Le coin du cinéphile

Published on mars 7th, 2018 | by Alexis Roux

0

#446. HITCHER. Robert Harmon, 1986

Il aura suffi au scénariste Eric Red d’écouter Riders On The Storm des Doors (où mention est faite d’un «tueur sur la route») pour imaginer cette histoire d’une simplicité glaçante. Jim Halsey (C. Thomas Howell) conduit une voiture jusqu’en Californie à travers les grands espaces désertiques des États-Unis. L’occasion pour lui d’aller s’installer au soleil à moindre frais. Mais son petit voyage peinard se transforme en virée cauchemardesque après sa rencontre avec John Ryder (hallucinant Rutger Hauer), un auto-stoppeur tueur en série, sadique et terrifiant. Accusé à tort des meurtres de Ryder, Jim se retrouve acculé, poursuivi inlassablement par ce monstre. S’engage alors une chasse à l’homme sans pitié dans l’aridité des grands espaces.

Ce qui frappe et même choque avec Hitcher, c’est l’inexorable violence qu’il met en scène. Filmé sans la moindre concession, le film fait preuve d’une noirceur et d’un cynisme abyssaux, servi par une mise en scène inspirée. En témoigne cette séquence d’ouverture dantesque, où la silhouette macabre de Ryder jaillit de la nuit, sous une pluie battante, pour s’abattre sur le pauvre Jim. Un contraste fort avec l’ultime séquence, qui joue sur des teintes de clair-obscur d’un raffinement surprenant à la faveur du crépuscule.

Son statut de film culte des années 80 – acquis longtemps après sa sortie, son accueil en salles étant désastreux – le film le doit certainement à son acteur principal, Rutger Hauer. Celui qui avait brillé par son charme viril chez Paul Verhoeven (Turkish Délices, La Chair Et Le Sang) et traumatisé toute une génération de fans de science-fiction (Blade Runner) atteint ici l’apogée de son art. D’un calme olympien, John Ryder devient par le regard bleu perçant de son interprète un dominant naturel, sorte de «mâle alpha» d’une perversité infinie. Ce genre d’interprétation jusqu’au-boutiste dont la série B a parfois le secret.

C’est d’ailleurs son statut de film à petit budget qui acheva probablement d’en faire un long-métrage profondément pessimiste. Nous sommes en effet en 1986, le «Nouvel Hollywood» est mort et enterré depuis La porte du paradis (Michael Cimino, 1980) et l’heure est au divertissement de masse, les fameux blockbusters. A ce titre, Hitcher laisse transparaître en sous-texte la fin d’un monde, la disparition des promesses créatives faites à la fin des sixties.

Il est d’ailleurs assez intéressant de comparer Easy Rider, autre road-movie se déroulant dans le désert mais sorti en salles en pleine «année érotique», avec le film de Robert Harmon. Le premier montre une cohésion entre deux hommes soucieux de retrouver de grandes valeurs (celles de l’Amérique originelle, une liberté pure et absolue). Le deuxième montre un conflit sombre, cruel, où le Mal incarné pousse dans ses derniers retranchements un «homme en devenir», jusqu’ici plus ou moins épargné par la violence du monde. Le désert n’est plus, comme il le fut pour Peter Fonda et Dennis Hopper, un horizon idyllique, l’opportunité d’un nouveau départ mais une prison dont on ne s’évade pas. Une vision du monde et des hommes qui dépassera finalement la simple diégèse du film. Robert Harmon ne brillera plus jamais derrière une caméra. C. Thomas Howell sera repêché tant bien que mal par la télévision. Et Rutger Hauer ne retrouvera pas de rôle de cette intensité-là. Hitcher, maudit et culte à la fois.

Spread the chaos
  • 85
    Shares

Tags: ,


About the Author

Mènera une belle et longue vie de cinéma. Synthwave addict. Ira manger une part de tarte au Double R Diner dans l'au-delà.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !