Actu

Published on juillet 22nd, 2017 | by Gilles Botineau

0

ADIEU CLAUDE RICH (1929-2017)

Comédien talentueux, sympathique et élégant, CLAUDE RICH aura marqué par ces trois caractéristiques l’histoire, notamment, du cinéma français. Mais, à l’heure où tout un chacun se rappelle au bon souvenir de ses nombreux chefs-d’œuvre et autres films cultes (des Tontons flingueurs au Souper, en passant par Oscar, Je t’aime je t’aime et Le Crabe-Tambour), il convient également d’évoquer quelques-unes de ses partitions les plus extrêmes. Et pas mauvaises pour autant, loin de là! Car, c’est aussi ça, CLAUDE RICH. Le plaisir du grand écart. L’amour du chaos. Bref, en voici LE TOP 5.

LE DIABLE ET LES DIX COMMANDEMENTS (Julien Duvivier, 1962)
Catholique convaincu, bien que s’estimant être «un chrétien pitoyable», Claude Rich se rend à la messe tous les dimanches de son existence, car il croit d’abord et avant tout en l’amour de Dieu. Néanmoins, cela ne l’empêche pas d’accepter la facétieuse proposition du cinéaste Julien Duvivier, prêt à lui confier le rôle du Malin dans un film à sketches intitulé Le Diable et les dix Commandements. L’explication de Rich tient la route: «Je veux rester un acteur qui puisse jouer tour à tour un salaud ou un saint.» S’il n’apparaît pas à proprement parler au sein du métrage, sa voix suave, ici teintée d’une pointe sardonique, relie avec brio les différentes séquences (sept en tout), conçues et servies par le fleuron du cinéma français d’alors: à la plume, René Barjavel, Henri Jeanson, Michel Audiard, à l’écran, Alain Delon, Jean-Claude Brialy, Louis de Funès, Michel Simon, Fernandel, Lino Ventura, Micheline Presle, Charles Aznavour, etc. Grinçant et irrévérencieux: un cinéma globalement jouissif!

MATA HARI, AGENT H21 (Jean-Louis Richard, 1964)
Principalement scénariste et comédien (on n’est pas prêt d’oublier son interprétation délicieusement nanardesque du «Cerveau» dans Le Gendarme et les Gendarmettes, sous la direction de Jean Girault en 1982), Jean-Louis Richard s’essayera aussi à la réalisation, le temps de quatre longs-métrages. D’un point de vue historique, Mata Hari, agent H21, dont Richard coécrit le scénario avec François Truffaut, se classe deuxième et s’inspire vaguement de la vie de Mata Hari, danseuse exotique soi-disant devenue espionne au service de l’Allemagne durant le conflit de 14-18. Le film, assez kitsch, se dote malgré tout d’une luxueuse affiche, réunissant Jeanne Moreau (ex-épouse de Richard), Jean-Louis Trintignant, Franck Villar, Marie Dubois, Albert Rémy, Jean-Pierre Léaud et Claude Rich donc. Une réelle curiosité, entre fantaisie et drame historique – à voir pour le croire.

PROMOTION CANAPÉ (Didier Kaminka, 1990)
Auteur et metteur en scène injustement sous-estimé, Didier Kaminka trône à la tête d’une charmante filmo, alternant comédies tendres et délurées. Promotion Canapé appartient clairement à la seconde catégorie, et donne au passage à Claude Rich un de ses rôles les plus marquants. Sous les traits d’un inspecteur-chef des PTT, obsédé par le sexe féminin, jusqu’à se révéler salement voyeuriste et prêt à toutes les horreurs pour assouvir ses pulsions, l’acteur brille par le contraste d’un physique rassurant et une interprétation diabolique. Le pervers narcissique à son summum. À ses côtés, notons les présences agréables de Grace de Capitani, Zabou Breitman, Jean-Pierre Castaldi, Michel Crémadès, et dans des scènes annexes, celles de Thierry Lhermitte, Michel Sardou, Patrick Chesnais, Pierre Richard, Eddy Mitchell, Anne Roumanoff. Précisons, en outre, que ce film est dédié à ceux qui pensent que le cul n’est pas fait que pour s’assoir… Véridique!

LA FILLE DE D’ARTAGNAN (Bertrand Tavernier, 1994)
D’abord «simple» scénariste et producteur du film, Bertrand Tavernier remplace finalement au pied levé le réalisateur Riccardo Freda, 84 ans, incapable de mener le projet à son terme pour des raisons de santé. Résultat, Philippe Noiret «noirotte», Jean-Luc Bideau «bideaune»… tandis que Sophie Marceau, la «Fille» du titre, montre – comme toujours – ses jolis seins. Peu s’en plaignent, exception faite de quelques grincheux, et le film – sorti en plein mois d’août 1994 – termine sa course à plus d’un million cinq cent mille spectateurs. Il faut dire que l’humour avancé, mélange de fantaisie pure et de finesses d’esprit, séduit pleinement, que l’on ait 7 ou 77 ans. À ce jeu, c’est d’ailleurs Claude Rich qui remporte la palme haut-la-main, interprétant avec un ridicule soigné le méchant Duc de Crassac. Dans le genre, même Fabrice Luchini n’aurait pas fait mieux! Tavernier confirme: «Avec Rich, j’ai découvert quelqu’un de délirant, un acteur prêt à partir très loin du réalisme.» Mais, curieusement, la Profession ne le récompense que d’une nomination aux César 95, catégorie Meilleur Acteur dans un Second Rôle. Insensé!

LE DERRIÈRE (Valérie Lemercier, 1999)
Pour son second film en tant que réalisatrice, Valérie Lemercier frappe fort. Non contente de s’octroyer le rôle principal (celui d’une femme se faisant passer pour un homme afin d’approcher plus facilement son père, devenu homosexuel!), elle se choisit en plus Claude Rich comme géniteur fictionnel et l’accouple (dans tous les sens du terme) avec l’humoriste Dieudonné, qui n’a pas encore pété – officiellement – les plombs. Fallait oser… Et Valérie a bien fait! Car Le Derrière reste à ce jour sa plus grande réussite (ou plutôt, la seule) dans sa petite carrière de cinéaste. Sur une musique de Henry Mancini, issue du film The Pink Panther strikes again signé Blake Edwards en 1976 (on cherche toujours le rapport), Lemercier concocte une comédie douce-amère, aux situations et aux répliques détonantes, le tout porté par un casting quatre étoiles: Marthe Keller, Amira Casar, Didier Bénureau. On y aperçoit même, le temps d’une séquence ou deux, Franck de Lapersonne, travesti, et qui n’a pas encore pété – officiellement – les plombs (bis), Véronique de Villèle (ex-Véronique & Davina) ainsi que le jeunot Thomas Dutronc. Placé au cœur de cet univers et de ces caractères hautement farfelus, Claude Rich demeure quant à lui d’une sobriété folle (sans jeu de mot) et apparaît, à la surprise générale, comme le plus hilarant de cette joyeuse troupe.

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone

Tags:


About the Author



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