Le coin du cinéphile

Published on octobre 19th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#424. WOLF’S HOLE. Věra Chytilová, 1988

C’était dans les années 60: deux filles délurées refaisaient le monde, le défaisaient, le détruisaient et le contemplaient. C’était le sidérant Les petites marguerites, objet ludique et insolent que l’on devait à Vera Chytilova, un des rares piliers féminins de la nouvelle vague tchécoslovaque. Deux décennies plus tard et après autant de films très avant-gardistes mais peut-être moins impressionnants (tels que Les fruits du paradis ou L’après midi d’un faune), apparaît ce Vlci Bouda, aka Wolf’s Hole aka La gueule du loup. Un film qui ressemble curieusement peu à tout ce qui a pu précéder dans la carrière de Chytilova. Une rupture qui n’est pas synonyme d’échec bien entendu, mais qui élève les points d’interrogations: en l’état, c’est peut-être l’histoire la plus bizarre jamais racontée. Tant mieux pour nous.

Grand rite de passage très européen, la fameuse classe de neige sert ici de charpente à un thriller fantastique marchant parfois sur les traces neigeuses d’un Shining, tant l’incroyable b.o rappelle les envolées spectrales et l’angoisse orageuse de celle du classique de Kubrick. Lorsque le film débute, la caméra, qui pourrait d’ailleurs être un point de vue non humain, lèche la poudreuse dans un générique hypnotique, que l’on devine réalisé le plus simplement du monde. Tout le reste est à l’avenant: peu de décors et zéro effet spécial. Vlci Bouda se débarrasse de tout pour aller hanter le paradis blanc.

Au pied de la montagne, dix adolescents qui ne se connaissent pas et qui sont invités par de mystérieux organisateurs le temps d’un séjour au Wolf’s Hole. L’ado secret, la peureuse, le blagueur, l’obsédé, les jumelles, la sauvage, l’hypocondriaque… ils sont tous là, les hormones en folie, bondissants et bruyants, vite désenchantés à l’idée de passer plusieurs jours dans un chalet enseveli sous la neige. Les trois moniteurs, dont un chef paternaliste et inquiétant, s’avèrent vagues concernant leurs intentions. Stage de remise de forme? De discipline? D’éducation? De sociabilité? Il semblerait que «père», comme il aime à se faire appeler, prône davantage le goût du défi et de la domination. Lorsqu’il annonce que 11 personnes se trouvent dans le chalet pour seulement 10 places prévues, il laisse le doute s’insinuer dans les jeunes cerveaux: plutôt que le bien-vivre ensemble, le bonhomme pousse à la délation et à la violence. Il faut qu’à la fin du séjour, un des onze adolescents soit sacrifié, selon le choix des dix autres. S’agit-il d’une sombre expérience, d’un jeu pervers ou d’une vaste blague? Les garnements, petit à petit, s’adonnent à de multiples bassesses sous les regards dégénérés des moniteurs, dont les rictus terrifiants ne cachent rien de bon. La surnaturelle identité des tortionnaires sera amenée très naturellement, face à un public de teenager pas assez adultes pour douter et encore trop enfants pour y croire.

N’y voyez pas un Battle Royale avant l’heure, Vlci Bouda étant particulièrement sage, même s’il n’oublie pas qu’un adolescent peut être aussi cruel que n’importe quel adulte. L’économie d’effets de Chytilova ne gâche en rien son sens du mystère et du cauchemar, où l’effroi se limite parfois à quelques silhouettes agitées de spasmes à la tombée de la nuit. Une bonne raison de croire que non, le fantastique tchèque n’est pas sorti d’un livre de conte de fées.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



2 Responses to #424. WOLF’S HOLE. Věra Chytilová, 1988

  1. Jacques says:

    Bonjour, ce film semble introuvable, avez-vous une piste ? Merci !

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