Le coin du cinéphile

Published on avril 16th, 2018 | by Jeremie Marchetti

0

#454. NOMADS. John McTiernan, 1986

C’était avant John McClane, avant le chasseur rasta de l’espace. Avant tout. Pas encore relevé par Predator et Piège de Cristal (puisqu’il faut bien les citer), John McTiernan avait débuté sur une note mystique et noire très éloignée des pétoires qui firent sa renommée. La légende voudrait qu’un certain Arnold Schwarzenegger poussa les producteurs à s’intéresser à ce petit bonhomme après avoir vu le fameux Nomads. Vraie ou pas, il avait sans doute bien raison… Car il s’agit bien d’une curiosité unique dont le seul voisin de palier pourrait être Wolfen (Michael Wadleigh, 1981) lui-même un ovni au sein des films de genre de studio de l’époque: de la même manière, ce premier jet de McTiernan n’a vraiment rien perdu de son originalité et de son étrangeté.

Découvert ainsi à l’époque sans connaître la suite des événements, on aurait parié qu’un concurrent de Peter Weir ou de John Carpenter entrait dans la place. En effet, Nomads se réclame sans le savoir (?) du cinéma fantastique australien, La dernière vague en tête: même absence d’effets tape-à-l’œil, même sentiment de menace permanente, même envie de raviver un fantastique à l’ancienne, même héros largué par des forces qui le dépassent. Ne pas savoir, ne pas expliquer (ou si peu), imaginer, deviner, quitte parfois même à frustrer. La musique lancinante et superbe de Bill Conti donne le ton, alors que la caméra s’engouffre sous la capuche d’un esquimau sur la banquise: après la plongée dans l’obscurité, les lumières de la ville faussement rassurantes.

Durant une nuit de service agitée, une jolie doctoresse se retrouve hantée par les bribes de mémoires d’un patient mort sur son lit d’hôpital: elle s’efface alors, pour laisser place aux souvenirs de ce voyageur hirsute, un anthropologue intrigué par les agissements d’un groupe de voyous zonant autour de sa nouvelle maison. Pas encore Remington Steele ni James Bond, Pierce Brosnan incarne le bougre, s’achetant au passage un charisme pour mieux le perdre, puisque le voilà à incarner un français du nom de Jean-Charles Pommier (oui, ils ont osé!), le tout avec un accent proche d’une vache espagnole. Rien que pour le futur agent 007 hurlant un splendide «TAGOULE», Nomads est déjà à deux doigts de se péter la gueule, tout en engendrant un attachement bizarre.

Plus sérieusement, et malgré cette confusion linguistique, Nomads compare nos blousons noirs et autres punk-goths vampiriques à des nomades nouvelle génération. Ce qui s’apparente à une idée de prime abord idiote replace l’idée d’un mal ancien, bien là avant tout le monde et agissant dans une dangereuse liberté à la vue de tous. Diables de cuir ou fantômes aux lèvres noires, qu’importe: sans taper la carte de l’horreur démonstrative, McTiernan offre d’inquiétants bad-guy qui ont appris à remplacer les mots par la violence. En première ligne, la carnassière Mary Woronov et le rockeur Adam Ant, parfaits et redoutables. Jusqu’au bout de la nuit, McTiernan cadre des poursuites nerveuses dans un Venice Beach fantomatique, où il n’est pas interdit de s’engouffrer dans un couvent hanté le temps d’une séquence totalement chaos. La fin, effrayante et sans doute un brin déceptive même, prolonge l’idée qu’on est encore loin de l’entertainment man qui fera rugir Hollywood. Le trouble que suscite ce Nomads longtemps après l’avoir vu a une saveur qu’il serait bien dommage d’ignorer.

Spread the chaos
  • 24
    Shares

Tags: ,


About the Author

Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !