Le coin du cinéphile

Published on octobre 25th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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425. NAZANERO CRUZ Y EL LOBO. Leonardo Favio, 1975

Figure très populaire en Argentine, Leonardo Favio serait l’équivalent pour nous les Français d’une sorte de Richard Anthony. Un chanteur über célèbre mais capable de tourner des films et, mieux, de livrer des œuvres avant-gardistes digne d’un David Lynch sixties. C’était le cas avec L’employé. Impossible. Improbable. Donc chaos.

Pas franchement du genre à rester voué à un seul et même genre, Leonardo Favio livrera avec Nazareno Cruz & the Wolf un film fantastique comme arraché d’un livre de contes. Alors qu’en Espagne, Paul Naschy triomphe avec son personnage de Waldemar Daninsky, le loup-garou sanguinolent, Favio calme le jeu avec une lecture volontiers plus magique et folklo du lycanthrope. Force est de constater que le passage de l’homme à la bête, les jeux de transformations, l’animalité, la bestialité même, font partie des dernières choses qui semblent fasciner l’auteur: parce que l’on y raconte des histoires au coin du feu et, plutôt que de dérouler son récit comme de l’horreur de drive-in, Favio en remet tout au traitement, quelque part entre l’opéra et le happening. Une chose est certaine, c’est que rien ne nous avait préparé à ça.

Dans un petit village de montagne naît le septième fils d’une famille, un soir de pleine lune. Selon la sorcière du coin, il sera donc un loup-garou. Mais rien n’arrive alors. Jusqu’au jour où un étrange individu vient à la rencontre de Nazareno, ce fils maudit et amoureux: il lui annonce qu’il doit renoncer à l’amour de la jolie Griselda pour ne pas devenir un loup à la nuit tombée. La malédiction s’accomplit, le village est en déroute, la belle en panique; il faudra que Nazareno fasse un choix avant de croquer tout ce qui passe. Sur son chemin, il découvrira même les enfers, gouvernés par le Lucifer le plus compréhensif jamais vu.

Ce qui est assez incroyable dans ce curieux spectacle qui ne ressemble qu’à lui-même, c’est que son défaut sera, selon votre seuil de tolérance, sa qualité. Dès le générique, Favio s’impose par l’image et le son, par le bruit et la fureur. Plutôt que le surréalisme subversif, Nazareno Cruz & the wolf plonge un bon coup dans un lyrisme totalement échevelé et épuisant, véritable tempête d’amour illustrant un Roméo & Juliette avec des poils autour.

Lors d’une scène de coup de foudre hallucinante, la musique monte sans cesse et le caméra répète le même panoramique sur le visage de la jolie Griselda, l’unique ange blond du village. Le chœur s’emballe, les amants s’embrasent littéralement de bonheur. Puis après avoir marqué une pause, la scène reprend avec les mêmes tourtereaux s’enlaçant dans les profondeurs de la rivière. Les décors naturels semblent comme contaminés par les états d’âmes des personnages, telles ces plaines battues par des vents incessants au moment le plus mouvementé du récit. Tout déborde, tout hurle, tout s’envole. Il y a quelque chose de magnifique dans le geste et de formidablement over the top, entrelacés dans un paquet de travellings et de mouvements de caméra inattendus. Pas sûr de revoir un loup-garou aussi romanesque au cinéma.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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