Le coin du cinéphile

Published on avril 27th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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#455. LE VAMPIRE DE FERAT. Juraj Herz, 1981

Lorsque Juraj Herz tourne deux contes de fées sur commande, à savoir Le neuvième coeur et La belle et la bête, il ne peut s’empêcher de pincer le beau et de le tordre en coutures bizarres, jusqu’à l’amener vers quelque chose de franchement sinistre. Une manière de rappeler qu’on était bien chez l’auteur de L’incinérateur de cadavres et non chez Jacques Demy. Cette simple récréation sera suivi d’un retour à un cinéma plus moderne, plus social, même si l’idée de refaire un tour à l’horreur grinçante n’était pas exclue. Preuve en est avec son Ferat Vampire, qui sera projeté en compétition au festival d’Avoriaz de 1983.

À peine un an avant Christine, Herz proposait déjà une idée folle sur quatre roues: une voiture qui ne connaît ni moteur, ni électricité, mais carburerait en réalité au sang! C’est en tout cas ce que suppose un ambulancier, tentant de secourir la jeune fille qu’il aime secrètement de l’emprise d’une étrange voiture de course. Un curieux mystère semble entourer la mort de sa précédente propriétaire, d’abord retrouvée blessée après un accident, puis portée disparue. Sous les conseils d’un huluberlu, l’infirmier doit pourtant se rendre à l’évidence: quelque chose se trame derrière cette bagnole dernier cri, en réalité un prototype bien réel de Skoda, dont le design emprunte autant à la Delorean qu’à la compagne mécanique de David Hasselhoff dans K2000. Derrière l’engin se cache l’ambitieuse entreprise Ferat (comme NosFERATu, ben oui), qui semble évidemment avoir pleinement conscience du potentiel mortel du joujou.

On se situe donc davantage dans la fable anti consumériste/capitaliste que le slasher surréaliste, puisque la bécane n’a guère de vie propre. Cependant, comme tout bon Dracula, elle attire les donzelles peu farouches, glissant un pied peu averti sur une pédale qui, ni vu ni connu, pompe le sang de la conductrice. De la chair à la tôle, du cambouis à l’hémoglobine, on imagine bien David Cronenberg se pâmer devant un tel sujet, lui qui avait signé The Fast Company, un documentaire fétichiste sur le monde vroom vroom bien des années avant son indispensable Crash. Dans une scène onirique hallucinante, le héros vient à la rencontre du bolide, réagissant au touché et faisant onduler sa carrosserie, avant de dévoiler une carcasse d’entrailles voraces. Les délires organiques de Videodrome (réalisé après d’ailleurs), ne sont pas très loin. Un élan gore alors écourté par la censure, qui n’avait guère apprécié les effets spéciaux délirants de Jan Svankmajer, ami et collaborateur de Herz.

Si on est loin de l’acuité visuelle presque expérimentale de L’incinérateur de cadavres, Ferat Vampire déroute plus d’une fois, avec son atmosphère de thriller parano poisseux (parfois digne de Polanski), s’amusant des clichés (une série z en noir et blanc sert de notice au héros) avec une galerie de personnages croqués comme dans une bande dessinée: le héros binoclard, la femme fatale, le scientifique foufou ou encore l’intouchable Madame Ferat, lesbienne poudrée caressant ses hôtesses attifées comme dans un space-opera italien. Humour noir ou pas, cela n’empêchera pas le film de se conclure sur une très belle note tragique, avec cette victime exsangue se laissant portée par son agonie en pleine quatre voies.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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