Mon CHAOS à MOI

Published on octobre 3rd, 2017 | by CHAOS REIGNS

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LES 5 FILMS CHAOS DE… PACÔME THIELLEMENT

MONDOCHAOS! PACOME THIELLEMENT, dont le nouveau livre, La victoire des Sans Roi: Révolution Gnostique, est sorti le 30 août aux éditions P.U.F., nous donne ses 5 films CHAOS!

Documents interdits de Jean-Teddy Filippe (1989-1991)
«J’ai découvert les Documents Interdits de Jean-Teddy Filippe en 1989. C’était sur La Sept, lors de la diffusion d’une première collection qui contenait Le naufragé, Le pique-nique, Les fantômes, Les plongeurs, La sorcière et Le soldat. J’étais encore adolescent, j’ai découvert ça avec mes parents, sans savoir ce qu’on regardait, et encore moins d’où ces films sortaient, et comment ils avaient été faits. On a enregistré les épisodes et je les ai revus des tonnes de fois, seul ou avec des amis. Ils m’ont obsédé. Les fantômes surtout: le voyage du narrateur avec Miguel dans «le pays de ceux qu’on ne nomme pas», et la halte chez son père qui parle dans un dialecte que seul Miguel peut traduire: « Ils capturent les paroles, parce qu’aucune parole n’est juste. Ils les enfoncent dans la terre. Notre terre mère est blessée par les paroles des hommes qui portent la folie, et la nuit, elle les effraie en libérant les paroles.» La forme des Documents interdits – images qui ne montrent presque rien et suggèrent ce qu’on veut suggérer, voix off doublée qui fait tout, texte dense, à mi-chemin de la neutralité journalistique, du récit d’épouvante et de la poésie visionnaire, «bips» pour accentuer la dimension inquiétante, énorme ouverture vers un imaginaire dévorateur – est inégalable. Le projet Blair Witch a rejoué cette émotion particulière, mais même si c’était bien effrayant, c’était moins chargé poétiquement, et plus simple à interpréter. Parfois je pense ou je me dis que j’ai découvert le cinéma avec David Lynch. Mais avant David Lynch, il y a eu Le Prisonnier. Et avant Le Prisonnier, il y a eu Documents Interdits

Chinese Roulette de Rainer Werner Fassbinder (1976)
«Chinese Roulette est le plus bizarre des films de Fassbinder et un de mes trois préférés avec Pourquoi Monsieur R. est atteint de pulsions meurtrières et La troisième génération. Chinese Roulette marque le début de la grande dernière période de Fassbinder, celle de L’année des treize lunes ou de Despair: des plans esthétiques pas possibles, avec des mouvements de caméra virtuoses, et une bande son super bizarre, où la musique de Peer Raben est passée au flanger, ce qui lui donne un son complètement hallucinatoire déstabilisant. C’est une histoire où le personnage principal est un enfant (fait très rare chez Fassbinder), une petite fille handicapée, en avance sur son âge, avec sa nounou muette (jouée par Macha Méril), qui cherche à mettre de l’ordre ou à comprendre ce qui se passe dans le bordel des relations «libres» entre ses parents et leurs amants. Le père est avec sa maîtresse (jouée par Anna Karina), la mère avec son amant (qui est aussi l’employé du père). Ce sont des capitalistes «modernes», avec des mœurs libres et un comportement très classe et très habile, mais derrière, quelle violence. On voit comment le monde des possédants adopte les mœurs des mouvements de la jeunesse mais pour mieux perpétuer son emprise financière morbide. Le film se passe à la campagne (quasiment jamais présente chez Fassbinder) et, à peu de choses près, dans une unité de temps et de lieu tragique. Il y a une longue citation de Rimbaud et une scène sublime où Macha Méril danse avec des béquilles de la petite fille sur du Kraftwerk… Mais surtout Chinese Roulette est plein d’informations hors film, plein de trucs évoqués rapidement sur des événements politiques et volontairement obscurs qu’on tente de recouper sans être sûr de comprendre. J’aimerais tellement rencontrer quelqu’un qui m’explique Chinese Roulette

