sein de ce thriller made in France injustement méconnu, Jean Rochefort, psychopathe ahurissant, séquestre chez lui le gentillet Guillaume Canet, alors tout jeune comédien. Dans le genre, Barracuda est une réussite implacable, aussi prenante que dérangeante. À (re)découvrir d’urgence!

Les Clefs de bagnole de Laurent Baffie (2003)
Dans ce long-métrage signé Laurent Baffie, Jean Rochefort n’exécute qu’un caméo – sous son propre blase – à l’instar de tant d’autres, tels Pierre Arditi, Albert Dupontel, Gérard Lanvin, Didier Bourdon, Edouard Baer ou encore Jean-Claude Brialy. Une participation anecdotique donc, clameront certains… Mais c’est sous-estimer l’intelligence de Baffie, qui en profite pour soumettre à son interprète une punchline d’anthologie, et finalement assez proche de la réalité! Ainsi, lorsque le cinéaste lui demande, caméra au poing, d’intégrer le casting de son film, Rochefort assène, en toute sérénité: «J’ai tourné avec les plus grands… C’est pas pour tourner avec les plus petits!» Classe, et chaos à la fois.

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