Le coin du cinéphile

Published on octobre 29th, 2017 | by Sina Regnault

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426. HAMBURGER HILL. John Irvin, 1987.

Parmi les films les plus chaotiques ayant mis en scène la guerre du Vietnam, il y a bien sûr Apocalypse Now, The Deer Hunter, Platoon mais aussi Hamburger Hill de John Irvin. Un testament froid et générique de l’horreur infligée à de jeunes GI à la fin des années 1960, alors que le monde entier gisait à l’horizontale sous l’éclat de l’année la plus érotique de toutes.

La boucherie de 1969. Un calvaire de plusieurs semaines pour conquérir une colline. Mais alors, un calvaire royal! L’apothéose! Le Ragnarök, le vrai! Certainement pas celui qu’on évoque timidement, non là c’est du sérieux: The End. Nous nous situons près des ténèbres où Jésus-Christ (la jeunesse américaine) fut crucifié, pour reprendre l’ontologie exacte. Et s’ils ont été qualifiés de «hurlants» ces gamins de 18, 19, 20 ans maximum, ce n’est pas non plus pour divaguer. Chaque jour, ils combattaient pour rien, à la conquête d’une colline puis d’une autre, dans l’ignorance totale de la vanité de leur geste. A Washington, la légende dit que l’écho de leurs cris est encore audible non loin du mémorial. Ils ont été la charge humaine qui a suivi l’offensive du Têt (nord vietnamienne) et le déversement de 450 tonnes de bombes et 70 tonnes de napalm en représailles. Le chaos après la tempête. Hamburger Hill: 56 morts, 372 blessés US en dix jours, du 10 au 20 mai 1969.

Pour la musique, Philip Glass a tenté de retranscrire la solennité du moment. Un habitué puisqu’il avait déjà illustré la chute de la fusée Atlas-Centaur qui explose en plein vol dans Koyaanisqatsi (1982). Derrière, John Irvin a assuré: texte, direction d’acteurs, tournage en Asie du Sud-Est. Le britannique connu pour Les Chiens de guerre a mis le paquet. L’absurdité et l’acharnement n’a rarement eu d’égal dans le cinéma anti-guerre des eighties. Entremêlé de récits anodins des soldats en pause, le film oscille entre la performance physique et la proposition d’un message clair, à savoir que toute cette affaire était creuse d’esprit. Les assauts de mai 1969 étant commandés par Nixon, arrivé au pouvoir en janvier – aujourd’hui célèbre pour avoir promis aux américains une victoire rapide – n’ont finalement eu d’utilité qu’anecdotique: déplacer des points bleus ça-et-là pour permettre à l’état-major d’identifier la frontière du Laos sur la carte.

Si on devait le comparer à une chanson de The Doors, Hamburger Hills serait sans hésiter Break On Through (To the Other Side) : la plus rock et frontale de l’album éponyme. Pépite du siècle dernier, ce film nous permet aujourd’hui d’avoir une version de la réalité de ce conflit, formidablement bien reconstruite. A croiser avec au moins une autre information: en 1971, des soldats ayant combattus dans ces Hills maudites sont aperçus en train de jeter leurs médailles à travers les barrières de la Maison-Blanche. Source: Ken Burns. Cinéma: John Irvin.

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