Le coin du cinéphile

Published on octobre 7th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#421. SNAPSHOT. Simon Wincer, 1979

À voir la médiocre note assénée à Snapshot sur IMDB (un thermomètre cinéphile pas infaillible mais toujours intéressant), on se dit qu’il y a un sacré malentendu quant à la nature du film. Malentendu qui pourrait s’expliquer par le retitrage opportuniste du film aux États-Unis, devenu alors The Day after Halloween! Une stupidité mensongère tant le film n’a absolument rien d’un slasher et ne cherche à aucun moment à imiter le film de Carpenter. Si on ajoute à cela le manque de goût du cinéma australien pour les scènes-chocs, et vous tenez là un sacré faux film d’horreur. À l’arrivée, Snapshot n’est pas non plus un petit drame des familles, davantage un thriller parano lorgnant vers le giallo, ce qu’il aurait pu être s’il y avait un tueur dans cette histoire. Or il n’y en pas.

Snapshot c’est bel et bien de la Ozploitation, reprenant à son compte tous les motifs dont était friand le cinéma de genre australien: un Scope éblouissant, une musique très présente de Brian May, une photo splendide de Vincent Monton, un scénar écrit par Everett De Roche (scénariste de Razorback, Long Week-End, Link ou de Harlequin, l’autre grand film de Simon Wincer), un parfum d’angoisse sourde. Non, pas grand-chose ne manque.

Avec son visage de jolie poupée à la Elizabeth McGovern, la belle Sigrid Thronton incarne Angela, une jeune coiffeuse à la vie décevante qui se résume aux réflexions de sa famille et de son patron. Cerise sur le gâteau, un ex petit ami, du genre stalker creepy, passe son temps à la poursuivre dans un camion de glaces jouant l’air de Greensleeves. Nope, définitivement pas la grande vie. Mais Angela est aussi amie avec Madeline, une top-model s’entourant de tous les apparats de la biatch 70’s: futée, acérée, mystérieuse, hautaine et toujours emmitouflée dans des fourrures improbables. La bonne idée du film étant d’en faire aussi bien la bonne copine, du genre à écraser les couilles du premier lourdingue de service, que la bonne fée ou la lesbienne prédatrice aux desseins très troubles. Par l’intermédiaire de cette marraine d’un nouveau genre, Angela se retrouve au centre d’un important shooting d’une marque dont elle sera l’égérie. D’abord réticente, elle finit tout de même par se laisser tenter par l’impressionnant cachet et les belles promesses. Hélas, le rêve se change très rapidement en cauchemar. Car non contente de vivre de cruelles illusions telle une Justine de Sade moderne, Angela a de plus en plus de mal à gérer les intrusions de son ex. Mais lorsque la vie professionnelle devient aussi oppressante que la vie privée, à qui faire confiance?

Avec son tableau très cruel du monde la photo et de la mode, Snapshot n’est pas du genre à avoir pris un coup dans l’aile, bien au contraire. D’ailleurs, cette spirale étrange dans laquelle est entraînée Angela ne rappelle t-elle pas d’un certain Neon Demon (en moins fantaisiste bien sûr)? On parie que NWR a du faire un tour par là. Le résultat est aussi étrange que excitant, car échappant au maximum à toutes les étiquettes, disséminant ses pions sur un jeu de piste mortel, jusqu’à une dernière demi-heure enchaînant les retournements de situations Hitchcockiens. Australia oblige, la dernière scène se pare d’une ambiguïté bienvenue, jusqu’à nous faire douter s’il s’agit vraiment d’un happy end. Délicieusement dérangeant.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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