Le coin du cinéphile

Published on septembre 10th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#417. LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN. Nicolas Gessner, 1976

Début des années 70, le romancier Laird Koenig enchaînait Attention les enfants regardent et La petite fille au bout du chemin, deux thrillers singuliers dont l’un pourrait être le remake de l’autre, puisque tous deux parlent pratiquement de la même chose: l’affrontement entre le monde de l’enfance et celui des adultes. À la manière de Chaque soir à neuf heures, le grand chef-d’œuvre oublié de Jack Clayton, ce sont plus exactement des enfants seuls qui doivent faire face à une figure parentale maléfique, proche de l’ogre. Sauf que dans l’affaire, personne n’est tout à fait innocent.

Le premier livre (co-écrit avec Peter L.Dixon) sera excellemment adapté en 78 par Serge Leroydans un film du même nom (Attention les enfants regardent, donc) dans lequel un Delon poivrot et déglingué tenait tête à une ribambelle de gosses de riche cherchant désespérément à cacher l’assassinat de leur gouvernante. Un poil plus tôt, La petite fille au bout du chemin passe à la moulinette, véhicule parfait pour une Jodie Foster qui commençait alors se détacher des productions Disney qui l’avaient rendu célèbre. La même année, elle incarne la petite Isis dans Taxi Driver, une des plus jeunes prostituées vu au cinéma: une sacrée émancipation chaos en soit. Son rôle pour l’adaptation du roman de Koenig sera peut-être encore plus difficile, malgré les apparences.

Nous voilà dans un petit village froid et venteux du Canada: la petite Rynn vit avec son père écrivain dans une maison isolée du reste de la ville, à l’abri des regards curieux, mais pas encore assez hélas. La loueuse, irascible et impitoyable Miss Hallet, vient souvent troubler l’atmosphère paisible, cherchant systématiquement à déstabiliser la gamine. Car en effet, on ne voit jamais son très cher père, trop souvent absent ou occupé. Le plus inquiétant dans tout cela, ce n’est pas le brave flic du coin, mais le fils de Miss Hallet, Frank, un pervers notoire qui harcèle sans cesse Rynn. Ambiance…

On pourra beaucoup tiquer sur la réalisation sans éclat (Nicolas Gessier, le réalisateur, ne fera franchement plus rien d’intéressant par la suite), sur la musique synthé tsouintsouin/funk de Mort Shuman (qui incarne également le gentil flic nounours) qui s’occupe d’horriblement dater le film. Mais pas sur le reste. Peu de décors (quelques extérieurs glacials, cette maison anonyme faussement chaleureuse) et une poignée d’acteurs formidables, tous réunis autour de dialogues tendus où le pire semble toujours se profiler. Soit une économie théâtrale qui sied parfaitement à ce conte vénéneux.

Si Alexis Smith en harpie bourgeoise s’offre de merveilleuses joutes avec Jodie Foster, déjà brillante du haut de ses 13 ans (qui en doute ?), Martin Sheen emporte le morceau en rapace pédophile prêt à tout, attendant que la nuit tombe pour aller toquer à la porte de sa proie. Difficile d’oublier ses face-à-face avec l’héroïne, anxiogènes à souhait, dont une scène de maltraitance animale passablement traumatisante. Un air de Chopin et un parfum de mort pour une petite qui a grandi trop vite.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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