Le coin du cinéphile

Published on novembre 23rd, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#429. À LA RECHERCHE DE MISTER GOODBAR. Richard Brooks, 1977

Fin des Seventies. Autre temps oui. Autres mœurs? Rien n’est moins sûr. On pourrait se contenter de prendre À la recherche de Mister Goodbar pour ce qu’il est vaguement en premier lieu: un produit de son époque. Produit vieillot? Sûrement pas. Mais objet fascinant et redoutable, oui. Peut-être autant que Cruising (William Friedkin, 1980), autre fable urbaine décadente marquant la fin d’une époque.

On connaissait alors Diane Keaton femme libre chez Woody Allen. Elle le sera davantage ici, dans le rôle de Theresa, venant de découvrir un amour passager dans les bras de son prof de fac. Mauvaise idée. L’homme marié passera à autre chose, et elle n’en gardera que la souffrance d’un cœur brisé. Entre ses parents pieux et sévères qui lui ont toujours préféré sa sœur secrètement libertine et une enfance ébranlée par une scoliose paralysante, Theresa jette l’éponge et s’investit dans une nouvelle vie: institutrice auprès d’enfants sourds et muets – ses enfants qu’elle n’aura jamais puisque elle a choisi une stérilisation en bonne et due forme. Elle décide alors de diriger son corps et ses envies comme elle l’entend, et plus particulièrement lorsque la nuit tombe. Elle écume alors les tripots, les dancings et les ruelles interlopes, en quête de vie et de sensations.

Au-delà d’un portrait de femme indépendante sans fioritures, que vient tempérer la douceur tout en contraste de Diane Keaton, À la recherche de Mister Goodbar s’avère le tableau superbe de la fin d’une décennie, lorsque la révolution sexuelle battait son plein tout en guettant son déclin. Les néons clignotants, les bars fumants, la disco rutilante, la maladie absente: Richard Brooks filme sans chichi les excès d’une époque hédoniste bientôt parfumée d’amertume. Le générique et son ballet de photographies rugueuses sont déjà à eux-seuls un magnifique télescopage de cette génération amatrice de vertiges. Theresa suit ce mouvement social et cette liberté de ton qui se fichent des interdits: l’échangisme, le goût de l’inconnu, la prise de drogue, l’homosexualité… Un univers qui ne connaissait pas encore la mortification des plaisirs, dû en particulier à l’arrivée du SIDA: la capote y est encore un morceau de caoutchouc extra-terrestre, désopilant et aberrant.

Ces chemins hasardeux vers l’excès, vont-ils mener Theresa vers un paradis des sens, vers une vérité, ou face à un mur? L’inconscience du personnage commence d’ailleurs à prendre forme, d’aventures en aventures, comme avec ce bad boy cinglé incarné par un Richard Gere hyperactif déambulant en jockstrap. Le dernier acte, fatal et encore hautement traumatisant (encore de nos jours!) dévoile le malaise derrière la débauche apparente. Brooks joue les troubles-fêtes, les ambigus, déjà parce qu’on ne sait pas si cet épilogue se proclame moralisateur, mais aussi car il impose un personnage d’homosexuel (un tout jeune Tom Berenger) encore bien trop dans les canons hollywoodiens de l’époque: dépressif, errant, dérangé, forcément malsain… Le disco résonne au loin et comme Theresa, nous sommes allés trop loin: l’image de ce visage s’éteignant dans une obscurité totale surpasse peut-être en effroi tous les grands films d’horreur de l’époque. Griffe reac, fait divers crapoteux ou constat mortel? L’interrogation demeure. Le choc, aussi.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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