Mon CHAOS à MOI

Published on avril 12th, 2017 | by François Cau

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LES 5 FILMS CHAOS DE… LE CINEMA EST MORT

MONDOCHAOS! Pour poursuivre cette semaine dans l’allégresse et la célébration des podcasts indépendants, le Chaos accueille avec joie le duo de l’émission originellement radiophonique Le Cinéma est mort, diffusée presque tous les jeudis sur Canal B, à Rennes mais aussi en streaming puis en podcasts parce que le futur est une force qui vient. Les garçons, c’est à vous pour vos 5 films Chaos respectifs.

Crédit photo de Une : Titouan Massé

ETIENNE CADORET :

APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA de Sam Peckinpah (1974)

Le voyage de Benny est mené par une énergie du désespoir, violente et poussiéreuse, qui tend vers le mythe. En pianiste nihiliste, qui espère toucher du doigt un poil de liberté mais se retrouve enchaîné à une tête qui n’est pas la sienne, Warren Oates est magnifique. Le plus beau film de Peckinpah.

APOCALYPTO de Mel Gibson (2006)

Il y a 10 ans sortait ce film fou que je n’attendais pas, et seul un cri pouvait résumer son impact : « VIVE MEL GIBSON ! ». Werner Herzog aurait donc mangé John Milius ? Ce serait bien trop simple pour expliquer un film qui inspire autant de terreur et d’exaltation. Nous avons ici à faire avec un grand cinéaste dont la fureur ne cesse de me réjouir.

LA PRISONNIERE DU DESERT de John Ford (1956)

Si tout a pu être dit sur le film matriciel qu’est La Prisonnière du désert, la fascination et le mystère restent entiers. Ford est parvenu à réaliser un film presque trop beau et si cruel. Il est allé fouiller dans ses pires sentiments et les a affrontés sans perdre de vue la magie qu’il avait sous les yeux. Touché par la grâce.

ORANGE MECANIQUE de Stanley Kubrick (1971)

Comme d’autres films du bonhomme (en particulier Full Metal Jacket), Orange Mécanique me parle d’éducation : forcément agressive et intrusive, peut-être même inutile. Chaque visionnage me laisse remettre en question le précédent. C’est aussi l’objet qui m’a fait prendre conscience de l’existence de la mise en scène quand j’étais petit. C’est pourtant cette omniprésence de Kubrick dans le moindre détail qui aujourd’hui m’embarrasse, mais ne peut effacer le souvenir du choc de sa découverte.

De La Source (1960) à La Honte (1968), les Ingmar Bergman des années 1960

Non, Bergman n’est pas ce vieux con qui filme des horloges que certains tentent encore de nous vendre. Il met les pieds dans la boue, plonge les mains dans ses tripes. Son Moyen-Âge n’est pas moins brutal que celui de Verhoeven. Des monstres sortent du crâne de l’immortel Max Von Sydow quand il n’est pas bloqué par une mer de cadavres. Ingrid Thulin rend l’eczéma bouleversant. La folie devient une matière comme la chair ou le sang, et tout n’est que combat.

ANTONIN « DOCTEUR » MOREAU :

LES GALETTES DE PONT-AVEN de Joël Séria (1975)

A mes yeux, le cinéaste le plus sous-estimé du pays du camembert même si tout le monde (en tous cas les plus de 30 ans) connaît au moins un de ces films, Les Galettes de Pont-Aven. Mais même le culte autour de ce film cache son réel génie. On  en fait un peu trop vite le parangon de la comédie franchouillarde. Certes Jean-Pierre Marielle qui déclame des insanités comme si c’était du Shakespeare, c’est hilarant. Mais pour ce rire là, mieux vaut regarderComme la lune, autre chef-d’œuvre de Joël Séria.  Bien que génialement malaisant par endroit, c’est bien ce dernier qui est idéal à voir entre potes en buvant du pinard et en mâchouillant du saucisson. Faites de même avec Les Galettes de Pont-Aven, et il ne se passe pas vraiment la même chose, c’est que le film est finalement assez bouleversant.

Au départ pourtant tout invite à la rigolade, les personnages un peu too much, le décorum 100% (F)rance, la gouaille de Jean-Pierre Marielle… et pourtant à mesure que l’on avance dans cette réflexion sur le désir masculin dans toute sa crudité et son ingratitude, on est happé par une très grande tristesse, le rire jaunit donc très très vite. Le rollercoaster émotionnel du film est assez inouï, et il n’y a rien de plus chaos qu’un film devant lequel on ne sait jamais vraiment si on doit rire, pleurer, ou s’horrifier. Pour ma part j’ai fait mon choix, je pleure et c’est désormais, le rire et l’horreur qui me prennent par surprise. Les Galettes de Pont-Aven, c’est un peu Vertigo sauf que ça sent la pisse, pas l’eau bénite…

COCHON QUI S’EN DEDIT de Jean-Louis Le Tacon (1979)

Si les 117  minutes ultra chaos hyper éprouvantes de Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini vous font un peu peur, commencez donc par les 37 minutes de Cochon qui s’en dédit de Jean Louis Le Tacon qui, sur un mode mineur mais avec davantage de fulgurance, en dit tout autant sur le fascisme et l’aliénation, sans jamais quitter les murs de briques et de tôle d’une porcherie finistérienne.

Cochon qui s’en dédit est né de la rencontre lors d’une soirée entre un jeune étudiant en Cinéma tendance militant (avec Jean Rouch comme prof principal) et un jeune agriculteur venant tout juste de répondre aux douces sirènes de l’élevage intensif. Lors d’une soirée le premier est fasciné par la façon du deuxième de revenir sans cesse de façon obsessionnelle sur sa porcherie. Le Tacon décide alors de lui consacré son film de fin d’étude.

Résultat : des images documentaires du travail en porcherie, quelques échappées fictionnelles, avec en off, le commentaire de l’exploitant à la fois tout à fait aliéné par sa tâche inhumaine et tout à fait hyper conscient des mécanismes en place. L’éleveur est dépossédé de son humanité en même temps que les cochons sont dépossédés de leur animalité… Plus personne n’est sujet, tout devient objet, le seul sujet c’est la porcherie et qui devient par la grâce du Cinéma une allégorie du monde entier. Éprouvant.

MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de Tobe Hooper (1974)

Dire que Massacre à la tronçonneuse est le plus grand film chaos jamais tourné, c’est un peu comme dire que Citizen Kane est le plus grand film de l’Histoire du Cinéma, on prend pas beaucoup de risque. Sauf que là c’est vrai… Et que Citizen Kane, c’est bien à étudier, c’est séminal, mais ça m’étonnerait que quiconque se prenne aujourd’hui une gifle esthétique en le découvrant. Alors que Massacre à la tronçonneuse

LA REINE MARGOT de Patrice Chéreau (1994)

Patrice Chéreau au Cinéma c’est souvent du cinéma d’auteur bien lourdaud sur l’intime, le corps, l’émotion à fleur de peau, bla bla bla. Ceux qui m’aiment prendront le train avait fait son petit effet à l’époque, c’est aujourd’hui absolument irregardable.

MAIS je lui pardonne tout ça grâce à La Reine Margot, le blockbuster français le plus improbable de l’histoire des blockbusters français (ces films dont tout le monde se fout sauf le public). Un grand auteur patrimonial, Alexandre Dumas, une moitié de stars au casting  Auteuil,  Adjani, Anglade, à l’autre moitié qui ne l’est pas encore, Argento, Bruni-Tedeschi. Ajoutons à cela, un grand sujet, « Vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde? » et du fric, en veux-tu-en-voilà sur les postes où ça se voit le plus, le décor et les costumes.

Et la peur panique de l’académisme de Chéreau fait le reste. Il a fallu qu’il insuffle de la vie là dedans. Et la vie, pour Chéreau, c’est de la transpiration, des cris, des nez qui coulent, des larmes, des passions troubles, des corps de préférence à poil, des sentiments de préférence violents, et du sang, beaucoup de sang. La Reine Margot est bel et bien le film français le plus gore jamais tourné.

Tout ce qui ampoule considérablement les films naturalistes de Chéreau opère ici à plein et transforme la fastueuse reconstitution historique qu’aurait du être a La Reine Margot en spectacle décadent. Inceste, massacre, manipulation politique, romantisme fiévreux, baise sauvage, Game of Thrones aura beau accumuler les saisons, ça n’arrivera jamais à ce degré de violence.

A NOS AMOURS de Maurice Pialat (1983)

Le Chaos pour Pialat c’est surtout les tournages mais évidemment ça déborde de partout sur les films.

Sur A nos amours, il était écrit que le personnage du père incarné par Maurice himself devait mourir. Arrive le tournage d’une scène de repas supposée se passer après le décès, et voilà que Maurice débarque à table, et commence à régler ses comptes avec tous les convives stupéfaits tentant de raccrocher les wagons entre leurs personnages, leur modèle, et eux-mêmes. Celui qui en prend pour son grade c’est Dominique Besnehard, futur homme fort du Cinéma français, inspiré par Claude Berri, alors homme fort du cinéma français et ex-meilleur pote de Pialat qui lui reproche de s’être vendu pour la thune. A table également Jacques Fieschi, critique de cinéma IRL et dans le film, à qui Pialat reproche de pactiser avec les vainqueurs. Dans la ligne de mire, donc, le Cinéma français. Propos conclusif de Pialat magistral en fouteur de merde. « Vous préfériez que je sois mort, vous pourriez alors m’aduler », « On va pas faire ce Cinéma là pendant 10 ans, non !? ». L’avenir répondra par l’affirmative à tout ça,  Oui tout le monde se réclamera de Pialat, une fois celui-ci mort, et malheureusement oui, la grande famille du cinéma français continuera de faire n’importe quoi.

La scène est total chaos, on ne sait pas si c’est du documentaire, du making of, ou une tribune, ou une simple scène de repas. c’est tout ça à la fois. Pialat est le plus grand cinéaste punk, et un bon punk est un punk mort. Snif.

Le Cinéma est mort, une émission nécrophile

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



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