La sentinelle des maudits de Michael Winner (1977)
«Très bizarre film d’horreur, probablement surtout dû à de Jeffrey Konvitz, qui a écrit le scénario d’après son propre roman, et un de mes préférés pour plein de raisons, mais surtout pour le caractère emberlificoté de son développement: une jeune top model des années 70 (Cristina Raines, qui a assez vite troquée sa carrière d’actrice – elle joue dans Nashville de Altman et Les duellistes de Ridley Scott – pour devenir infirmière) dans un récit d’appartement new-yorkais à la Polanski, avec névroses d’enfance qui remontent dans le cours de l’intrigue et se manifestent dans l’image. Une fusion de l’élément «catholique» et de la dimension «psychanalytique» qui retrouve l’énergie des Giallo italiens. D’étranges apparitions rythment le film: Ava Gardner en agent d’immobilier, José Ferrer en cardinal, Eli Wallach en enquêteur (avec une cravate énorme et le jeune Christopher Walken en bras droit). New York y ressemble à une sorte de ville de province sordide et monotone. L’héroïne emménage dans un immeuble où un prêtre aveugle habite au dernier étage, passant tout son temps assis devant sa fenêtre. Ses voisines sont Gerde et Sandra, un couple lesbien sexuellement extraverti, un petit homme qui vit avec un chat et un oiseau, deux jumelles, une vieille dame, tous bizarres, baroques… Mais à partir de cette mise en place, on va basculer de mindfuck dérangeant en mindfuck terrifiant, sans discontinuer. Un des rares films qui m’ait fait vraiment très peur ces cinq dernières années, ce qui n’est pas rien!»

La mémoire courte de Eduardo de Gregorio (1979)
«J’ai commencé à m’intéresser au cinéma de Eduardo di Gregorio trop récemment, alors qu’il était le scénariste de plusieurs films de Jacques Rivette – Céline et Julie vont en bateau, Duelle, Noroit, Merry-Go Round – que je vénère depuis une éternité. Mais ses films sont difficiles à trouver, difficiles à voir, surtout depuis sa disparition. On trouve facilement le premier, Sérail (1976), fascinant, avec une maison magique proche de celle de Céline et Julie (et avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier), et moins facilement déjà, le deuxième, La Mémoire Courte. Les trois suivants (Aspern, Corps Perdus, Tangos volés) me sont, à ce jour, inconnus. Dans La Mémoire Courte, on suit une traductrice qui, en reprenant les archives d’un traducteur décédé, reprend par la même occasion l’enquête qu’il menait et qui peut lui coûter aussi cher à elle qu’à lui. Le film est sur deux temporalités : d’un côté on a l’enquête actuelle, jouée par Nathalie Baye et Philippe Léotard, et c’est déjà les années 80, avec quasiment une ambiance de téléfilm. De l’autre, on a l’enquête passée, par flashbacks, avec une ambiance des années 70, et le traducteur, Marcel Jaucourt (qu’on présente comme le premier traducteur de Borges, tombé sur des documents concernant des «passeurs» de nazis en Argentine) est joué par Jacques Rivette et sa femme par Hermine Karagheuz, dans des scènes très émouvantes. Il y a également Bulle Ogier, dans un de ses rôles les plus inquiétants et une atmosphère qui devient de plus en plus étouffante à mesure que le film avance. Ce qui est formidable c’est que ce film, La Mémoire courte, est très difficile à mémoriser. A chaque fois qu’on l’a vu, on s’en souvient pendant un temps très court, et il faut le revoir pour essayer de s’en souvenir. Son titre fonctionne comme un mauvais sort.»

Y a-t-il une vierge encore vivante? de Bertrand Mandico (2015)
«J’aime tous les films de Bertrand Mandico, et si je ne connaissais pas leur auteur, il serait pour moi une énigme totale, presque inquiétante, comme sont pour moi des énigmes Luis Buñuel, Raoul Ruiz, Nico Papatakis, Lucio Fulci ou Sono Sion. J’aurais pu citer n’importe lequel de ses films, en particulier Boro in the Box, Notre-Dame-des-Hormones ou bien sûr Les Garçons Sauvages, son premier long, qui sortira prochainement: tous sont grandioses. Mais j’ai une faiblesse pour le tout petit Y a-t-il une vierge encore vivante? et son énergie de bande dessinée comique et visionnaire, pas loin de F’murrr, Forest ou Crumb. Sublimissime Elina Löwensohn, en Jeanne d’Arc «alternative», découvrant une demi-vierge dans la forêt, semi-violée par un arbre, l’inspectant avec des yeux exorbités au bout de branches alors qu’elle cache ses propres yeux, crevés, derrière un masque de fer, puis l’attachant au bout d’une corde près de la plage, ou la câlinant en lui chantonnant des comptines inquiétantes… Quelle poésie baroque. Quelle imagerie inédite, chatoyante et folle.»

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