Le coin du cinéphile

Published on mars 25th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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#451. L’ENFER DES ARMES. Tsui Hark,1980

A Hong Kong, trois fils de bonne famille font exploser une bombe dans une salle de cinéma. Une jeune fille se joint à eux et ils vont commettre ensemble d’autres actes terroristes.

Entre brassage de genre rageur et feux d’artifices précoces, les premières œuvres de Tsui Hark annonçaient sans peine toute la folie du bonhomme à venir. Sauf que voilà, Butterfly Murders (wu xia pian gothique avec des papillons qui piquent) et Histoires de Cannibales (grosse farce grand-guignolesque mi douteuse, mi réjouissante) n’avaient pas emporté l’adhésion du public de l’époque. Clou final à ce qui sera nommé plus tard comme sa «trilogie du chaos» (TIENS DONC), L’enfer des armes ressemble au cri du mal aimé, au cri du révolté. «Regardez, je fais tous cramer!» semble nous dire Tsui au mégaphone. Et on adore ça. Saucissonné et cuisiné par la censure, le résultat n’en sortira pas indemne. Malédiction. L’effet ressenti devant la chose, telle une balle qui vous sifflerait à deux centimètres de l’oreille, confirmait qu’il s’agissait bien du Orange Mécanique HK.

Comme chez Kubrick, mais on s’arrêtera là pour la comparaison, Tsui Hark accroche sa caméra au dos d’une jeunesse essoufflée, qui puise son oxygène dans les mèches qui crépitent. Volontairement dégagée de la version dite «commerciale», une sous-intrigue dès plus capitale montrait nos trois jeunes binoclards, héros infortunés de cette fable du chaos, poser des petites bombes pour le fun, pour l’ennui, mais surtout pour emmerder le monde. Bien que leurs pétarades ne fassent pas de blessés, elles attirent l’attention, en particulier celle de Pearl, une ado solitaire et psychopathe qui va trouver chez eux un moyen de s’exprimer. D’abord en les tenant par les cojones par le chantage, puis en les poussant à aller de plus en plus loin dans leurs actions pseudo anarchistes. Mais lorsque la bande tombe sur l’argent d’un malfrat américain, la situation va vite virer au casse-pipe. Et c’est parti pour une spirale de violence parfois traversée par l’humour grimaçant typique du cinéma Hong-hongkongais, mais dont la noirceur ferme vite n’importe quel clapet: les nombreuses scènes de tortures animales, plus ou moins simulées, ont tendance déjà à nous ramener à une époque sans pitié où tout était possible.

Tsui Hark c’est aussi, et déjà, un rythme effréné, un savoir-faire de démon, et toute une sauvagerie totalement héritée du mood de l’époque, qui allait de Mad Max à The Warriors. La b.o, à fond dans la recup musical, esquive la facilité cheap du procédé avec une cohérence de tous les instants, le thème de Dawn of the Dead donnant vite les couleurs de l’urgence, alors que le Oxygène de Jean-Michel Jarre ou la space disco tsoin tsoin (le fabuleux Space de Just Blue ou The Force de Droids) transcendent des scènes démentes. L’enfer des armes, c’est aussi de grands méchants américains – évidemment sadiques et bourrins – presque dignes d’un 2 en 1 de Godfrey Ho mais en flippants, et une héroïne aussi badass qu’inquiétante, où la folie aurait grignoté l’éventuelle cool-attitude, crâmeuse de couilles, tueuse de chat et allumeuse de bombe ne sortant jamais sans son pistolet à clous.

Impossible également d’occulter le fiévreux dernier acte, lorgnant allégrement vers le bis italien, tout en apportant une précision et une fureur apocalyptique dans la violence. Le tout dans un cimetière en guise de stop vers l’enfer, où les vivants rejoindront bien vite les morts alors que les tombes resteront hantées par le son d’une mitrailleuse qui ne s’arrêtera jamais. Voilà un cinéma qui tape sur tout ce qui bouge et dont Tarantino ou NWR rêvent indubitablement toutes les nuits.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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